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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305447

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305447

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305447
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2023, M. E A B, représenté par Me Rudloff, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches du Rhône de la prendre en charge en qualité de jeune majeure, dès la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai, et, dans l'attente, d'assurer son hébergement dans un logement adapté ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite, alors en outre que l'interruption brutale de la prise en charge d'un jeune majeur, dépourvu de tout soutien familial et de toutes ressources financières et d'hébergement, le place dans une situation de grande précarité ;

- il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que les jeunes confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité sont pris en charge par l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du département, à la seule condition qu'ils ne bénéficient pas d'un soutien familial ou de ressources suffisantes ; l'octroi du contrat jeune majeur est de droit à partir du moment où le jeune en fait la demande et où il démontre entrer dans les conditions précitées, sans aucune marge d'appréciation possible du département ; en conséquence, en refusant de le prendre en charge sur le fondement de l'article L. 222-5 5° du CASF, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 et 16 juin 2023, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- compte tenu notamment des diligences accomplies par le département, M. A B ne justifie pas qu'il serait apporté une carence de l'administration de nature à faire naître une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

- le département propose à l'intéressé d'être suivi par la MDS de son secteur afin d'évaluer ses besoins et déterminer si un accompagnement via un contrat jeune majeur pourra être envisagé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Josset pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue, le 14 juin 2023 à 14h30mn en présence de Mme Boislard, greffière d'audience, Mme Josset a lu son rapport et entendu :

- Me Rudloff, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête ;

- Mme C, représentant le département des Bouches-du-Rhône qui persiste dans ses écritures en défense.

- M. A B, présent, fait état de ce qu'il est retourné au Maroc, auprès de sa famille, car il était dépressif, de ce qu'il cherche du travail, de ce qu'il n'est hébergé chez des amis que le week-end et que la semaine il dort dans une voiture

La clôture de l'instruction a été différée au 16 juin 2023 à 12h.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé du requérant, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () / Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France () ". Et aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

5. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de l'instruction que M. A B, de nationalités italienne et marocaine, entré en France au cours de l'année 2020, à l'âge de 17 ans, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département des Bouches-du-Rhône et a fait l'objet d'un placement en assistance éducative par un jugement du 17 novembre 2020 du juge des enfants près le tribunal judiciaire de Marseille, jusqu'au 13 juin 2021, date de sa majorité. A sa majorité, cette prise en charge a pris la forme d'un " contrat jeune majeur " valable jusqu'au 30 juin 2023 et renouvelable. Le 3 février 2023, M. A B s'est rendu au Maroc pour rendre visite à sa famille. Le 16 mars 2023, les services de la Maison à caractère social (MECS) " Association d'Aide Aux jeunes D " qui ont pris en charge l'intéressé ont alerté la Direction Enfance Famille de l'absence de l'intéressé depuis le 2 février 2023. Les services de la MECS ayant contacté M. A B le 10 mars 2023, ont convenu avec lui d'un rendez-vous le lundi suivant pour échanger sur sa situation, auquel M. A B n'a pas donné suite. Suite à cette absence, son inspectrice a mis fin à sa prise en charge de manière anticipée à compter du 3 février 2023. M. A B, le 28 mars 2023, après son retour du Maroc au 25 mars 2023, a sollicité l'octroi d'un nouveau contrat jeune majeur, qui a donné lieu à un rejet implicite de cette demande. M. A B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches du Rhône, à titre principal, de le prendre en charge en qualité de jeune majeur, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

7. D'une part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

8. D'autre part, eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

9. Enfin, dans tous les cas, la condition d'urgence doit tenir compte de ce que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence. Il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable.

10. M. A B soutient que l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est avérée, dès lors que, depuis la fin de sa prise en charge, il est confronté à une rupture brutale d'hébergement et d'accompagnement et qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A B s'est absenté durant deux mois du territoire national, sans en informer ni l'inspecteur famille ni son référent alors que l'article 5 de son contrat de jeune majeur stipule " Il (le jeune majeur) s'engage, de plus à informer sans délai l'inspecteur Enfance Famille ainsi que son référent de toute modification de sa situation ". En conséquence, la situation d'urgence découle du comportement du requérant, qui ne lui permet plus d'invoquer utilement ou sérieusement devant le juge des référés la condition d'extrême urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête de M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Arrticle 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A B, à Me Rudloff et au département des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 19 juin 2023.

La juge des référés,

Signé

M. JOSSET

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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