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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305530

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305530

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 juin 2023, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal administratif de Marseille, sur le fondement des dispositions de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, la requête de M. B.

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, M. B, représenté par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de procéder à un réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation au regard de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur de droit, il remplit les conditions fixées par la législation et les circulaires au regard du droit au séjour.

La préfète de Vaucluse n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beyrend pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beyrend, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né en 1970, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, les décisions en litige ont été signés par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier dispose, aux termes de l'arrêté réglementaire du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°84-2022-127, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Le requérant, marié à une compatriote et père de trois enfants nés en 1998, 2000 et 2007 en Albanie, est entré irrégulièrement en France en 2018 avec sa famille et s'y est maintenu depuis lors. Il ressort des pièces du dossier qu'il a sollicité la protection des autorités françaises au titre de l'asile, mais sa demande a été rejetée par l'OFPRA en 2018 puis par la CNDA en 2019. S'il se prévaut de son intégration sur le territoire français et de la scolarisation de ses enfants, il ressort des pièces du dossier que son épouse et deux de ses enfants, majeurs à la date de l'arrêté attaqué, se trouvent également en situation irrégulière. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales en Albanie, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à ses conditions d'entrée et de séjour en France, en dépit de son insertion professionnelle très récente à la date de la décision attaquée, caractérisée par la signature d'un contrat de travail à durée indéterminée de chantier le 12 septembre 2022, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté en litige a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, si le requérant a entendu soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de droit, au motif qu'il remplit les conditions fixées par la législation et les circulaires au regard du droit au séjour, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et la portée. Au demeurant, le requérant ne démontre ni même n'allègue qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale ou au titre du travail, postérieurement au rejet définitif de sa demande d'asile par la CNDA. Dans ces conditions, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de Vaucluse, en édictant l'arrêté en litige à l'encontre du requérant, aurait porté sur les faits de l'espèce une appréciation manifestement erronée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

M. Beyrend La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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