mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2305672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 juin 2023, 10 juin 2024 et 11 septembre 2024, la SAS Hectare, représentée par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PA 13103 22 E0009 du 19 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence a retiré le permis d'aménager qui lui avait été délivré le 28 janvier 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté n° PA 13103 22 E0009 du 15 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence a refusé de lui délivrer le permis d'aménager sollicité ;
3°) d'enjoindre au maire de la commune de Salon-de-Provence, à titre principal, de lui délivrer un certificat de permis d'aménager tacite obtenu le 28 janvier 2023 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Salon-de-Provence une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les motifs de retrait de l'arrêté du 19 avril 2023 sont infondés ;
- l'arrêté de refus doit être regardé comme un retrait du permis d'aménager tacite ;
- il est tardif et est entaché d'un défaut de procédure contradictoire préalable ;
- les motifs de refus de l'arrêté du 15 mai 2023 sont infondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 novembre 2023 et 15 juillet 2024, la commune de Salon-de-Provence conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 novembre 2024, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Un mémoire présenté par la commune a été enregistré le 29 novembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,
- les conclusions de M. Trébuchet, rapporteur public,
- et les observations de Me Bonnet, représentant la société Hectare, et de Me Blanchard, représentant la commune de Salon de Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° PA 13103 22 E0009 du 19 avril 2023, le maire de la commune de Salon-de-Provence a retiré le permis d'aménager délivré le 24 janvier 2023 à la société hectare, puis, par un nouvel arrêté du 15 mai 2023, a refusé de lui délivrer le permis d'aménager sollicité sur les parcelles BR 1070, BR1124, BR1071, BR818, BR815, BR814, BR813, BR809, BR 722, BR721, BR47, BR24 et BR 23 sis lieu-dit Le Touret. La SAS Hectare demande au tribunal d'annuler ces deux décisions
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de retrait du 19 avril 2023 :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 162-1 du code rural et de la pêche : " Les chemins et sentiers d'exploitation sont ceux qui servent exclusivement à la communication entre divers fonds, ou à leur exploitation. Ils sont, en l'absence de titre, présumés appartenir aux propriétaires riverains, chacun en droit soi, mais l'usage en est commun à tous les intéressés. L'usage de ces chemins peut être interdit au public ". En outre, aux termes de l'article L. 162-5 du même code : " Les contestations relatives à la propriété et à la suppression des chemins et sentiers d'exploitation ainsi que les difficultés relatives aux travaux prévus à l'article L. 162-2 sont jugées par les tribunaux de l'ordre judiciaire ".
4. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.
5. Il est constant que le terrain d'assiette du projet est traversé par plusieurs chemins d'exploitations qui, en l'absence de titre, sont présumés appartenir aux propriétaires riverains. Ainsi, la société pétitionnaire, propriétaire des parcelles bordant ces chemins d'exploitations, doit être regardée comme une propriétaire riveraine au sens de l'article L. 162-1 du code rural et de la pêche. La commune ne pouvait, par suite, opposer l'absence de propriété au titre de l'article R.423-1 du code de l'urbanisme pour retirer le permis d'aménager tacite. En outre, si la commune expose également que la pétitionnaire ne disposerait pas de l'accord unanime des propriétaires riverains pour effectuer des travaux sur ces chemins, une telle circonstance relève du droit privé dès lors que l'autorisation d'urbanisme a pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elle autorise avec la législation et la réglementation d'urbanisme et qu'elle est accordée sous réserve du droit des tiers. Dans ces conditions, le motif de retrait tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être censuré.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1 AUH 3 du règlement du PLU : " 3.2. Voirie : Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées, de caractéristiques suffisantes, et répondant à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont édifiées. / () / 3.3. Desserte des opérations d'ensemble : Les caractéristiques des voies internes aux opérations d'ensemble doivent répondre aux conditions suivantes : / () / - opérations devant comporter 8 logements ou plus : emprise : 8 m au minimum, chaussée : 5 m au minimum. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan d'aménagement des voies, que la voirie interne du projet présente une largeur de 5 mètres de chaussée et de plus de 8 mètres d'emprise. La commune ne peut utilement indiquée que l'aménagement de la voie ne pourra être possible qu'avec l'accord unanime des co-propriétaires des chemins d'exploitation dès lors qu'il s'agit de l'exécution du permis d'aménager, celui-ci délivré, ainsi qu'il a été dit au point 5, sous réserve du droit des tiers. Enfin, à supposer la substitution de motif opposée, aucune fraude ne peut être établie dès lors que le dossier de permis d'aménager mentionnait clairement l'existence des chemins d'exploitation et la nécessité d'effectuer des travaux d'élargissement. Par suite, ce motif de retrait tiré de la méconnaissance de l'article 1AUH 3 du règlement du PLU doit être censuré.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence a retiré le permis d'aménager obtenu tacitement le 28 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de refus du permis d'aménager du 15 mai 2023 :
9. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du code précité : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de refus a été pris le 15 mai 2023, postérieurement à la délivrance d'un permis d'aménager tacite, intervenu le 28 janvier 2023, et doit ainsi être regardé comme une décision de retrait de ce permis tacite. Cet arrêté ayant été pris plus de 3 mois après l'autorisation implicite, et alors qu'aucune fraude n'a été établie ainsi qu'il a été dit au point 7, celui-ci a méconnu l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".
12. Il est constant que la société pétitionnaire n'a pas été informée de l'intention de la commune de procéder au retrait de la décision tacite dont elle était titulaire et n'a pas été en mesure de faire valoir des observations sur une telle décision. Dans ces conditions, l'absence d'une procédure contradictoire régulière, antérieure à la prise de la décision de retrait, a privé la requérante d'une garantie et est susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise. Dès lors, ce vice de procédure entache d'irrégularité la décision en litige.
13. En dernier lieu, l'ensemble des motifs de refus sont identiques à ceux opposés dans l'arrêté de retrait du 19 avril 2023 et auxquels il convient d'apporter la même réponse que celle indiquée aux points 2 à 7 du présent jugement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence a refusé le permis d'aménager sollicité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui annule l'arrêté de refus et l'arrêté portant retrait d'un permis de construire tacite, fait ainsi renaitre le permis d'aménager tacite obtenu le 28 janvier 2023 et implique la délivrance à la SAS Hectare d'un certificat de permis tacite. Il est donc enjoint à la commune de Salon-de-Provence, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer à l'intéressée ce certificat dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Salon-de-Provence une somme de 1 800 euros à verser à la SAS Hectare sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés des 19 avril 2023 et 15 mai 2023 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Salon-de-Provence de délivrer à la SAS Hectare un certificat de permis de construire tacite, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Salon-de-Provence versera la somme de 1 800 euros à la SAS Hectare au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Salon-de-Provence au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Hectare et à la Commune de Salon-de-Provence.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Fayard, conseillère,
M. Guionnet Ruault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
La rapporteure,
Signé
A. FAYARD
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026