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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305744

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305744

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantARCHENOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 juin et 9 août 2023, M. C A, représenté par Me Archenoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut de motivation ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance 21 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 septembre 2023.

Par une décision du 18 juillet 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Archenoul, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant comorien né le 12 août 1991, est entré en France le 9 août 2015 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il s'est ensuite vu délivrer deux cartes de séjour temporaires en qualité d'étudiant, dont la dernière était valable jusqu'au 30 septembre 2018. Le 29 avril 2022 il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, par un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement n° 2210352 du 16 mars 2023, le tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 17 octobre 2022 et a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. A. Par un nouvel arrêté du 19 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté vise notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle du requérant et du séjour de celui-ci en France. Cet arrêté, qui comporte de façon circonstanciée et non stéréotypée l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. A fait valoir que le préfet des Bouches-du-Rhône a omis de mentionner qu'il est père d'un enfant né le 6 octobre 2022 et que sa compagne, mère d'un autre enfant de nationalité française né d'une précédente relation, a déposé une demande de titre de séjour, il ne résulte pas des termes de l'arrêté contesté que celui-ci serait entaché d'erreurs de fait, alors que le préfet n'était pas tenu d'y indiquer l'ensemble des circonstances constituant des éléments de la situation de l'intéressé, et que l'arrêté mentionne à juste titre que M. A entretenait une relation " avec une compatriote qui n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ", puisque celle-ci n'a formé une demande de titre de séjour que plusieurs mois après la date de l'arrêté contesté. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait pris la même décision au motif que M. A ne démontrait pas l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux et qu'il ne justifiait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Le requérant, qui affirme s'être maintenu sur le territoire français depuis août 2015, démontre par les pièces produites son séjour en France pour une grande partie de cette période à l'exception toutefois de plusieurs mois des années 2020 et 2021. S'il soutient qu'il vit en concubinage avec une compatriote, Mme B, et que le couple a un enfant né en France le 6 octobre 2022, leur vie commune, justifiée par deux seuls documents établis en juin 2023 et que le requérant n'a au demeurant pas mentionnée lors de sa demande de titre de séjour, revêt un caractère particulièrement récent. En outre, si M. A fait valoir que Mme B est mère d'un autre enfant de nationalité française, né d'une précédente union, M. A ne démontre pas que cet enfant vivrait effectivement au domicile du couple, ni même qu'ils entretiendraient des liens réguliers et intenses avec cet enfant. La seule circonstance que Mme B ait déposé le 28 juillet 2023, soit à une date largement postérieure à la décision en litige, une demande afin d'obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français demeure sans incidence sur ce point. En outre, si le requérant se prévaut de la présence en France de deux frères, dont l'un est titulaire d'une carte de résident et l'autre de nationalité française, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles importantes aux Comores alors que, comme le relève le préfet, il ne précise ni la situation de ses parents ni l'étendue de sa fratrie. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a exercé une activité professionnelle pendant dix-sept mois entre 2016 et 2019, qu'il est investi depuis septembre 2022 au sein d'une association dont il est le secrétaire et qu'il donne gratuitement des cours particuliers ou de soutien scolaire, ces seuls éléments ne permettent pas de justifier d'une insertion professionnelle particulière en France à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'établit pas que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, l'arrêté contesté est suffisamment motivé en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour formée par M. A. Par ailleurs, le préfet y examine expressément la situation du requérant quant à l'édiction d'une mesure d'éloignement, tant au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme que des protections instituées par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contre l'édiction d'une telle mesure. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur de droit et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant et sa compagne n'établissent pas que l'enfant de nationalité française de cette dernière vivait au domicile du couple à la date de l'arrêté en litige, par la seule production de la carte d'identité de l'enfant, de son acte de naissance et de la copie de la première page d'une requête conjointe aux fins d'homologation d'une convention parentale déposée plus trois mois après la date de l'arrêté auprès du tribunal judiciaire de Marseille. Ces éléments ne permettent pas davantage de déterminer l'intensité des liens que le requérant et sa compagne entretiendraient avec cet enfant. Par suite, le requérant ne démontre pas d'obstacles à ce que la vie de la cellule familiale puisse se poursuivre aux Comores, pays dont sa compagne et leur enfant commun ont la nationalité. Le moyen tiré de la violation par la mesure d'éloignement contestée des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Alice Archenoul et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Fabre, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FabreLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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