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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306018

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306018

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2023, M. B et Mme A C, représentés par Me Colas, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 28 avril 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à leurs conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration de les rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer leur situation dans le délai de cinq jours suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à Me Colas sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ou à verser aux requérants en case de rejet de leur demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Ils soutiennent :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, la décision ayant pour effet de les priver de toute ressource ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- la décision, qui passe sous silence la situation médicale de Mme C, est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour l'office d'avoir respecté le délai de quinze jours prévu par l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour l'office d'avoir respecté les prescriptions posées par l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision a été prise sans examen réel et complet de leur situation en l'absence d'évaluation de leur vulnérabilité ;

- le motif retenu par l'Office ne pouvait justifier la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil contestée prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en estimant que les requérants n'avaient pas respectés leurs obligation, l'Office a commis une erreur de fait ou à tout le moins une erreur manifeste d'appréciation de la situation qui lui était soumise ;

- l'office leur a infligé une sanction contraire à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne telle qu'exposée dans l'arrêt Haqbin (C-233/18) du 12 novembre 2019.

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les requérants se sont volontairement placés dans la situation qu'ils dénoncent qu'ils ne présentent pas une situation de vulnérabilité telle que la cessation des conditions matérielles d'accueil puisse représenter une situation d'urgence et que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 juin 2023 sous le numéro 2306017 par laquelle M. et Mme C demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2023 à 9 heures 30 en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, Mme Menasseyre a lu son rapport et entendu les observations de Me Colin, substituant Me Colas, pour les requérants, présents, qui a repris et développé les moyens soulevés dans la requête, et précisé qu'il n'était pas établi qu'une nouvelle proposition d'hébergement avait effectivement été adressée aux requérants, que Mme C était hospitalisée le 24 avril et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'établit pas que leurs observations auraient été prises en compte.

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants géorgiens, ont présenté une demande d'asile le 24 mars 2023 et ont a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 28 avril 2023 la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin totalement aux conditions matérielles d'accueil des requérants au motif qu'ils n'avaient pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant leur procédure d'asile, dans le cadre d'une proposition d'hébergement par l'intermédiaire du service de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA). Ils demandent la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. C, premier requérant figurant sur la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. () ".

5. En l'état de l'instruction aucun des moyens soulevés par M. et Mme C n'est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, leur requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et Mme A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Marseille, le 20 juillet 2023.

La juge des référés,

Signé

A. Menasseyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef

La greffière

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