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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306093

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306093

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306093
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantXOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2023, M. B A, représenté par Me Dumont-Scognamiglio, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de prononcer la suspension des effets de l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le maire de la commune de Ceyreste a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif en vue de la régularisation de travaux en cours portant sur la construction d'une maison individuelle y compris garage et piscine, sur des parcelles cadastrées Section AI n° 133 et 134, chemin du Baguier, la Louisiane, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux, née le 30 mai 2023 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ceyreste de délivrer un permis de construire modificatif provisoire, à défaut de procéder au réexamen de la demande, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ceyreste la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- le motif opposé par le maire, tiré de la caducité du permis initial, est erroné : le délai de trois ans prévu par l'alinéa 1er de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, qui a commencé à courir à compter du 26 mars 216, n'était en effet pas encore expiré ; l'arrêté interruptif de travaux adopté le 29 novembre 2019 a interrompu le délai de validité du permis et un nouveau délai de trois ans a commencé à courir à compter du 12 octobre 2020 pour s'achever le 12 octobre 2023 ;

- le motif tiré de la méconnaissance des articles 1,2 et 4 du règlement de la zone N du PLUi est également erroné : le permis de construire initial, aujourd'hui définitif, lui a conféré un droit acquis à réaliser une construction d'une surface de plancher de 249,75 m2 et d'une emprise au sol de 595 m2, alors que les travaux objet du permis de construire modificatif sollicité visent à réduire la surface de plancher à hauteur de 249,10 m2 et l'emprise au sol à hauteur de 580 m2 ; les modifications apportées au projet n'emportent aucune extension et le régime applicable est celui des droits acquis résultant du permis de construire initial et non celui des travaux sur constructions existantes ; les modifications projetées ont donc pour effet de rendre la construction plus conforme aux règles d'urbanisme désormais applicables, qui sont celles du règlement de la Zone N ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article 13 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme est aussi erroné, dès lors qu'il s'agit de constructions en cours d'édification qui n'augmentent pas la surface de plancher, que la construction se trouve située à une distance de moins de 200 mètres de deux bornes incendie et que la commune ne s'est pas assurée de la possibilité d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions.

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- la procédure de référé s'inscrit dans le processus de tentative de régularisation de la construction sur préconisation urgente et insistante des services de l'Etat et au risque qu'il soit condamné à une mesure de démolition par une juridiction pénale ;

- il lui est impossible de poursuivre les travaux tels qu'autorisés par l'arrêté du 25 mars 2016 ;

- il existe un risque sérieux de dégradation de la construction en cours de réalisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 " L'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne l'urgence :

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 25 mars 2016, le maire de la commune de Ceyreste a accordé à M. A un permis de construire une maison individuelle avec piscine et garage. Par arrêté du 29 novembre 2016, le maire a signé un arrêté interruptif de travaux motivé notamment par l'ampleur des travaux d'aménagement réalisés sur le terrain d'assiette du projet, qui bouleversaient la topographie du terrain naturel en terme de déblais et de remblais en méconnaissance des dispositions des articles NB11 et NB13 du POS alors applicable. M. A, reconnu coupable des faits par le tribunal correctionnel de Marseille le 12 octobre 2020, a alors été condamné à mettre son projet en conformité avec les permis de construire accordés en démolissant les murs de clôture et supprimant les exhaussements et affouillements des sols, dans un délai de six mois sous astreinte. Lors d'une visite sur site des services de l'Etat et de la commune effectuée le 4 octobre 2022, il a ensuite été constaté que l'implantation de la construction n'était pas conforme aux autorisations délivrées. Le permis de construire modificatif sollicité par M. A à la suite de ce constat a été refusé par l'arrêté du 10 février 2023 en litige.

4. Pour demander en urgence la suspension des effets de cet arrêté, M. A soutient que cette procédure s'inscrit dans sa tentative de régulariser les travaux mais les risques qu'il énonce craindre quant à l'existence possible d'une démolition ordonnée par le juge judiciaire ne sont pour l'instant qu'hypothétiques. S'agissant de la " préconisation urgente et insistante des services de l'Etat " qu'il évoque, il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait être satisfaite autrement que par la seule démolition de la partie de la construction déjà réalisée ou par le dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire modificatif tenant compte des motifs du refus contesté. Il en va de même s'agissant de la fragilisation de la construction déjà édifiée, alors que les travaux sont censés être interrompus depuis la visite sur site des services de l'Etat intervenue le 4 octobre 2022, soit près de neuf mois auparavant. Dans ces conditions, les circonstances ainsi invoquées ne peuvent être regardées comme de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de l'arrêté du 10 février 2023. Il résulte donc de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées, de même, par suite, que les conclusions à fin d'injonction et celles, en conséquence, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Marseille, le 18 juillet 2023

La juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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