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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306208

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306208

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL WALGENWITZ AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juillet 2023 et 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Hubert, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 avril 2023 du directeur du centre hospitalier de Montperrin portant refus de renouvellement d'un contrat à durée déterminée, ensemble la décision confirmative du 4 mai suivant et celle implicite portant rejet de son second recours gracieux du 14 avril 2023 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Montperrin de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de contrat de travail, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montperrin une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions critiquées n'ont pas respecté le délai de prévenance d'un mois prévu par l'article 41 du décret n°41-155 du 6 février 1991 ;

- elles s'analysent en une sanction disciplinaire déguisée et n'ont pas respecté les obligations de motivation et de mise à disposition préalable du dossier ;

- la décision de ne pas renouveler son contrat est discriminatoire et résulte de faits fautifs de harcèlement moral par sa supérieure hiérarchique ;

- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le centre hospitalier de Montperrin, représenté par la SELARL Walgenwitz Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- une décision de non renouvellement de contrat n'a pas à être motivée ;

- le moyen tiré du non-respect de l'article 41 du décret n°41-155 du 6 février 1991 manque en fait et est sans incidence sur la légalité de la décision ;

- la décision de non renouvellement est justifiée par l'intérêt du service et par la manière de servir du requérant ;

- aucun des éléments du dossier ne caractérise un quelconque harcèlement moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diwo, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Allala représentant le centre hospitalier Monperrrin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été recruté en qualité d'animateur sportif par un contrat à durée déterminée du 20 septembre 2021 au 31 décembre 2021 au titre des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant statut de la fonction publique hospitalière alors en vigueur. Ce contrat a été renouvelé à trois reprises jusqu'au 30 avril 2023. Le 4 avril 2023, le directeur du centre hospitalier de Montperrin a décidé de ne pas renouveler son contrat, et l'a informé de ce que celui-ci prendrait fin le 7 mai 2023 pour tenir compte du délai de prévenance d'un mois puis il a expressément confirmé cette décision le 4 mai 2023 et implicitement rejeté le second recours gracieux de l'intéressé du 14 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : ()2° Un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans () ".

3. La méconnaissance du délai dont dispose l'administration pour notifier à l'agent non titulaire son intention de renouveler ou non son engagement, si elle est susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, n'entraîne pas l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat. Par suite, le moyen tiré de la violation du délai de prévenance prévu par l'article 41 du décret du 6 février 1991 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 alors applicable : " " Par dérogation à l'article 3 du titre Ier du statut général, les emplois permanents mentionnés au premier alinéa de l'article 2 peuvent être occupés par des agents contractuels lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient, notamment lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires hospitaliers susceptibles d'assurer ces fonctions ou lorsqu'il s'agit de fonctions nouvellement prises en charge par l'administration ou nécessitant des connaissances techniques hautement spécialisées ". D'autre part, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci ; il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce contrat est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, elle n'est, sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire, ni au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de prendre connaissance de son dossier, ni au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision de non renouvellement a été prise au motif d'une part, que le poste occupé par M. A ne nécessitait pas, à cette date un recrutement urgent dès lors que des prestataires extérieurs intervenaient pour assurer une partie des activités, l'administration envisageant dans l'avenir un poste réservé à une personne titulaire d'un diplôme spécifique dont cet agent est dépourvu et, d'autre part, eu égard à la manière de servir de l'intéressé qui était inadaptée aux besoins spécifiques d'un public particulièrement vulnérable. Ainsi, et alors que ces faits sont établis, dès lors notamment que les messages produits par M. A démontrant l'existence de projets ainsi que les attestations établies par ses collègues et partenaires sur la qualité de son travail ne suffisent pas à contredire les insuffisances relevées par la direction du centre hospitalier, la mesure en litige qui a été prise dans l'intérêt du service et au regard de la manière de servir de M. A ne revêt pas le caractère d'une sanction déguisée. Il suit de là que les moyens tirés de l'absence de communication préalable du dossier et du défaut de motivation sont inopérants.

6. En troisième lieu, d'une part, selon l'article 1-4 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " les actes de gestion pris à l'égard d'un agent contractuel de droit public bénéficiant des garanties mentionnées à l'article L 111-1 et aux chapitres Ier et III du titre III du livre Ier du code général de la fonction publique qui, en application de l'article L9 du même code, ne peuvent comporter aucune mesure discriminatoire, directe ou indirecte, sont ceux relatifs au recrutement, () et au non-renouvellement du contrat de cet agent ". D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué sont constitutifs d'un harcèlement moral, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

9. Le requérant, pour soutenir que la mesure de non-renouvellement de son contrat n'a pas été prise dans l'intérêt du service mais qu'elle procèderait de faits fautifs de harcèlement moral à son encontre de la part de sa supérieure hiérarchique, produit plusieurs attestations d'anciens collègues, parfois membre d'un syndicat ou partenaires de l'institution qui ont pu constater un comportement inadapté, que certains ont qualifié de malveillant, de la cheffe de service à l'encontre d'un certain nombre d'agents dont le M. A. Toutefois, les termes généraux des attestations ne permettent pas de caractériser suffisamment d'agissements précis et circonstanciés commis à l'encontre du requérant. S'il produit également des courriels envoyés à sa supérieure hiérarchique qui n'auraient pas eu de réponse, ce que tendent d'ailleurs à infirmer les éléments du dossier et notamment le compte-rendu des entretiens menés les 6 et 14 décembre 2022 par la directrice adjointe du centre hospitalier, les documents produits par l'administration, et notamment les notations et comptes-rendus précités, démontrent la persistance de difficultés à communiquer, à rendre compte et à se soumettre à la hiérarchie, qui ont d'ailleurs été reconnues par le requérant lors de son entretien du 13 septembre 2022. Le constat de ces difficultés n'a de surcroit pas été effectué par la seule supérieure hiérarchique mise en cause par M. A mais également par la directrice adjointe du centre hospitalier qui a pu constater par elle-même un certain nombre de difficultés qui ont été portées à la connaissance de l'intéressé. Enfin, les arrêts de travail produits aux débats ne permettent enfin pas d'établir un lien avec le harcèlement dont cet agent se dit victime, les documents portant simplement la mention " burn out professionnel ". Dans ces conditions, le harcèlement dont se plaint le requérant n'est pas caractérisé.

10. En dernier lieu, si un agent public, recruté par contrat à durée déterminée, ne bénéficie, au terme prévu, d'aucun droit au renouvellement de son contrat, la décision de ne pas renouveler le contrat ne peut être prise que pour des motifs tirés de l'intérêt du service et ne révélant ni inexactitude matérielle des faits, ni erreur manifeste d'appréciation, ni détournement de pouvoir. Il ressort de ce qui a été dit aux points 5 et 9 que les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits, de l'erreur manifeste d'appréciation et du détournement de pouvoir doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Montperrin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions formées par le centre hospitalier de Montperrin au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Montperrin au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Montperrin.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

Mme Hetier-Noël, première conseillère,

Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Diwo

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière,

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