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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306251

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306251

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantATGER Lucie

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. C B, représenté par Me Atger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer pendant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation et d'examen personnalisé de sa situation ;

- il est entaché d'illégalité, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour, et méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de fait ou, a minima, d'une erreur manifeste d'appréciation des faits en omettant qu'il justifie de son entrée régulière en France dès lors qu'il était titulaire d'un titre de séjour italien valide ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Par une ordonnance du 9 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2023.

Par une décision du 26 mai 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Atger, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 20 décembre 1988, déclare avoir séjourné en France à plusieurs reprises entre 2011 et 2013 et y être entré pour la dernière fois au second semestre 2013 alors qu'il était titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes. Le 3 juin 2022, il a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. L'arrêté contesté vise les textes dont il a fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale du requérant. A cet égard, si M. B soutient que le préfet aurait omis à tort d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, il ressort des pièces du dossier que le préfet mentionne également au titre des motifs de refus notamment que l'intéressé ne justifie pas de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa famille. Cet arrêté comporte ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée, l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé. Cette motivation révèle par ailleurs que le préfet a procédé à un examen personnalisé de la situation du requérant avant de prendre à son encontre l'arrêté contesté. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cet arrêté et du défaut d'examen complet de la situation de M. B doivent être écartés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite une première demande de titre de séjour en tant que conjoint de français doit justifier notamment de son entrée régulière en France.

5. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de conjoint de Français, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a opposé l'absence d'entrée régulière sur le territoire français, l'absence de visa de long séjour et le caractère récent de son mariage avec son épouse française. En l'espèce, M. B, qui se borne à déclarer qu'il est entré régulièrement dans l'espace Schengen en 2011 via l'Italie, y a résidé sous couvert de divers titres de séjour et d'une carte d'identité italienne et, après avoir effectué divers allers-retours entre l'Italie et la France, est entré en France " au second semestre 2013 ", ne justifie ni d'un visa de long séjour ni de la date effective d'une entrée régulière sur le territoire français. La seule présentation d'une page de son passeport, en majeure partie tronquée, où est apposé un visa " D " délivré par l'ambassade de France le 2 juillet 2013, et de la copie du recto d'un permis de séjour italien valable du 9 août 2013 au 1er août 2014 ne saurait davantage en justifier. Il est également constant que l'intéressé n'a pas souscrit auprès des autorités françaises la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et il n'établit pas qu'il était dispensé de souscrire une telle déclaration. Par suite, alors même que le requérant fait valoir qu'il a épousé le 2 avril 2022 une ressortissante française, Mme A, avec laquelle il mènerait une vie commune depuis novembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas commis d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation des faits, n'a pas non plus méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

7. M. B soutient qu'il justifie de motifs exceptionnels au regard notamment de sa résidence habituelle en France depuis " fin 2012 ", de son inscription à l'université Aix-Marseille de 2013 à 2019, de son activité professionnelle et bénévole ainsi que de sa vie commune avec sa conjointe de nationalité française. Toutefois, d'une part, le requérant n'établit pas résider de manière habituelle en France depuis fin 2012 dès lors qu'il reconnaît être retourné en Italie en août 2014 et que les pièces versées dans l'instance ne permettent pas d'établir sa résidence habituelle sur le territoire français, notamment pour la période antérieure à 2016. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il s'occupe au quotidien des enfants issus d'une précédente union de son épouse, leur vie commune revêt un caractère récent et il ne justifie pas, ainsi qu'il l'allègue, participer à l'éducation de ces enfants et être pour eux un soutien moral, par la seule présentation de certificats de scolarité ou d'attestations sur l'honneur établies par son entourage. Il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches personnelles en Côte d'Ivoire, où réside sa famille selon les mentions non contredites de l'arrêté attaqué. D'autre part, l'intéressé, tout en soutenant avoir suivi des études supérieures en France entre 2013 et 2019, ne se prévaut de l'obtention d'aucun diplôme. S'il fait valoir qu'il a effectué des stages professionnels en administration et en entreprise en 2017 et 2019, et présente une promesse d'embauche établie le 31 mai 2021 pour un emploi d'agent d'entretien, les éléments ainsi avancés sont insuffisants pour caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière en France de nature à établir l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

9. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 7, M. B ne justifie pas pouvoir prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 de ce même code. Par suite, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lucie Atger et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Fabre, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Fabre La présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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