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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306497

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306497

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARTOLOMEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 12 juillet 2023 et les 21 et 22 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Bartolomei, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'annuler la décision du 22 mai 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- ses conclusions à fin d'annulation sont recevables ;

La décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6 alinéa 1-4 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision de rejet de son recours gracieux :

- est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- subsidiairement, les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 30 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Dalançon, substituant Me Bartolomei et représentant M. B.

Une note en délibéré, enregistrée le 20 octobre 2023, a été présentée par le préfet des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 25 juillet 1991, déclare être entré en France en 2019 et s'y être maintenu continuellement depuis. Le 25 avril 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article 6 alinéa 1-4 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 21 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il a formé, le 24 novembre 2022, un recours gracieux contre cet arrêté, reçu en préfecture le 29 novembre 2022. A la suite d'un nouveau recours gracieux formé par son conseil le 4 avril 2023, les services préfectoraux ont indiqué par courriel à ce dernier le 22 mai 2023 qu'ils n'entendaient pas y donner suite. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2022, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux du 22 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2022 :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".

3. D'autre part, aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Aux termes du I de l'article R. 776-5 du même code : " Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté du 21 septembre 2022, dont la mesure d'éloignement qu'il contient a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte la mention des voies et délais de recours de manière conforme aux prescriptions précitées de l'article R. 421-5 du code de justice administrative et précise, dans son article 6, le caractère non suspensif d'un éventuel recours gracieux à son encontre. Il ressort des pièces du dossier comme des termes de la requête que M. B s'est vu notifier cet arrêté au plus tard le 24 novembre 2022, date du recours gracieux qu'il a formé contre cet arrêté. Le délai de recours contentieux de trente jours, prévu par les dispositions citées au point précédent, était donc expiré lorsque le requérant a déposé, le 25 mai 2023, une demande d'aide juridictionnelle en vue de contester l'arrêté en litige. Cette demande d'aide juridictionnelle n'a ainsi pas pu proroger le délai de recours. Il suit de là que, comme le fait valoir le préfet des Bouches-du-Rhône en défense, les conclusions de la requête de M. B, enregistrée au greffe du tribunal le 12 juillet 2023, dirigées contre l'arrêté du 21 septembre 2022 sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 mai 2023 rejetant le recours gracieux de M. B :

5. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B a formé un recours gracieux contre l'arrêté du 21 septembre 2022 par un courrier recommandé du 24 novembre 2022 reçu par l'administration le 29 novembre 2022. Le silence du préfet des Bouches-du-Rhône sur ce recours gracieux a fait naître une décision implicite de rejet. Si le conseil de M. B a formé un second recours gracieux contre le même arrêté le 4 avril 2023, le courriel du 22 mai 2023 par lequel les services de la préfecture lui ont indiqué qu'il ne serait pas donné suite à ce recours gracieux a, en l'absence de changements de circonstances de fait ou de droit, le caractère d'une décision purement confirmative tant de l'arrêté que de la décision implicite de rejet déjà intervenue à la suite du premier recours administratif de l'intéressé, alors notamment que ni l'un ni l'autre de ces courriers adressés au préfet des Bouches-du-Rhône ne constituent par leur teneur une nouvelle demande de titre de séjour.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est recevable à demander l'annulation ni de l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, ni de la décision du 22 mai 2023 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux contre cet arrêté. Sa requête doit dès lors être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction et celles présentées au profit de son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laurent Bartolomei et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Fabre, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FabreLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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