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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306674

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306674

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVIDAL-NAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 14 juillet 2023,

4 octobre 2023, 30 novembre 2023 et 15 avril 2024, M. C A, représenté par

Me Toumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 janvier 2023 par le lequel le maire de la commune de Marseille a délivré à la société Sogeprom Sud Réalisation un permis de construire modificatif portant sur la construction d'un ensemble immobilier de 72 logements situé au 31 boulevard de Saint Loup dans le 10ème arrondissement, ainsi que la décision du 18 mai 2023 rejetant implicitement son recours gracieux contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la société Sogeprom Sud Réalisation et de la commune de Marseille la somme 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 600 euros à la charge de l'association Formation et Métier au titre de ces mêmes dispositions.

Il soutient que :

-sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté en litige :

-il méconnaît l'article R. 431-5 g) du code de l'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire modificatif ne précise pas la puissance électrique nécessaire au projet ;

- le dossier de demande de permis de construire modificatif contient une contradiction entre les indications du formulaire et celles des différentes notices, ce qui n'a pas permis aux services instructeurs d'apprécier la réalité du projet ;

- il méconnaît l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation et l'article

L. 425- 3 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet qui intègre un établissement recevant du public devait faire l'objet d'un contrôle ;

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté en litige :

-il est dépourvu de base légale dès lors que le permis de construire initial est caduc ;

- il méconnaît l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi).

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2023 et le 6 décembre 2023, la société Sogeprom Sud Réalisation, représentée par Me Rosenfeld, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation, et demande que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant n'a pas intérêt à agir ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 20 octobre 2023, l'association Formation et Métier, représentée par Me Vidal-Naquet, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 6 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant n'a pas intérêt à agir ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 11 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

13 mai 2024.

Un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, pour la société Sogeprom Sud Réalisation, représentée par Me Rosenfeld, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Un mémoire enregistré, après clôture le 24 mai 2024, pour la commune de Marseille n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

-les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

-et les observations de Me Vidal-Naquet, représentant le requérant, celles de

M. B, représentant la commune de Marseille, et celles de Me Cagnol, représentant la société Sogeprom Sud Réalisation.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 29 novembre 2019, le maire de la commune de Marseille a délivré à la société Sogeprom Sud Réalisation un permis de construire, devenu définitif, ayant pour objet la construction d'un ensemble immobilier de 81 logements, sur une parcelle cadastrée 858 B 111 située au 31 boulevard de Saint-Loup dans le 10ème arrondissement. Par un arrêté en date du 20 janvier 2023, cette même société s'est vu délivrer un permis de construire modificatif l'autorisant à construire, sur cette même parcelle, 72 logements. M. A, se disant voisin immédiat du projet, demande l'annulation de l'autorisation modificative, ainsi que la décision de refus tacite en date du 18 mai 2023.

Sur l'intervention de l'association Formation et Métier :

2. Est recevable à former une intervention, devant le juge du fond, toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.

3. L'association Formation et Métier qui a pour objet la formation et l'insertion socioprofessionnelle durable des publics les plus fragiles exerce sa mission d'intérêt général dans les bureaux existants au sein de la Bastide implantée sur le terrain d'assiette du projet en litige, en vertu d'un bail conclu le 1er juillet 1962 et renouvelé par un avenant en date du 22 juin 2016. En abandonnant le changement de destination pour la résiliation de 9 logements initialement prévus dans la Bastide, le permis de construire modificatif projette de maintenir les bureaux occupés par l'association Formation et Métier. Par suite, l'intervention volontaire de l'association Formation et Métier est recevable et peut être admise.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pur agir :

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A ne peut se prévaloir de la qualité de voisin immédiat du projet, dès lors que sa propriété est séparée du terrain d'assiette dudit projet par les parcelles 22, 23 et 25 se situant en face de son habitation et que sa propriété se situe à une distance d'environ 100 mètres de l'opération envisagée dont l'accès voiture s'effectue par la rue des marronniers, soit une rue perpendiculaire au boulevard de Saint-Loup qui dessert sa propriété.

7. D'autre part, si M. A fait valoir que le projet est susceptible d'aggraver les difficultés de stationnements et d'accroître le trafic automobile dans le quartier au sein duquel s'implante sa propriété, il ressort des pièces du dossier que le projet modificatif abandonne le changement de destination pour la résiliation de 9 logements initialement prévus dans la Bastide pour maintenir une surface de plancher existante de 671 m2 dédiée aux bureaux occupés par l'association Formation et Métier. Si le projet ne prévoit pas de places de stationnement pour ces bureaux, les troubles de jouissance allégués apparaissent dépourvus de réalité, compte tenu notamment de la réduction du nombre de logements et du maintien du nombre de places de stationnement prévu par le permis de construire initial. En outre, il n'est nullement établi que le maintien par le permis modificatif des bureaux, d'une surface de plancher d'à peine 671 m2, engendrerait un afflux de circulation qui préjudicierait à la situation du requérant. Dans ces conditions, dès lors que les atteintes dont l'intéressé se prévaut pour l'application de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ne sont pas susceptibles d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien et ne lui permettent pas de justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023, la fin de non-recevoir opposée en ce sens par les défenderesses doit être accueillie, et la requête de

M. A doit être rejetée pour ce motif.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Sogeprom Sud Réalisation et de la commune de Marseille qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du requérant la somme de 1 500 euros à verser à la société Sogeprom Sud Réalisation, au titre de ces mêmes dispositions.

9. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'association Formation et Métier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention volontaire de l'association Formation et Métier est admise.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : M. A versera une somme de 1 500 euros à la société Sogeprom Sud Réalisation en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de l'association Formation et Métier, formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la société Sogeprom Sud Réalisation, à l'association Formation et Métier et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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