lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2306884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHEMMAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Chemmam, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans avec signalement dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise sans que la préfète ne procède à un examen approfondi de sa situation ;
Le refus de délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivé ;
- a été pris sans que la préfète ne procède à un examen approfondi de sa situation ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise sans que la préfète ne procède à un examen approfondi de sa situation ;
- méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation sur l'existence de circonstances humanitaires justifiant l'absence d'édiction d'une interdiction de retour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. Ouillon pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,
- et les observations de Me Chemmam pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, qu'il expose oralement et faisant valoir, en outre, que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a pas fait l'objet de poursuites pénales, ce qui entache d'irrégularité la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que la préfète devait lui accorder un délai de départ volontaire dès lors qu'il était possible de l'assigner à résidence.
En présence de M. A, interprète en langue arabe.
La préfète de Vaucluse n'était ni présente ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien, a été interpellé par les services de police le 23 juillet 2023 dans le cadre d'un contrôle routier. Le 23 juillet 2023, la préfète de Vaucluse a pris à son encontre un arrêté l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, lui interdisant de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 23 juillet 2023.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. La décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 611-1 ainsi que les stipulations conventionnelles dont elle fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les motifs justifiant l'application d'une mesure d'éloignement et tenant à ce que M. C n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Elle expose, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation personnelle de l'intéressé, la préfète n'étant pas tenue de faire figurer l'ensemble des éléments de la situation de celui-ci. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C, avant de l'obliger à quitter le territoire français.
Sur les conclusions dirigées contre la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu'aucun délai de départ volontaire n'ait été accordé au requérant, tirés notamment de ce qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C, avant de lui refuser un délai de départ volontaire.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, la préfète de Vaucluse a retenu que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes à défaut de justifier d'un lieu de résidence et d'un passeport en cours de validité et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Si M. C soutient qu'il dispose de garanties de représentant suffisantes et notamment d'un domicile, il n'en justifie pas. Il a indiqué lors de son audition par les services de police, le 23 juillet 2023, être sans domicile fixe et n'a pas été en mesure de présenter ses documents d'identité. De même, si l'intéressé soutient qu'il a exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 2 avril 2022 par le préfet des Bouches-du-Rhône, il n'en justifie pas alors qu'il ressort au contraire du procès-verbal de son audition par les services de police, le 23 juillet 2023, qu'il a indiqué résider en France depuis trois ans. Enfin, M. C soutient, sans être contredit qu'à la suite de son placement en garde à vue à la suite d'infraction au code de la route, il n'a pas fait l'objet de poursuites pénales. Les éléments dont la préfète se prévaut ne permettent pas d'établir que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre. Toutefois, les autres motifs retenus par la préfète justifient à eux seuls la décision contestée et il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur ces derniers motifs. Dans ces conditions, en l'absence de circonstance particulière, la situation de M. C entrait dans les cas visés aux 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 précité, permettant de présumer établi le risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision de refus d'un délai de départ volontaire, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu'une interdiction soit faite au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C, avant de lui interdire de retourner sur le territoire français.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, la préfète a retenu les circonstances que l'intéressé avait déclaré être entré irrégulièrement en France depuis trois ans sans l'établir, qu'il ne disposait d'aucun lien ni d'aucun membre de sa famille sur le territoire français et qu'il ne justifie pas avoir créé en France le centre de ses intérêts, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 2 avril 2022 et qu'il a adopté un comportement représentant une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été contrôlé au volant d'un véhicule sans être titulaire d'un permis de conduire et qu'il est défavorablement connu des services de police pour vol. Si pour les motifs énoncés au point 10 du jugement, les éléments dont se prévaut la préfète, ne permettent pas d'établir que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre, M. C, qui est célibataire, ne se prévaut pas d'attaches personnelles ou familiales en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident ses parents et sa fratrie, ne remet pas utilement en cause les autres motifs retenus par la préfète, qui justifient à eux seuls la décision contestée. Ainsi, M. C n'établit pas que la préfète, qui aurait pris la même décision en se fondant sur ces derniers motifs, aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui interdisant de retourner sur le territoire français ni qu'elle aurait commis une erreur d'appréciation en considérant qu'aucune circonstance humanitaire ne justifiait qu'elle n'édicte pas un telle interdiction de retour. Compte tenu des circonstances ainsi rappelées et de la situation personnelle de l'intéressé, la préfète n'a pas non plus commis une erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction à deux ans.
15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par voie de conséquence doivent être rejetées ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré le 31 juillet 2023, et lu en audience publique le même jour.
Le magistrat désigné,
Signé
S. Ouillon
Le greffier,
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026