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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306885

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306885

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 juillet et le 4 août 2023, M. A B, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris sans examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boidé pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 août 2023, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Boidé ;

- les observations de Me Gilbert, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en présence de M. B.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 31 août 1967 à Erevan, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. La requête n'est ni manifestement irrecevable, ni manifestement dénuée de fondement. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que, le 10 mars 2023, les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône ont délivré à M. B une convocation, fixée au 14 mars 2023 à 10h55, pour le dépôt d'une première demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, notamment justifiée par l'hospitalisation de l'intéressé au sein du service de chirurgie vasculaire de l'hôpital de La Timone survenue en février 2023 et des nécessités de suivi médical en résultant. M. B justifie qu'il a honoré cette convocation par la production d'une copie du dossier qu'il a présenté, annotée par l'agent chargé de l'accueillir. Il produit également les deux convocations ultérieures qui lui ont été délivrées par les services préfectoraux pour des rendez-vous fixés au 4 avril puis au 9 mai 2023, ainsi qu'une attestation de la travailleuse sociale qui l'a accompagné pour ce dernier entretien. Ainsi, et contrairement à ce que fait valoir le mémoire en défense du préfet des Bouches-du-Rhône, l'intéressé avait engagé une demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale antérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, lequel ne fait pourtant pas état de cette demande mais se fonde uniquement sur le rejet de la demande d'asile du requérant survenu le 28 juin 2023. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement du territoire français qu'il conteste a été prise sans examen complet de sa situation. Par suite, il est fondé à en demander l'annulation pour ce motif.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent être également annulées les décisions subséquentes relatives au délai de départ volontaire et au pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède à un nouvel examen de la situation de M. B. Il y a donc lieu de lui adresser une injonction en ce sens, assortie d'un délai de trois mois pour y satisfaire. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B doit en outre être mis sans délai en possession, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à Me Gilbert, conseil de M. B, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 30 juin 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de M. B et de lui délivrer sans délai, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Gilbert une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gilbert et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Boidé

Le greffier,

Signé

T. MarconLa République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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