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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307020

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307020

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantEL MABROUK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. A C, représenté par Me El Mabrouk, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'autoriser le regroupement familial ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à son épouse et à son enfant une autorisation de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée méconnait l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de ressources stables et suffisantes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, titulaire en dernier lieu d'une carte de résident de dix ans, valable jusqu'au 9 décembre 2031, a présenté une demande de regroupement familial le 18 novembre 2022 au bénéfice de son épouse et de son fils de nationalité marocaine. Par une décision du 1er juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle se prononce sur une demande de regroupement familial, l'autorité compétente doit, pour apprécier la condition de ressources, se fonder sur le montant des ressources du demandeur mais aussi sur leur stabilité

3. M. C a déposé sa demande de regroupement familial le 18 novembre 2022, la période de référence pour apprécier le caractère stable et suffisant de ses revenus courant dès lors du 1er novembre 2021 au 31 octobre 2022. Il ressort des pièces du dossier que, durant cette période de référence, le requérant a travaillé sept mois, de novembre à décembre 2021 puis de juin à octobre 2022, et a perçu l'allocation de retour à l'emploi durant quatre mois, de janvier à avril 2022, alors qu'il ne justifie d'aucun revenu pour le mois de mai 2022 et n'apporte aucun élément susceptible d'établir la stabilité de ses ressources postérieurement à la date d'enregistrement de sa demande de regroupement familial. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se fondant sur le caractère instable de ses ressources pour rejeter sa demande de regroupement familial.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

5. Les seules circonstances tenant à ce que M. C réside en France depuis plusieurs décennies, selon ses dires, soit titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 9 décembre 2031, soit marié depuis 1987 avec une ressortissante marocaine qui réside au B et que le couple ait eu plusieurs enfants au B, dont un enfant mineur né en 2008, ne permettent pas de considérer que la décision contestée, qui n'a pas d'autre conséquence que de faire perdurer une situation de séparation géographique existant depuis plusieurs années du fait même de l'intéressé, ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, cette décision ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur pour lequel le requérant a sollicité le regroupement familial, dès lors que celui-ci vit au B avec sa mère depuis sa naissance. Ainsi, en rejetant la demande de regroupement familial du requérant, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er juin 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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