jeudi 24 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2307255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LACROUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 22 août 2023, M. B, représenté par Me Lacroux, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une expulsion du territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui restituer son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; à défaut, de le munir d'un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil moyennant renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée ; la mesure est exécutoire dès sa sortie de la maison d'arrêt d'Aix-Luynes ; il vient d'être placé au centre de rétention administrative de Marseille ; la décision contestée entraîne une rupture brutale et immédiate de ses liens familiaux avec sa mère, ses sœurs et son frère, ses oncles et tantes, ses enfants et sa compagne de nationalité française avec laquelle il s'est engagé dans un projet familial ; il était également sous contrat de travail qu'il entend recouvrer dès sa libération.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la mesure ; en premier lieu, la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ; en deuxième lieu, la décision est insuffisamment motivée ; en troisième lieu, l'arrêté est illégal eu égard, d'une part, à l'intensité de ses liens familiaux en France ; il est entré en France en 2012, alors âgé de 14 ans, accompagné de son frère et de sa sœur et de sa mère qui, si elle est retournée en Algérie a quitté ce pays pour revenir en France ; pendant l'absence de sa mère, il a été pris en charge par ses oncles et tantes, tous en situation régulière ou de nationalité française ; hormis son père avec lequel il a rompu tout lien, l'ensemble de ses attaches familiales est en France ; enfin, il a vécu deux précédentes relations de concubinage avec des ressortissantes françaises dont sont issus quatre enfants ; il est depuis en concubinage avec une ressortissante française ; l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; d'autre part, son comportement lui a permis de bénéficier le 7 avril 2023 d'une mesure de libération sous contrainte sous la forme d'une semi-liberté et d'une réduction supplémentaire de peine le 6 février 2023 ; le service pénitentiaire d'insertion et de probation a émis un avis défavorable à son éventuelle expulsion le 27 mars 2023 ainsi que la commission d'expulsion le 22 juin 2023 ; il bénéficie d'une promesse d'embauche ; enfin, le retrait du certificat de résidence dont il était titulaire est illégal en raison de l'illégalité de la mesure d'expulsion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyen propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2307282.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Laso, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 août 2023 à 9 heures :
- le rapport de M. Laso, juge des référés ;
- les observations de Me Lacroux, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 13 juillet 1998, a fait l'objet, après consultation de la commission d'expulsion qui a rendu un avis défavorable le 22 juin 2023, d'un arrêté d'expulsion du territoire français en date du 30 juin 2023, notifié le 11 juillet 2023, pris par le préfet des Bouches-du-Rhône au motif qu'en raison de son comportement, sa présence sur le territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public. L'arrêté attaqué mentionne que l'intéressé est l'auteur de plusieurs infractions pénales (menace de mort réitérées le 24 décembre 2018, vol (récidive) le 19 mars 2019, recel provenant d'un vol le 19 mars 2019, violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité (récidive) commises entre le 14 mars 2018 et le 2 juin 2020 et le 24 septembre 2021, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui (récidive) le 2 juin 2020). L'arrêté attaqué mentionne, en outre et notamment, que l'intéressé ne justifie ni de la réalité et l'ancienneté de sa relation de concubinage ni contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses quatre enfants mineurs nés de deux précédentes relations avec des ressortissantes françaises victimes de violences conjugales et ni être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où réside son père. M. B demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
4. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L 631-3. ". Et aux termes de l'article L. 631-2 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage () ".
5. M. B a vécu deux précédentes relations de concubinage avec deux ressortissantes françaises dont il a eu quatre enfants, tous mineurs à la date de l'arrêté contesté. Toutefois, et notamment, par un jugement du tribunal correctionnel de Montpellier du 5 juin 2020, l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement de deux ans dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans pour des violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par concubin en récidive. Puis, par un jugement du tribunal correctionnel de Marseille du 19 novembre 2021, il a été condamné à six mois d'emprisonnement pour des violences suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jours par concubin en récidive. Ce jugement a également ordonné la révocation pour six mois du sursis probatoire dont il avait précédemment bénéficié. Il n'est, en outre, pas sérieusement contesté qu'il n'a pas de relation avec ses quatre enfants. Il ne justifie donc pas qu'il contribue effectivement à leur entretien et à leur éducation, au sens et pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, par les pièces récentes produites constituées d'une attestation de sa compagne, d'un bail et d'une attestation d'assurance, toutes établies en juin 2023, M. B ne justifie pas davantage satisfaire aux conditions posées au 2° de cet article. Ainsi, à supposer même que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions soit invoqué à l'encontre de l'arrêté contesté, ce moyen n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.
6. En l'espèce, eu égard à la répétition des infractions dont il est l'auteur, de leur gravité, et des condamnations prononcées à son encontre par le juge pénal, le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône n'établit pas l'existence d'une menace grave pour l'ordre public n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige. A cet égard, si l'intéressé fait valoir que son comportement lors de sa détention lui a permis de bénéficier d'une mesure de réduction supplémentaire de peine le 6 février 2023, d'une mesure de semi-liberté dans le cadre d'une libération sous contrainte à compter du 7 avril 2023, que le service pénitentiaire d'insertion et de probation des Bouches-du-Rhône a émis un avis défavorable à une éventuelle expulsion le 27 mars 2023, que la commission départementale d'expulsion a également émis un avis défavorable à son expulsion le 22 juin 2023 et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche de son oncle en date du 21 juin 2023, de telles circonstances, insuffisantes au regard de l'ensemble de son comportement, en dépit de ses efforts manifestés lors de sa détention, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, si sa présence en France depuis 2012 n'est pas contestée, comme sa situation régulière au regard du droit au séjour des étrangers, les moyens tirés de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard de sa situation familiale et que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité dès lors que, comme il a été dit précédemment, il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, la communauté de vie avec sa compagne est très récente, il n'établit pas être dépourvu d'attache familiale en Algérie ou réside son père et ne démontre pas ne plus entretenir de relation avec ce dernier.
7. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par le requérant, y compris celui tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté d'expulsion ne peuvent qu'être rejetées, ensemble, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles formées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 24 août 2023.
Le vice-président désigné,
Juge des référés
signé
J-M. LASO
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026