Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 août 2023, M. A... B..., représenté par Me Pagenel, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 5 juin 2023 par laquelle le maire d’Arles lui a infligé la sanction d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de quinze jours ;
2°) de condamner la commune d’Arles à lui verser la somme de 875.43 euros en réparation de son préjudice financier et de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de la commune d’Arles une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la requête est recevable ;
la décision en litige est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’erreur dans la matérialité des faits ;
la sanction est disproportionnée ;
il est légitime à demander une indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, la commune d’Arles, représentée par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B... une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par M. B... ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 septembre 2025, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l’instruction.
En application de l’article R. 612-1 du code de justice administrative, M. B... a été mise en demeure le 12 septembre 2025 de régulariser ses conclusions indemnitaires dans un délai de quinze jours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général de la fonction publique ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Le Mestric, rapporteure,
les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,
et les observations de Me Raynal, représentant la commune d’Arles.
Considérant ce qui suit :
M. B..., adjoint technique territorial de 2ème classe au sein de la commune d’Arles depuis le 25 mars 2016, occupe les fonctions d’agent d’entretien des espaces publics urbains. Il demande au tribunal l’annulation de la décision du 5 juin 2023 par laquelle le maire d’Arles lui a infligé la sanction d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de quinze jours pour des propos tenus à l’encontre d’une collègue, le 16 juillet 2023, qualifiés de « propos déplacés » et de condamner la commune à l’indemniser du préjudice financier et du préjudice moral en résultant.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) 2° Infligent une sanction ; (…) ». Et aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ». Il appartient à l’autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu’elle entend retenir à l’encontre de l’agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui lui est infligée.
La décision du 5 juin 2023 prononçant une exclusion temporaire de fonctions du quinze jours à l’encontre de M. B... se fonde sur des propos tenus par M. B... le 16 juillet 2022 « qualifiés de déplacés et non discriminatoires ou humiliants qui ne visaient pas à nuire gravement à sa co-équipière » et à lui reprocher d’avoir ainsi manqué à ses obligations professionnelles par des agissements incompatibles avec l’exercice de ses fonctions. Cette rédaction, qui manque de précision, comporte une erreur sur la date des faits, ne précise ni le contenu des propos qui sont reprochés à M. B..., ni les circonstances dans lesquelles ils auraient été tenus et se borne à faire référence à l’avis du conseil de discipline sans en joindre le compte-rendu. Il ressort, d’ailleurs, de ce compte-rendu produit au dossier que plusieurs griefs lui étaient reprochés, un abandon de poste, un refus d’obéissance et des propos déplacés et que seule une sanction de premier groupe d’exclusion temporaire de fonction de trois jours a été proposée. Dans ces conditions, la décision en litige ne permet pas à M. B... de comprendre de manière claire et précise les griefs retenus à son encontre ni les motifs sur lesquels le maire s’est fondé pour lui infliger la sanction contestée. Ainsi, M. B... est fondé à soutenir que le maire de la commune d’Arles n’a pas satisfait à l’exigence de motivation de sa décision.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 530-1 du même code : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions l’expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ». Aux termes de l’article L. 533-1 du même code : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (...) 2° Deuxième groupe : : (...) c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / (...) ».
Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
Pour prononcer la sanction disciplinaire de l’exclusion temporaire de fonction d’une durée de quinze jours, le maire d’Arles a retenu les propos déplacés tenus par M. B... le 16 juillet 2022 envers une co-équipière qu’il a qualifiés de manquement grave à ses obligations statutaires et professionnelles.
Il ressort du procès-verbal du conseil de discipline et du témoignage d’un agent que le 16 juillet 2022 en fin de vacation M. B... a eu une altercation avec une co-équipière qui l’avait remplacé ponctuellement le 13 juillet 2022 sur son secteur pour assurer le nettoyage des rues. M. B... lui a indiqué qu’une pétition avait été initiée par les habitants de son secteur pour qu’elle s’y maintienne car « elle avait coupé de l’herbe, ce qui le mettait en porte-à-faux vis-à-vis des habitants ». Celle-ci lui a répondu de manière agressive et insultante. M. B... n’a pas poursuivi la conversation mais est sorti du local dans lequel il se trouvait en lui disant « tu te mets à quatre pattes chez toi ou sur ton secteur, je m’en fous ». Le requérant ne conteste pas sérieusement les propos qui lui sont reprochés en faisant valoir qu’il y a erreur sur la date des faits ayant motivé la sanction, qui relève, en tout état de cause, d’une simple erreur de plume. Le requérant précise également que ses propos n’étaient ni sexistes ni humiliants. Par suite, le moyen, tiré de ce que la décision en litige serait entachée d’erreur matérielle des faits, doit être écarté.
En dernier lieu, le comportement irrespectueux de M. B... envers sa collègue constitue une faute pouvant donner lieu à une sanction disciplinaire. A cet égard, le maire d’Arles était fondé à prononcer une sanction à son encontre compte tenu du caractère maladroit, inapproprié et déplacé de ses propos à l’égard de sa collègue. Toutefois, l’expression « à quatre pattes », si elle a pu choquer la co-équipière de M. B..., n’est ni discriminatoire ni injurieuse, ainsi que le mentionne, d’ailleurs, l’avis du conseil de discipline et la décision en litige elle-même, dès lors qu’elle fait référence à la posture de travail de désherbage de l’agent. Eu égard à la gravité modérée de cette altercation, qui ne saurait être imputée au seul comportement de l’intéressé, à la portée mineure des propos, qui ont été tenus au sein d’un local de la ville d’Arles, sur d’une part, le fonctionnement du service et d’autre part, l’image de la commune, et en dépit de l’avertissement infligé au requérant pour refus d’exécution de consignes peu de temps auparavant, la sanction d’exclusion temporaire de fonctions de quinze jours prononcée par l’autorité territoriale à l’encontre de M. B... est entachée de disproportion.
Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 5 juin 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions indemnitaires :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « (…) Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle (…) ». Aux termes de l’article R. 612-1 du même code : « Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. (…) La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ».
M. B... n’a saisi l’administration d’une réclamation indemnitaire préalable que le 16 septembre 2025 après avoir été invité à régulariser ses conclusions par le tribunal sur le fondement des dispositions précitées. A la date du présent jugement, il n’avait pas été répondu à sa demande et aucune décision implicite de refus n’était encore née. Par suite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu’être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune d’Arles sur ce fondement. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d’Arles la somme de 1 500 euros que réclame M. B... au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 5 juin 2023 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : La commune d’Arles versera à M. B... la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la commune d’Arles.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Fedi, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fabre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
La rapporteure,
signé
F. Le Mestric
Le président,
signé
G. Fedi
La greffière
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,