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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307710

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307710

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantATORI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 août 2023 et le 4 décembre 2023,

M. B D, représenté par Me Soulas demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur l'évaluation de l'ensemble de ses préjudices concernant les conditions dans lesquelles il a été pris en charge à l'hôpital de la Timone à compter de mars 2016 pour une chirurgie réfractive, réalisée le 28 avril 2016, et une reprise chirurgicale réalisée en juillet 2016 ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre de tout sapiteur de son choix ;

3°) de mettre à la charge de l'assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'évaluation de l'ensemble de ses préjudices n'a pas été réalisé suite à la réalisation d'une deuxième chirurgie et de son état qui n'était pas consolidé.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, l'AP-HM, représentée par Me Le Goues, demande au juge des référés :

1°) de rejeter la demande d'expertise ;

2°) de mettre à la charge de M. D la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La prise en charge initial du docteur E a été réalisée dans le cadre de son activité libérale ;

- Le rapport d'expertise du docteur A n'indique pas que les préjudicies imputables à la prise en charge du docteur E relèverait d'une faute de l'hôpital ;

- Les préjudices permanents ont déjà été constatés par la précédente expertise.

Par un mémoire en défense enregistrée le 22 décembre 2023, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes Alpes, déclare que la victime a été prise en charge au titre du risque maladie.

La procédure a régulièrement été communiquée à la mutuelle Solimut, qui n'a pas produit d'observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la compétence de la juridiction administrative :

1. Il est constant qu'avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige, et dès lors que ce dernier est de nature à relever, fût-ce pour partie, de l'ordre de juridiction auquel il appartient, le juge des référés a compétence pour ordonner une mesure d'instruction sans que soit en cause le principe de séparation des autorités administratives et judiciaires. Il n'en est autrement que lorsqu'il est demandé au juge des référés d'ordonner une mesure d'instruction qui porte à titre exclusif sur un litige dont la connaissance au fond n'appartient manifestement pas à l'ordre de juridiction auquel il appartient.

2. Il résulte des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique que la responsabilité des établissements publics de santé peut être engagée du fait des actes de prévention, de diagnostic ou de soins réalisés par le personnel hospitalier en cas de faute. En outre, les articles L. 6154-1 et suivants du code de la santé publique, autorisent, à certaines conditions qu'ils précisent, les praticiens statutaires à temps plein à exercer dans les locaux de l'établissement public hospitalier auquel ils sont rattachés une activité libérale au titre de laquelle ils perçoivent personnellement des honoraires. Il est également prévu que les actes accomplis par les médecins, chirurgiens et spécialistes au profit des malades hospitalisés dans le service privé d'un hôpital public le sont en dehors de l'exercice des fonctions hospitalières et que les rapports qui s'établissent entre les malades admis dans ces conditions et les praticiens relèvent en principe du droit privé. En conséquence ces derniers doivent répondre des dommages causés par leurs propres manquements dans les conditions du droit privé.

3. En revanche, les fautes commises à l'occasion d'actes accomplis dans le cadre du service public hospitalier engagent en principe la seule responsabilité du centre hospitalier, dont relève le praticien, qu'il appartient au patient de poursuivre devant la juridiction administrative. Ainsi le centre hospitalier peut être rendu responsable des dommages subis par de tels malades lorsqu'ils ont pour cause un mauvais fonctionnement résultant soit d'une mauvaise installation des locaux, soit d'un matériel défectueux, soit d'une faute commise par un membre du personnel auxiliaire de l'hôpital mis à la disposition des médecins, chirurgiens et spécialiste.

4. Par suite, en l'espèce, rien ne s'oppose, dans le cadre d'une bonne administration de la justice, à ce qu'au stade du référé-instruction et sans que la répartition des compétences entre les deux ordres de juridictions y fasse obstacle, y compris dans l'hypothèse où un manquement du professeur E, professeur exerçant dans le cadre de son activité privée à l'hôpital de la Timone, pourrait être retenu et de nature à engager sa responsabilité personnelle devant le juge judiciaire, l'expertise médicale puisse être déclarée contradictoire et opposable au professeur E et au centre hospitalier de la Timone. Dès lors, la juridiction administrative est compétente pour connaître de la demande d'expertise de M. D.

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

5. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

6. Il résulte de l'instruction qu'une expertise a été ordonnée par le tribunal le 2 avril 2019 portant les conditions dans lesquelles M. D a été pris en charge, à compter du mois de mars 2016, au centre hospitalier de la Timone, pour une chirurgie réfractive, réalisée le 28 avril 2016, et une reprise chirurgicale réalisée en juillet 2016. Par un rapport enregistré au greffe le 5 août 2019, l'expert s'est prononcé sur les modalités de prises en charge non seulement sur ces deux opérations, réalisées en 2016 mais également sur celles intervenues les 8 et 15 juin 2017 et sur les préjudices en lien avec toutes ces opérations et notamment sur le DFP, estimé à 8%. Si cet expert a indiqué que les implants sont certainement à changer pour diminuer la gêne de M. D, il a précisé que si celui-ci décide une ré intervention chirurgicale avec changement d'implants, il sera nécessaire d'interroger les différents frais comme secondaires et à reconsidérer le DFP avec réserve sur le devenir des yeux de M. D. Or, il est constant, ainsi que l'indique M. D dans ses écritures, que celui-ci ne souhaite pas une nouvelle intervention. Dès lors, compte tenu du rapport de l'expert, lequel s'est prononcé sur les chefs de missions qui lui avaient été confiés, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le rapport de cet expert ne comporterait pas tous les éléments nécessaires au juge du fond, éventuellement saisi, pour apprécier le bien-fondé d'une demande indemnitaire. Par suite, la demande d'expertise présentée par M. M. D est dépourvue d'utilité et doit être rejetée.

Sur les frais de procès :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'APHM qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse la somme que lui réclame M. D.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à l'Assistance publique hôpitaux de Marseille, à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes Alpe et à la mutuelle Solimut.

Fait à Marseille, le 8 février 2024.

La juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier.

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