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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307720

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307720

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantATGER Lucie

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2023, Mme C A, représentée par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de suspendre la décision implicite du 19 septembre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours à l'encontre de la décision du 2 juin 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 500 euros à Me Atger au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité conduit par une personne qualifiée ;

- elle n'a pas été informée des conditions et des modalités du refus des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation du caractère légitime des motifs pour lesquels elle n'a pas demandé l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite le rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Il soutient en outre que les conclusions aux fins de suspension de la décision sont irrecevables.

Un mémoire, enregistré le 8 janvier 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction, présenté par Mme A, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 juin 2023 la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A au motif qu'elle avait présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Mme A a formé le recours préalable obligatoire à l'encontre de cette décision le 19 juillet 2023. Il ressort de la requête que Mme A a entendu demander l'annulation de la décision du 2 juin 2023 et de la décision implicite de rejet de son recours préalable et que c'est par une erreur de plume qu'elle en demande, au terme de sa requête, la suspension. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. À défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant lui se substituent aux décisions des directeurs territoriaux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision du 2 juin 2023 sont irrecevables et, par suite, doivent être rejetées.

4. En second lieu, en rejetant implicitement le recours administratif de Mme A dirigé contre la décision du 2 juin 2023 le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardé comme s'étant approprié le motif du refus opposé à la requérante.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en juillet 2022 souffrant d'un état de santé très dégradé et a été prise en charge par les services hospitaliers au cours des années 2022 et 2023 pour une pathologie grave ayant nécessité de nombreux soins et une opération chirurgicale. Au regard de cette situation, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur d'appréciation du caractère légitime des motifs pour lesquels Mme A n'a déposé sa demande d'asile que le 2 juin 2023, ainsi que de la vulnérabilité de Mme A. Par suite, la décision en litige doit être annulée.

6. La présente décision, en application des dispositions des articles L. 911-1 du code de justice administrative et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique que l'Office français de l'immigration et de l'intégration propose le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 juin 2023, date de l'enregistrement de sa demande d'asile, à Mme A. Par suite, il y a lieu d'y enjoindre le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 22 septembre 2023. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Atger, avocate de Mme A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 800 euros à Me Atger au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision implicite du 19 septembre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de proposer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 juin 2023, date de l'enregistrement de sa demande d'asile, à Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Atger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 800 euros à Me Lucie Atger, avocate de Mme A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Lucie Atger et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

M. B, premièr conseiller,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le président - rapporteur,

signé

P-Y. GonneauL'assesseur le plus ancien,

signé

P. B

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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