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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307728

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307728

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 août et le 14 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Kucharz, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des effets de l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le maire de la Ciotat a accordé à l'EURL Société immobilière du Sud un permis de construire, ainsi que de la décision implicite du rejet du recours gracieux formé le 21 août 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Ciotat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable s'agissant des délais ;

- il a intérêt à agir en qualité de voisin immédiat du projet, directement adossé au mur de sa maison, qui subit à cet endroit des infiltrations ; de nouvelles nuisances, notamment sonores, s'ensuivront ;

Sur l'urgence :

- des travaux de terrassement sont en cours de réalisation, ainsi que l'aménagement d'une aire de stationnement et l'édification de clôtures ;

Sur l'existence d'un doute sérieux :

A titre principal :

- le projet méconnaît les règles d'implantation des constructions imposées par l'article 8 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) applicable à la sone UP2b : la construction destinée à subir un changement de destination comprend en effet de grandes portes vitrées qui ne sauraient être qualifiées d'ouvertures mineures et elle ne constitue pas un local technique ; par ailleurs, sa hauteur totale excède 3,50 mètres ; et la distance entre les construction est inférieure aux 6 mètres requis, de sorte que le projet aura pour effet d'aggraver la non-conformité de la construction existante ;

- le projet méconnaît les règles d'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives prévues à l'article 7 du règlement de la zone UP : la hauteur totale de la construction étant supérieure à 3,50 mètres, la partie de l'abri de jardin dépassant sa maison ne devrait donc pas y être adossée ;

- les règles d'emprise au sol des constructions prévues par le règlement ne sont pas respectées, le ratio entre l'emprise au sol et la surface de terrain excédant 20 % ;

- la surface totale des espaces végétalisés est insuffisante, inférieure à 60 % de la surface du terrain ;

- le projet ne respecte pas les règles en matière d'aires de stationnement prévues par l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Qualité d'aménagement et des formes urbaines " (QAFU), réduisant l'espace végétalisé et ne prévoyant pas la plantation d'un arbre de haute tige tous les quatre véhicules :

- les règles d'accès aux habitations par les engins de secours, qui imposent que la voie d'accès aux habitations ait un rayon minimal intérieur de 11 mètres, ne sont pas respectées ;

A titre subsidiaire :

- les pièces du projet ne font pas apparaître la présence d'un bâtiment qui sera démoli, circonstance de nature à avoir faussé l'appréciation de l'autorité administrative.

Par des mémoires enregistrés les 13 et 14 septembre 2023, la commune de La Ciotat, représentée par Me Germain-Morel, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant, qui ne démontre pas des atteintes réelles et directes à ses conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien : en effet, la construction est existante et le projet est situé dans un tissu urbain dense ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, les pièces produites ne pouvant manifester le commencement de travaux, en l'absence par ailleurs de préjudice grave et immédiat à la situation du requérant ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause.

Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2023, l'EURL Société immobilière du Sud, représentée par Me Hoffmann, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas établie eu égard au simple changement de destination d'un abri de jardin existant, dans une zone fortement urbanisée ;

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir compte tenu du caractère modeste du projet et de l'absence d'expertise contradictoire ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2307727.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 à 10 heures 30, en présence de M. Brémond, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés ;

- les observations de Me Kucharz, représentant le requérant, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de la requête ;

- celles de Me Germain-Morel, représentant la commune de La Ciotat ;

- et celles de Me Hoffmann, représentant l'EURL Société immobilière du Sud.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. Il résulte de l'instruction que par un permis de construire du 20 avril 2023, le maire de la commune de La Ciotat a délivré à l'EURL Société immobilière du Sud un permis de construire l'autorisant à changer l'usage d'un abri de jardin existant en vue de le transformer en un logement de 33,5 m2, sur un terrain situé 226 chemin de Fardeloup. Par la présente requête en référé, M. B, voisin de la parcelle support du projet, demande la suspension de l'exécution des effets de ce permis de construire, ainsi que de la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux formé le 21 août 2023.

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par le requérant, exposés dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire qu'il conteste. Aussi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ni sur la condition d'urgence, les conclusions du requérant tenant à la suspension de l'exécution des effets de cette décision, ainsi que, par suite, de la décision rejetant implicitement son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. M. B étant partie perdante de l'instance, les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge du requérant la somme de 800 euros à verser à la commune de La Ciotat, ainsi que la somme de 800 euros à verser à l'EURL Société immobilière du Sud, en application de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 800 euros à la commune de La Ciotat et la somme de 800 euros à l'EURL Société immobilière du Sud sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à l'EURL Société immobilière du Sud et à la commune de La Ciotat.

Fait à Marseille, le 19 septembre 2023.

La vice-présidente désignée,

juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

P/le greffier en chef,

Le greffier.

5

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