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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307943

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307943

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL CHRISTELLE & ISABELLE GRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 août 2023 et le 30 août 2023, Mme A B, représentée par Me Grenier :

1°) de prononcer son admission provisoire au bénéficie de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le droit à l'information prévu par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013n'a pas été respecté ; les brochures et documents qui lui ont été remis étaient en langue française, langue qu'elle comprend mal.

- elle ne pourra pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé en Espagne ; les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ont été méconnues.

- la décision de transfert est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Giocanti pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Giocanti ;

- les observations de Me Grenier, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 2 décembre 1983, a demandé son admission au séjour le 6 juillet 2023 auprès des services de la Préfecture des Bouches-du-Rhône après son entrée irrégulière sur le territoire le 28 juin 2023. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressée a franchi la frontière de l'Espagne le 9 février 2023 où elle a déposé une demande d'asile avant qu'elle ne dépose sa demande d'asile en France. Les autorités espagnoles ont été saisies le 12 juillet 2023, par la préfecture désormais compétente pour mener la procédure, d'une demande de reprise en charge à laquelle elles ont donné leur accord le 24 juillet suivant. En conséquence, par un premier arrêté du 28 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé le transfert de Mme A aux autorités espagnoles. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné l'intéressée à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône. Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée de ses droits au moyen des brochures A et B en français, langue officiellement parlée en Côte d'Ivoire et qu'elle a indiqué comprendre lors de son entretien du 6 juillet 2023. Ces brochures, que l'intéressée a signées lorsqu'elles lui ont été remises, comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale en vertu de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Le moyen tiré de ce que la requérante aurait été mal informée doit donc être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Mme A produit un certificat médical émanant du service PASS adulte de l'APHM du 1er août 2023 attestant qu'elle doit bénéficier de soins et de traitement dont l'absence mettrait en jeu son pronostic vital ou favoriser la propagation d'une pathologie à l'entourage. Toutefois, ce seul élément peu circonstancié ne permet pas de démontrer que Mme A ne pourrait pas effectivement avoir accès à des soins et poursuivre son traitement en Espagne, ni qu'elle ne pourrait voyager sans risque vers ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. Giocanti

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

Le greffier

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