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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307969

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307969

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKUHN-MASSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Kuhn-Massot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme C épouse B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 octobre 2023.

Par une décision du 4 août 2023, Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Kuhn-Massot, représentant Mme C épouse B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante algérienne née le 8 juin 1971, déclare être entrée en France le 8 juillet 2019 et s'y être maintenue continuellement depuis. Elle a sollicité, le 31 mars 2023, son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement de l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 1er juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le certificat de résidence demandé et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme C épouse B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte, de manière suffisamment précise et circonstanciée, les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Cet arrêté vise notamment les stipulations de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de Mme C épouse B, le moyen tiré d'un défaut d'examen de sa demande doit, par suite, être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme C épouse B soutient qu'elle est entrée en France le 8 juillet 2019 et se prévaut de son mariage conclu le 21 août 2019 avec un compatriote, M. B, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 21 août 2029, ainsi que de leur vie commune depuis le mois de juillet 2019. Toutefois, la résidence de la requérante sur le territoire français et la vie commune du couple présentaient un caractère relativement récent à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, Mme C épouse B ne fait état d'aucune autre attache personnelle ou familiale en France et n'établit pas davantage être dépourvue de telles attaches en Algérie. En outre, si l'intéressée justifie participer à des ateliers d'alphabétisation depuis septembre 2019, cette seule circonstance ne suffit pas à justifier d'une insertion sociale et professionnelle particulière en France. Enfin, la requérante n'établit pas, en se bornant à relever la difficulté temporaire à retourner en Algérie durant la pandémie de covid-19, la réalité de circonstances s'opposant à ce que son époux forme à son profit une demande de regroupement familial dans les conditions prévues par les stipulations de l'accord franco-algérien, alors notamment que celui-ci, employé par contrat à durée indéterminée, perçoit des revenus salariaux ainsi qu'une pension de retraite. Ainsi, au vu de l'ensemble de ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme C épouse B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6-1 5° de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C épouse B doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Olivier Kuhn-Massot et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Balussou, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E.-M. BalussouLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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