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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2308101

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2308101

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2308101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août et 4 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Drissi Bouacida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de son dossier détenu par l'administration ;

3°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé, en exécution d'une interdiction du territoire français prononcée par l'autorité judiciaire, la Tunisie comme pays de renvoi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros au bénéfice de son avocat, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée d'une autorité incompétente, sauf si l'administration justifie d'une délégation consentie au signataire ;

- elle ne répond pas aux exigences de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la Selarl d'avocats Sefaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Busidan pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bachtli, substituant Me Drissi Bouacida et représentant M. C, présent à l'audience ; il déclare s'en remettre aux écritures déposées.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 10 juillet 1993, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 août 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé la Tunisie parmi les pays de renvoi pour l'exécution de la mesure judiciaire d'interdiction du territoire français d'une durée de deux ans prononcée par le tribunal judiciaire de Marseille le 4 février 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la communication du dossier préfectoral :

4. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions en annulation :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté n° 2023-368 du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 115-2023, M. A D, signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, en sa qualité de chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour de la préfecture des Alpes-Maritimes, d'une délégation à l'effet de signer notamment la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier en mentionnant la peine d'interdiction temporaire du territoire français prononcée à l'encontre du requérant par ordonnance en date du 4 février 2022 du tribunal judiciaire de Marseille, et en précisant que l'intéressé n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un formulaire daté du 30 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a informé M. C, qui était placé à vue dans les services du commissariat de police de Cannes pour 24 heures depuis le 29 août 2023 à quinze heures cinquante-cinq minutes, de son intention de procéder à son éloignement à destination du pays dont il a la nationalité, lui a indiqué qu'il ne pouvait être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'a invité à formuler des observations. Il ressort des mentions de ce formulaire, signé par M. C et notifié à 15h16, que l'intéressé y a seulement indiqué " Je ne désire pas rentrer en Tunisie ", et qu'elles ne contiennent aucune réserve, notamment sur le temps qui lui aurait été dévolu pour exprimer ses observations. Par suite, le moyen, tiré de ce que, faute d'un délai suffisant, M. C n'aurait pas été en mesure de présenter des observations dans le cadre de la procédure contradictoire avant que ne soit prise à son encontre la décision attaquée, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.// Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ", lequel stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements

inhumains ou dégradants ".

11. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes a entendu éloigner M. C à destination du pays dont il a la nationalité, la Tunisie, ou à destination de tout autre pays dans lequel il établirait être admissible, après accord des autorités dudit pays. S'il exprime des craintes en cas de retour dans son pays d'origine, où il serait exposé à des menaces provenant d'un policier et sa famille, M. C n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Tunisie. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, en tant qu'elle fixe la Tunisie comme pays de renvoi, aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 août 2023. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré le 5 septembre 2023 et rendu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

H. Busidan

Le greffier,

Signé

R. Machado de Andrade

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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