jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2308547 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BELOTTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023, Mme C A épouse B, représentée par Me Belotti, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire lui permettant de travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, pendant l'instruction de son dossier, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le rejet de sa demande de titre de séjour :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation en droit dès lors que le préfet n'a pas fait mention de l'existence de son enfant et n'a pas visé la convention internationale relative aux droits de l'enfant en méconnaissance de l'article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est également entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation professionnelle et a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors que le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante philippine, a sollicité le 1er mars 2023 son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par un arrêté du 28 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. Mme A en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le rejet de sa demande de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté contesté du 28 août 2023 portant rejet de demande de séjour comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. La décision vise notamment les dispositions applicables à la situation de Mme A issues du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les éléments principaux de sa situation qui ont fondé le rejet de sa demande de titre de séjour, et indique notamment qu'elle ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle suffisante depuis son arrivée en France en 2014 dès lors qu'elle produit des demandes d'autorisation de travail pour des postes d'employé de maison à temps partiel, des bulletins de salaire entre octobre et décembre 2022 et qu'elle ne justifie pas avoir les compétences professionnelles nécessaires pour occuper le poste d'employé familial. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort de la décision attaquée que le préfet a visé la convention internationale relative aux droits de l'enfant et que s'il n'a pas mentionné l'existence de son enfant dans la décision, il n'était pas tenu de mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de l'intéressée alors même qu'elle n'a pas présenté de demande d'admission au séjour sur ce fondement. Dans ces conditions, l'arrêté en litige satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions précitées et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté, de même que le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation.
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié', "travailleur temporaire' ou "vie privée et familiale', sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France le 6 novembre 2014 sous couvert d'un visa de trente jours, réside sur le territoire depuis lors et travaille depuis 2015 à raison de plusieurs heures par semaine comme employée de maison auprès de plusieurs particuliers employeurs dans le cadre de contrats à durée indéterminée. Si elle soutient qu'elle travaille 25 heures par semaine pour plusieurs employeurs depuis le mois d'octobre 2021, employeurs qui présentent par ailleurs des demandes d'autorisation de travail, elle ne peut toutefois être regardée comme justifiant ainsi d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle n'établit pas qu'elle serait qualifiée pour le poste d'employée familiale en se prévalant de son expérience en qualité d'employée de maison et de deux formations suivies du mois d'avril à juillet 2023. Dans ces conditions, Mme A, qui ne peut se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, qui ne contient que de simples orientations générales destinées à éclairer les préfets qui n'ont aucun caractère réglementaire, n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.() ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Mme A, ressortissante philippine âgée de vingt-neuf ans, justifie résider en France depuis 2014 accompagné de son époux avec lequel elle s'est marié le 7 avril 2018 et de leur enfant né sur le territoire le 19 juin 2021. Elle produit également la carte de séjour de sa sœur, titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité de salariée " employée familiale " valable du 2 août 2023 au 1er août 2024 et un certificat d'hébergement entre 2014 et 2017 rédigé par son oncle, titulaire d'une carte de résident. En dépit de ces éléments, et de la durée de présence et de travail de la requérante sur le territoire, cette dernière n'établit pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux dès lors que son époux est également en séjour irrégulier sur le territoire, comme l'évoque le préfet en défense qui fait valoir que ce dernier fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 27 juin 2023, et qu'aucun obstacle ne s'oppose à ce que sa cellule familiale se reconstitue aux Philippines, pays où elle a vécu jusqu'à ses vingt-et-un ans et où résident notamment ses parents. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté en litige, en méconnaissance des dispositions et stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de la requérante doit également être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
8. Aucun des moyens invoqués à l'encontre du rejet de demande de titre de séjour n'étant fondé, le moyen tiré de l'annulation, par voie de conséquence, de la mesure d'éloignement, doit être écarté.
9. Pour les mêmes motifs qu'évoqués aux points 5 et 7, et en tenant compte des effets spécifiques qu'emporte l'obligation de quitter le territoire, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle doivent être écartés.
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Il résulte de ces dispositions, qui dérogent à l'application des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, que, dans le cas où l'autorité administrative impartit à l'étranger le délai normal de trente jours pour exécuter volontairement l'obligation de quitter le territoire qui lui a été faite, sa décision n'a pas à être motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision est inopérant et doit être écarté.
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision de départ volontaire doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 28 août 2023. Ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent par suite qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président-rapporteur,
Mme Devictor, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
É. DevictorLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026