mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2308663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BRIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2023, M. A E, représenté par
Me Brière, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions de douze mois dont neuf avec sursis ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de retirer la sanction de son dossier administratif et de procéder à la reconstitution de sa carrière en conséquence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision par laquelle il a été informé des poursuites disciplinaires à son encontre et le rapport de saisine du conseil de discipline sont entachés d'incompétence ;
- la décision du 13 juillet 2023 est entachée de vices de procédure ;
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie et la sanction est disproportionnée ;
- la décision du 13 juillet 2023 est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 janvier 2025, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guionnet Ruault, rapporteur,
- les conclusions de M. Trébuchet, rapporteur public,
- et les observations de Me Brière, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse, a été affecté depuis 2017 au service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) de Marseille Nord et à l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Michaud, puis à compter du 1er avril 2023 au pôle territorial de formation sud-est de l'école nationale de la protection judiciaire de la jeunesse pour y exercer les fonctions de formateur. Par un avis du 19 juin 2023, le conseil de discipline s'est prononcé en faveur d'une exclusion temporaire de fonctions de douze mois dont neuf avec sursis. Par une décision du 13 juillet 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le garde des sceaux, ministre de la justice, lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions de douze mois dont neuf avec sursis.
2. En premier lieu, aux termes aux termes de l'article L. 532-1 du code de général de la fonction publique : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () ". En outre, aux termes du premier alinéa de l'article L. 532-3 du même code il est prévu que : " Dans la fonction publique de l'Etat, la délégation du pouvoir de nomination emporte celle du pouvoir disciplinaire. " Aux termes de l'article 1 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. () ". Selon l'article 2 du même décret : " L'organisme siégeant en conseil de discipline lorsque sa consultation est nécessaire, en application du second alinéa de l'article 19 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou d'un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet./ Ce rapport doit indiquer clairement les faits reprochés au fonctionnaire et préciser les circonstances dans lesquelles ils se sont produits ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline quinze jours au moins avant la date de réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / Ce conseil peut décider, à la majorité des membres présents, de renvoyer à la demande du fonctionnaire ou de son ou de ses défenseurs l'examen de l'affaire à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois. "
3. D'une part, Mme B F, cheffe de la section coordination statutaire et questions juridiques au bureau des relations sociales et des statuts, qui a signé le courrier du 9 mai 2023 informant M. E des poursuites disciplinaires à son encontre et de sa convocation devant le conseil de discipline, disposait d'une délégation de signature régulière à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice possédant le pouvoir de nomination et disciplinaire, tous actes, arrêtés et décisions, dans les limites de ses attributions en vertu de l'article 42 de la décision du 2 novembre 2022 portant délégation de signature. D'autre part, le rapport de saisine du conseil de discipline a été signé par Mme D C, directrice de la protection judiciaire de la jeunesse pour et par délégation du ministre de la justice. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des autrices de ces actes doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en application des dispositions citées au point 2, ainsi qu'en vertu du principe général des droits de la défense, le fonctionnaire qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire doit être informé des faits qui lui sont reprochés et mis à même de demander la communication de son dossier. Toutefois, aucune disposition ne prévoit que le fonctionnaire poursuivi doive recevoir communication, avant la séance du conseil de discipline, du rapport de l'autorité ayant saisi l'instance disciplinaire. Au surplus, ce rapport a été signé le 13 juin 2023 par la directrice de la protection judiciaire de la jeunesse. Par ailleurs, par un courrier du 9 mai 2023, l'intéressé a notamment été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une sanction disciplinaire et aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'imposaient que la sanction soit plus précisément indiquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans ses deux branches.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Selon les dispositions de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / () Troisième groupe : / () b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. () ". Aux termes de l'article L. 533-3 de ce code : " L'exclusion temporaire de fonctions, privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. Celui-ci ne peut avoir pour effet, dans le cas de l'exclusion temporaire de fonctions du troisième groupe, de ramener la durée de cette exclusion à moins d'un mois. () ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. E a modifié un jugement rendu le 17 juin 2022 par la juge des enfants, renouvelant la garde de deux enfants mineurs à leur grand-mère en qualité de tiers de confiance sans, cependant, lui déléguer la réalisation des actes usuels de l'autorité parentale, en conservant la seule première page du jugement, en occultant des éléments relatifs au motif d'incarcération des parents en lien avec leur radicalisation et le dispositif, et en ajoutant le tampon du service, la Marianne ainsi que sa signature personnelle. L'ensemble de ces modifications caractérise un faux en écriture publique, constitutif d'un crime lorsqu'il est commis par une personne chargée d'une mission de service public agissant dans l'exercice de ses fonctions. M. E, qui ne conteste pas les faits et admet avoir transmis ce jugement à la grand-mère afin qu'elle réalise les démarches relatives à l'édiction de documents d'identité pour les deux enfants mineurs, contrairement au sens du dispositif du jugement et à la décision de la juge des enfants, indique avoir agi conformément aux pratiques habituelles dans le service d'occultation de certaines mentions des jugements. Toutefois, il ressort à la fois du témoignage de sa collègue du 24 mai 2023 et de celui de sa directrice, devant le conseil de discipline le 19 juin 2023, que ces pratiques concernent uniquement des procédures telles que la protection universelle maladie ou la complémentaire santé solidaire et non des procédures relatives à la transmission de jugements.
8. D'autre part, il est également reproché à M. E d'avoir utilisé un véhicule administratif le 30 septembre 2022 à des fins personnelles. Néanmoins, il ressort des captures d'écran de courriels avec le service des parloirs du centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguenole et du témoignage d'une éducatrice affectée à l'UEMO Montpellier Garrigues, que l'intéressé avait rendez-vous au centre pénitentiaire ce jour-là afin de visiter un mineur détenu mais que ce dernier ayant été libéré, le rendez-vous a été annulé alors que M. E se trouvait sur la route. La circonstance que l'intéressé aurait indiqué à sa directrice de service avoir vu le mineur, selon ses uniques allégations alors que son témoignage devant le conseil de discipline a révélé des incohérences, ne permet pas d'établir la matérialité des faits et la finalité personnelle de l'utilisation du véhicule administratif.
9. Il s'ensuit qu'il n'y a lieu de retenir comme établie que la seule matérialité des faits de faux en écriture publique.
10. Ces faits constituent des manquements graves aux obligations professionnelles attendues d'un éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse ayant des fonctions de formateur, en charge de mineurs, notamment à son obligation de dignité et de probité. Par suite, ils sont de nature à justifier une sanction. Eu égard à la nature et à la gravité de la faute commise, nonobstant le contexte professionnel particulièrement difficile du service dont se prévaut le requérant, et alors même qu'il a d'excellents états de service et ne présente pas d'antécédents judiciaires et disciplinaires, la sanction qui lui a été infligée ne présente pas un caractère disproportionné.
11. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le ministre de la justice se serait cru en situation de compétence liée et le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, si M. E soutient que la sanction infligée manifeste une volonté cachée de l'administration et particulièrement de sa directrice de service de faire obstacle à sa mutation, il ressort des pièces du dossier que celle-ci a été prise en considération des faits commis par l'intéressé. Dans ces conditions, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut être accueilli.
13. Il résulte de tout ce qui précède, que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Fayard, conseillère,
M. Guionnet Ruault, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
Le rapporteur,
signé
A. GUIONNET RUAULT
Le président,
signé
F. SALVAGELa greffière,
signé
F. FOURRIER
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026