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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2308664

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2308664

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2308664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBREGI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoire, enregistrés les 14 septembre, 28 septembre et 18 octobre 2023, M. B C A, représenté par Me Brégi, demande au tribunal :

1°) d'annuler en toutes ses dispositions l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour sous un mois au plus tard ;

3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

Il soutient que :

- sauf si l'administration justifie d'une délégation, l'arrêté est signé d'une personne incompétente ;

- les affirmations du préfet sur son comportement, sur ses liens avec la France et sur l'absence de considération humanitaire justifiant son maintien sur le territoire français sont erronées ;

- sa vie serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine, le Niger, compte tenu de la situation actuelle dans ce pays.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Busidan pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;

- les observations de Me Brégi représentant M. C A, présent à l'audience ; Me Brégi indique retirer le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté et par ailleurs, développe les autres moyens et arguments articulés dans les écritures.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant nigérien né le 19 septembre 1994, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/()/ 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;/() ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du jugement rendu le 4 avril 2023 par le tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence sur une demande d'aménagement de peine, que M. C A a été condamné le 13 février 2018 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de deux ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis probatoire, pour escroquerie, tentative d'escroquerie et vol, et le 2 août 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille à une peine de six mois d'emprisonnement pour menace de mort réitérée commise par conjoint lié à la victime et violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et à une peine autonome de trois mois d'emprisonnement pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui. Il ressort de ce même jugement que l'intéressé " a investi sa détention ", participant notamment à des ateliers de travail et de création, suivant des études dans le cadre du diplôme d'accès aux études universitaires, qu'il n'a fait l'objet d'aucun compte-rendu d'incident et effectue des versements volontaires mensuels, et qu'au regard de ces éléments le juge de l'application des peines a ordonné une mesure de placement en extérieur à compter du 11 avril 2023 et jusqu'à la fin de sa peine fixée au 29 novembre 2023 à la date du jugement, en indiquant notamment parmi les obligations particulières devant être respectées par l'intéressé celle d'obtenir l'autorisation préalable du juge de l'application des peines pour tout déplacement à l'étranger.

4. En premier lieu, à supposer que l'intéressé ait entendu contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et celle de l'interdiction de retour sur le territoire français en prétendant que le jugement rendu par le juge de l'application des peines lui interdirait de quitter le territoire français, une telle interdiction ne ressort pas des termes du dit jugement. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il est constant, et n'est d'ailleurs pas contesté par l'intéressé, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et est dépourvu de titre de séjour en cours de validité. Dans ces conditions, à supposer même qu'en raison de son bon comportement en prison, les circonstances et motifs pour lesquels le requérant a fait l'objet de plusieurs condamnations à de l'emprisonnement ne caractériseraient pas un comportement constituant une menace à l'ordre public, le préfet était fondé à prendre à l'encontre de M. C A une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, M. C A fait valoir qu'il a été scolarisé en France entre 2009 et 2013, qu'il suivrait actuellement une formation universitaire, que sa mère, titulaire d'une carte de résidente en France, a eu le 24 janvier 2021 une fille de nationalité française, qui est par suite sa demi-sœur, et que lui-même a une fille de nationalité française, née le 22 mai 2022, qu'il n'aurait pu reconnaître pour des raisons administratives. Cependant, alors que le juge de l'application des peines a interdit à l'intéressé de se rendre en Guadeloupe où réside la mère de son enfant, les éléments invoqués ne suffisent pas à justifier de la réalité et la stabilité de liens personnels et familiaux de l'intéressé en France. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen tiré de ce qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

7. En dernier lieu, en se bornant à relever que " la situation du Niger est actuellement ce qu'elle est " et qu'il est un francophone convaincu, M. C A, qui n'assortit ces affirmations d'aucune explication détaillée sur les craintes qu'il nourrit, ne fait pas état de motifs sérieux et avérés de croire qu'il se trouverait exposé à un risque réel pour sa personne en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales contre l'arrêté en litige en tant qu'il fixe le Niger comme pays de destination, doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles relatives aux dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

H. Busidan

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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