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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2308683

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2308683

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2308683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 septembre et 4 octobre 2023, la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes Provence, représentée par Me Mathieu, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au maire de Marseille et au préfet de police des Bouches-du-Rhône de prendre toutes mesures adéquates afin de faire respecter l'ordre public à proximité de l'agence bancaire " Vieux Port " située 27/29 rue de la Canebière à Marseille (13001), dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

2°) d'enjoindre au maire de Marseille et au préfet de police des Bouches-du-Rhône d'expulser les occupants sans droit ni titre situés sur le domaine public à proximité de l'agence bancaire du Vieux Port sous les mêmes délais et astreinte ;

3°) d'enjoindre à la présidente de la Métropole de prendre les mesures adéquates afin de procéder au nettoiement et à l'entretien de la voie publique à proximité de l'agence bancaire " Vieux Port " du Crédit Agricole dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les occupants sans titre du domaine public portent atteinte à la sécurité et à la salubrité publiques ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse et est utile pour faire rétablir l'ordre public à proximité de l'agence bancaire et sécurisée les sorties de secours de l'agence bancaire

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, la préfète de police des Bouches-du-Rhône conclut à titre principal, à ce qu'il n'y ait plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les troubles à l'ordre public ont cessé ;

- les services de la police municipale, prioritairement compétents, et les forces de sécurité de l'Etat ont rempli leur rôle dans des délais rapides.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 septembre 2023 et 4 octobre 2023, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes Provence une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société requérante ne peut raisonnablement soutenir que la commune resterait inactive face aux problèmes liés à l'occupation illégale du domaine public aux abords de l'agence en cause, en particulier une équipe est intervenue dès le 20 septembre 2023 à 12h50mn ;

- la société requérante ne démontre pas la situation d'urgence dont elle se prévaut ;

- la mesure sollicitée par la société requérante ne présente pas d'utilité et se heurte à une contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Josset pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de non-lieu :

1. Il résulte de l'instruction et notamment des constats d'huissiers joints à la demande de la société requérante, et notamment d'un procès-verbal de constat d'huissier du 18 septembre 2023, que des personnes sans domicile fixe se sont installées avec divers mobiliers et objets sur la voie publique située devant la vitrine de l'agence de la Caisse régionale de crédit agricole mutuel Alpes-Provence du Vieux Port à Marseille. Par suite, les conclusions afin de non-lieu opposées par la préfète des Bouches-du-Rhône, motif pris que les troubles dénoncés par la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes-Provence auraient cessé, ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des ordres de mission adressés à la police municipale, que la commune de Marseille affecte trois agents de jour et trois agents de nuit à la sécurisation des abords de l'agence de la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes Provence, située 27/29 rue de la Canebière à Marseille (13001), de 8h à 3 h du matin, pour la période, en dernier lieu, du 1er janvier au 31 décembre 2023, en lien avec le SAMU social et les services de nettoiement. Il résulte également de cette même instruction que l'intervention des services de nettoiement compétents est sollicitée pour l'enlèvement des matelas et pour le nettoiement des lieux et que, selon les registres d'intervention de la police municipale celle-ci est régulièrement intervenue pour faire cesser l'occupation illicite du domaine public. Si comme le fait valoir la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes-Provence ces mesures sont insuffisantes pour assurer de manière pérenne la sécurité publique et la salubrité des lieux en cause, l'existence d'une carence de la commune de Marseille dans l'exercice de ses pouvoirs de police au regard des mesures prises, des moyens dont elle dispose et des difficultés dont fait état la commune, sans être contestée, que celle-ci rencontre notamment en matière d'occupation, sans droit ni titre, du domaine public communal, en particulier en centre-ville, est sérieusement contestable et par voie de conséquence, également celle du préfet des Bouches-du-Rhône à se substituer au maire de la commune de Marseille, en cas de carence de celui-ci, dans l'exercice de ses pouvoirs de police. Par ailleurs, la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes Provence ne produit aucun élément pour établir qu'elle aurait sollicité en vain, à plusieurs reprises, les services de la métropole Aix-Marseille-Provence pour qu'ils procèdent au nettoiement et à l'entretien de la voie publique à proximité immédiate de son agence bancaire du "Vieux-Port". Par suite, l'existence d'une carence de la métropole d'Aix-Marseille-Provence dans l'exercice du service de nettoiement et d'entretien de la voirie dont elle a la charge est également sérieusement contestable. Dès lors, une des conditions posées par l'article L. 521-3 précité du code de justice administrative, relative à l'absence d'une contestation séreuse de la mesure sollicitée, n'est pas remplie et la demande de la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes-Provence doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de mettre à la charge de la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes-Provence, une somme quelconque au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes-Provence est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Marseille tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Alpes-Provence, au préfet des Bouches-du-Rhône et à la commune de Marseille.

Fait à Marseille, le 9 octobre 2023

La juge des référés,

Muriel JOSSET

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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