jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2308724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2308724, par une requête et deux mémoires enregistrés les 18 septembre 2023, 28 février 2024 et 10 avril 2024, l'association One Voice, représentée par Me Gossement, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes de Haute-Provence a fixé les attributions potentielles minimales et maximales pour les autorisations de prélèvement de galliformes de montagne au sein du département pour la saison de chasse 2023/2024 relatifs aux espèces perdrix bartavelle, perdrix rochassière et tétras-lyre ;
2°) d'annuler les 22 décisions du 14 septembre 2023 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence a fixé l'attribution de plans de chasse individuels pour les perdrix bartavelles et les perdrix rochassières ;
3°) d'annuler les 30 décisions du 14 septembre 2023 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence a fixé l'attribution de plans de chasse individuels pour les tétras-lyres ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- les décisions entreprises sont illégales dès lors que la procédure de participation du public menée, en application de l'article 7 de la Charte de l'environnement et des articles L. 123-19-1 et suivants du code de l'environnement, est irrégulière, ce qui a privé le public d'une garantie ;
- les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse individuels sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 14 septembre 2023 ;
- les décisions contestées sont contraires aux dispositions de la directive " oiseaux " n°2009/147/CE du 30 novembre 2009 et à celles de l'article L. 420-1 du code de l'environnement ;
- les dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'environnement sont également méconnues.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, le préfet des Alpes de Haute-Provence conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir à titre principal que les conclusions dirigées contre les plans de chasse individuels sont irrecevables, en l'absence de l'exercice de recours administratifs préalables obligatoires prévus par l'article R. 425-9 du code de l'environnement, et à titre subsidiaire que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association One Voice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, d'une part, faute d'avoir préalablement exercé des recours contre les actes autorisant le principe de la chasse des espèces en litige, antérieurs à l'arrêté et aux décisions contestées ;
- d'autre part, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont irrecevables en ce qu'ils n'ont pas été précédés de recours administratifs préalables obligatoires en application de l'article R. 425-9 du code de l'environnement ;
- enfin, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont également irrecevables en ce que l'association requérante ne démontre pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation dans les modalités de cette attribution ;
- à titre subsidiaire, elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
L'instruction a été close le 5 avril 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
II. Sous le n° 2308854, par une requête enregistrée le 22 septembre 2023, l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, représentée par Me Victoria, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 en tant que la préfète des Alpes de Haute-Provence a approuvé le plan de gestion cynégétique " galliformes de montagne " de l'espèce tétras-lyre (lyrurus tetrix) pour la saison de chasse 2023/2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 du préfet des Alpes de Haute-Provence relatif à l'ouverture et la clôture de la chasse pour la campagne 2023/2024 ;
3°) d'annuler les trente décisions du 14 septembre 2023 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence a fixé l'attribution de plans de chasse individuels de l'espèce tétras-lyre pour la saison cynégétique 2023-2024 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat et de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions d'attribution des plans de chasse individuels sont irrégulières en ce qu'elles méconnaissent l'article R. 425-4 IV du code de l'environnement et les articles L. 425-8 et R. 425-6 du code de l'environnement ;
- les décisions contestées méconnaissent les dispositions combinées de la directive " oiseaux " du 30 novembre 2009 et les articles L. 420-1, L. 425-6, L. 425-14, L. 425-15 du code de l'environnement pris pour leur transposition en autorisant la chasse du tétras-lyre.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, le préfet des Alpes de Haute-Provence conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir à titre principal que les conclusions dirigées contre les plans de chasse individuels sont irrecevables, en l'absence de l'exercice de recours administratifs préalables obligatoires prévus par l'article R. 425-9 du code de l'environnement, et à titre subsidiaire que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association One Voice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, d'une part, faute d'avoir préalablement exercé des recours contre les actes autorisant le principe de la chasse des espèces en litige, antérieurs à l'arrêté et aux décisions contestées, d'autre part, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont irrecevables en ce qu'ils n'ont pas été précédés de recours administratifs préalables obligatoires en application de l'article R. 425-9 du code de l'environnement ;
- enfin, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont également irrecevables en ce que l'association requérante ne démontre pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation dans les modalités de cette attribution ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
L'instruction a été close le 5 avril 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ollivaux,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Victoria pour l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Une note en délibéré a été enregistrée le 13 septembre 2024 pour l'association Ligue de protection des oiseaux, qui n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 septembre 2023, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a fixé à 45 le nombre maximum d'individus de l'espèce " tétras-lyre " et à 35 le nombre maximum d'individus des espèces " perdrix bartavelle et rochassière " susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2023/2024, répartis sur trois régions bioclimatiques des Alpes internes du sud, Alpes maritimes et méridionales et Préalpes du Sud Orientales. Sur la base de cet arrêté préfectoral, le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence a, par cinquante-deux décisions du 14 septembre 2023, fixé l'attribution des plans de chasse individuels annuels pour ces deux espèces. L'association One Voice demande d'une part au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 14 septembre 2023 précité en ses dispositions relatives aux espèces tétras-lyre et perdrix bartavelle et rochassière, ainsi que les décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence. L'association Ligue de protection des oiseaux - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur (LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur) demande d'autre part d'annuler le même arrêté préfectoral, en ses dispositions relatives à l'espèce tétras-lyre, l'arrêté du 4 août 2023 déterminant les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, et enfin les trente décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence relatives aux autorisations de prélèvement individuelles de cette espèce.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2308724 et n° 2308854, formées pour les associations One Voice et LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur, présentent à juger des questions semblables et contestent le même arrêté préfectoral du 14 septembre 2023. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la recevabilité :
3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence, la circonstance que l'association One Voice n'aurait pas contesté l'arrêté du 4 août 2023 relatif à la campagne d'ouverture de la chasse dans le département pour la saison 2023/2024 et que les associations One Voice et LPO - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur n'aient pas contesté l'arrêté préfectoral du 24 mai 2023 fixant le schéma départemental de gestion cynégétique 2023/2024 ne fait pas obstacle à ce qu'elles contestent les décisions en litige fixant le quota départemental de tétras-lyre et de perdrix bartavelle et rochassière à prélever au cours de cette campagne. En tout état de cause, l'association demande l'annulation de l'arrêté du 4 août 2023, dans l'instance n° 2308854. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit donc être écartée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-9 du code de l'environnement : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet ".
5. La fédération départementale des chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence et le préfet des Alpes de Hautes-Provence opposent les dispositions de l'article R. 425-9 du code de l'environnement, qui instituent un recours préalable obligatoire à exercer auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Toutefois, ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à toute contestation des décisions individuelles d'attribution de plans de chasse qu'il a accordées, ne sauraient avoir pour effet d'obliger les tiers aux décisions individuelles d'attribution de plans de chasse, notifiées aux pétitionnaires, tels qu'une association de défense de l'environnement, à saisir le président de la fédération de chasse d'un recours contre de telles décisions. Par suite, la fin de non-recevoir ainsi soulevée doit être écartée.
6. En troisième lieu, la fédération de chasse fait valoir que les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont également irrecevables en ce que les associations requérantes ne démontrent pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation dans les modalités de cette attribution. Ce faisant, la fédération invoque un moyen de fond qui n'entache pas d'irrecevabilité les recours. Une telle fin de non-recevoir ne peut être accueillie.
7. En dernier lieu, en revanche, ainsi qu'il a été indiqué, l'association LPO - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur présente des conclusions contre l'arrêté du 4 août 2023 relatif à la campagne d'ouverture de la chasse dans le département pour la saison 2023/2024, contrairement à ce que fait valoir le préfet, dans le délai de deux mois à compter de la publication de la décision prévue par l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Toutefois, l'association n'invoque aucun moyen à l'encontre de cet arrêté, ainsi que le fait valoir la fédération départementale de chasse. Dans ces conditions, les conclusions de la requête n° 2308854, en tant qu'elles sont dirigées contre l'arrêté du 4 août 2023, sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté préfectoral du 14 septembre 2023 :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement, " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent au maintien, à la restauration et à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la biodiversité. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural ". Aux termes de l'article L. 425-14 du code de l'environnement, dans sa version alors applicable, " Dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, le ministre peut, sur proposition de la Fédération nationale des chasseurs et après avis de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, fixer le nombre maximal d'animaux qu'un chasseur est autorisé à prélever dans une période déterminée sur un territoire donné. Dans les mêmes conditions, le préfet peut, sur proposition de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, fixer le nombre maximal d'animaux qu'un chasseur ou un groupe de chasseurs est autorisé à prélever dans une période déterminée sur un territoire donné. Ces dispositions prennent en compte les orientations du schéma départemental de gestion cynégétique ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code, " Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en prenant en compte les documents de gestion des forêts mentionnés à l'article L. 122-3 du code forestier et en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques ". Et aux termes de l'article L. 425-15 du même code, " Sur proposition de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, le préfet inscrit, dans l'arrêté annuel d'ouverture ou de fermeture de la chasse, les modalités de gestion d'une ou plusieurs espèces de gibier lorsque celles-ci ne relèvent pas de la mise en œuvre du plan de chasse ".
9. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la chasse du tétras-lyre d'une part, qui est au nombre des espèces énumérées aux annexes I B et II B de la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages, et de la perdrix bartavelle et rochassière d'autre part, qui est au nombre des espèces énumérées à l'annexe II A du même texte, font partie des espèces qui, pour la première, " peuvent être chassées seulement dans les États membres pour lesquels elles sont mentionnées " et, pour les secondes, " peuvent être chassées dans la zone géographique maritime et terrestre d'application de la présente directive ". Cependant, la chasse de ces espèces doit être réglementée de manière à ce que le nombre maximal d'oiseaux prélevés ne compromette pas les efforts de conservation de cette espèce dans son aire de distribution, en tenant compte de son niveau de population, de sa distribution géographique et de son taux de reproductivité.
S'agissant du tétras-lyre :
10. En premier lieu, il ressort des pièces des dossiers que cette espèce, bien que non menacée au niveau mondial, est néanmoins considérée comme vulnérable en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, présentant dès lors un risque relativement élevé de disparition, par le classement réalisé par l'union internationale pour la conservation de la nature (UICN) Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2020, après avoir figuré dans la catégorie des espèces quasi menacées dans le précédent classement 2016. Une étude sur l'espèce de 2018 de l'Observatoire des galliformes de montagne (OGM) fait par ailleurs état d'une tendance au déclin de l'espèce pour la période 2000-2018 dans le massif alpin, de -17% à 0%. Selon une note technique de l'office national de la chasse et de la faune sauvage de juillet 2019, le déclin de l'espèce est estimé de - 6 à - 25 % sur dix ans. Il ressort en outre notamment d'une compilation d'études scientifiques sur l'espèce que le déclin du tétras-lyre est très marqué dans les Préalpes du sud, qui ne subsiste que dans les Alpes, où sa population est globalement en déclin, les prélèvements cynégétiques venant affecter la structure d'une population déjà fragilisée par des facteurs externes tels que les collisions sur des câbles de remontées mécaniques. De plus, le bilan démographique de l'OGM 2019 de l'espèce relève " une grande incertitude sur l'estimation du taux d'accroissement de l'espèce ", liée d'une part aux variations de l'abondance de l'espèce au cours du temps, et d'autre part aux aléas des résultats des comptages, le risque de double comptage et donc de surestimation de la population réelle étant également pointé. Les auteurs de ce bilan 2019 estiment ainsi le déclin de l'espèce de -18% à + 0% pour l'ensemble des Alpes, avec -90 à -50% dans les Préalpes du sud. La fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence fait valoir que le plan de gestion cynégétique fixe un plafond de 45 oiseaux, soit 3,43% du nombre de coqs estimés dans le département, alors que les résultats du comptage et de la reproduction issus du bilan OGM du 28 août 2023 dénombrent 344 spécimens, et le préfet des Alpes de Haute-Provence, que les prescriptions les plus restrictives ont été retenues pour déterminer le nombre de prélèvements maximaux autorisés, avec un taux de prélèvement habituellement inférieur à celui qui a été autorisé par l'arrêté, en avançant que la réalisation complète du plan de chasse ne représenterait qu'1,69 % de la population totale de tétras-lyre, et que l'espèce connaît un déclin plus modéré qu'en 2015. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour remettre en cause l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce. Dans ces conditions, les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les objectifs de préservation.
11. En second lieu, s'agissant de l'indice de reproduction de l'espèce, le rapport 2023 de l'OGM sur le succès reproducteur des galliformes fait apparaître un taux moyen de reproduction dans les Alpes en diminution entre 2022 et 2023, après une légère inflexion en 2022 (1,20 en 2021, 1,87 en 2022 et 1,67 en 2023). En outre, il ressort des pièces des dossiers, et notamment des bilans successifs de l'OGM versés, que l'indice de reproduction dans le département des Alpes de Haute-Provence était de 2,38 jeunes par poule en 2021, de 1,84 jeunes par poule en 2022 et de 1,65 jeunes par poule en 2023. S'il n'est pas contesté que l'indice de reproduction dans la région bioclimatique Préalpes du sud orientales a augmenté comparativement à 2022, il ressort des pièces des dossiers que c'est par ailleurs une région bioclimatique où le déclin de l'espèce est significatif, avec une estimation entre -90 et -50% sur les vingt dernières années. Pourtant, l'arrêté en litige autorise un prélèvement de tétras-lyre dans cette région bioclimatique. De plus, dans les Alpes internes du sud, le taux de reproduction des tétras-lyres est de 1,4 contre 2,0 en 2022, en diminution également, alors que l'arrêté préfectoral du 14 septembre 2023 fixe à dix-huit le nombre de coqs susceptibles d'être prélevés dans cette région bioclimatique. En outre, dans les Préalpes du sud, région bioclimatique comprenant le Moyen-Verdon et le Massif des Monges, neuf prélèvements ont été autorisés alors que l'indice de reproduction n'était pas déterminable en 2022. Dès lors, en s'appuyant ainsi sur les taux de reproduction pourtant faibles d'une espèce dont il n'est pas sérieusement contesté qu'elle est en déclin, l'autorisation donnée par le préfet des Alpes de Haute-Provence de prélèvement d'un nombre de 45 tétras-lyre au titre de la campagne de chasse 2023/2024 est de nature à compromettre la conservation de cette espèce dans son aire de distribution.
12. Il résulte de ce qui précède que les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté attaqué est incompatible avec les objectifs de la directive déclinés par les dispositions législatives et réglementaires précitées.
S'agissant de la perdrix bartavelle et de la perdrix rochassière :
13. En premier lieu, il est constant que cette espèce est classée par l'UICN, tant dans le classement mondial que dans le classement régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2020, dans la catégorie des espèces quasi-menacées. Il ressort par ailleurs d'une compilation d'études scientifiques sur cette espèce que les données démographiques sont incertaines, faute de données récentes, qui rendent impossible toute estimation de l'abondance de l'espèce. De plus, l'espèce, vulnérable aux changements écologiques et climatiques, présente une régression particulièrement marquée dans les zones pré-alpines ainsi que dans les Alpes du sud. En outre, il ressort des dernières données disponibles 2018 de l'OGM que les estimations de la population pour l'espèce " perdrix bartavelle " " doivent () être considérées avec beaucoup de prudence ", ce rapport estimant la tendance des effectifs de perdrix bartavelle dans une fourchette de -83% à - 11%, et de -54% à 0% pour la perdrix rochassière. La fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence fait valoir que le plan de gestion cynégétique fixe un plafond de 35 oiseaux, soit un bilan inférieur à ce qui aurait pu être autorisé, et qu'un faible nombre de bracelets sont autorisés par le plan de chasse, le préfet des Alpes de Haute-Provence faisant également valoir que le plan de chasse dans le département demeure sous-réalisé et très en-deçà des préconisations de l'OGM. Toutefois, de tels éléments sont insuffisants pour remettre en cause l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce. Dans ces conditions, l'association requérante est fondée à soutenir au regard de l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce que l'arrêté attaqué méconnaît les objectifs de préservation.
14. En second lieu, il ressort du bilan OGM 2023 sur le succès reproducteur des galliformes de montagne que l'indice de reproduction de l'espèce perdrix bartavelle n'est pas déterminable avec précision. Il ressort d'une part de ce bilan le plus récent de l'OGM que dans les " Alpes internes du sud ", 4 adultes des espèces perdrix bartavelle et perdrix rochassière seulement ont été échantillonnés, pour un indice de reproduction pourtant estimé à 3,75 jeunes par poule, alors que 17 prélèvements y ont été autorisés par l'arrêté en litige. En outre, dans les régions bioclimatiques des Alpes méridionales et Préalpes du sud orientales, alors qu'aucun adulte n'a été échantillonné, et que ni les indices de reproduction 2022 et 2023 ne sont connus, 10 prélèvements ont été autorisés dans les Alpes méridionales et 1 dans les Préalpes du sud orientales. Dès lors, en s'appuyant ainsi sur les taux de reproduction très incertains d'espèces pour lesquelles les données ne permettent pas d'établir un taux de reproduction quantifiable, l'autorisation donnée par le préfet des Alpes de Haute-Provence de prélèvement d'un nombre de 35 perdrix bartavelle et rochassière au titre de la campagne de chasse 2023/2024 est de nature à compromettre la conservation de ces espèces dans leur aire de distribution.
15. Il résulte de ce qui précède que l'association One Voice est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est incompatible avec les objectifs de la directive mis en œuvre par les dispositions législatives et réglementaires précitées.
16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les associations requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes de Haute-Provence a fixé à 45 le nombre maximum d'individus de l'espèce " tétras-lyre " et à 35 le nombre maximum d'individus des espèces " perdrix bartavelle et rochassière " susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2023/2024, répartis selon trois régions bioclimatiques des Alpes internes du sud, Alpes maritimes et méridionales, Préalpes du Sud Orientales.
En ce qui concerne les autres décisions attaquées :
17. L'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes de Haute-Provence du 14 septembre 2023 entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des cinquante-deux décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence, prises sur son fondement, approuvant les plans de chasse individuels des espèces citées au point précédent pour la saison cynégétique 2023-2024, qui se trouvent privées de base légale.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association One Voice et de l'association LPO- délégation Provence Alpes-Côte d'Azur, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que la fédération départementale des chasseurs demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'association One Voice et de l'association LPO- délégation Provence Alpes-Côte d'Azur présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes de Haute-Provence du 14 septembre 2023 fixant à 45 le nombre maximum d'individus de l'espèce " tétras-lyre " et à 35 le nombre maximum d'individus des espèces " perdrix bartavelle et rochassière " susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2023/2024, ainsi que les cinquante-deux décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence du 14 septembre 2023 approuvant les plans de chasse individuels de ces espèces, sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice, à l'association Ligue de protection des oiseaux - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à la fédération départementale des chasseurs des Alpes de Haute-Provence.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes de Haute-Provence.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. Ollivaux
La présidente,
Signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Alpes de Haute-Provence en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,, 2308854
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026