jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2308903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2308903, par une requête enregistrée le 22 septembre 2023 et un mémoire enregistré le 29 août 2024, l'association One Voice, représentée par Me Gossement, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a fixé les attributions potentielles minimales et maximales pour les autorisations de prélèvement de galliformes de montagne au sein du département pour la saison de chasse 2023/2024 relatifs aux espèces tétras-lyre et perdrix bartavelle ;
2°) d'annuler les décisions du 22 septembre 2023 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes a fixé l'attribution de plans de chasse individuels pour les perdrix bartavelles ;
3°) d'annuler les décisions du 22 septembre 2023 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes a fixé l'attribution de plans de chasse individuels pour les tétras-lyres ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- les décisions entreprises sont illégales en l'absence de procédure de participation du public menée, en application de l'article 7 de la Charte de l'environnement et des articles L. 123-19-1 et suivants du code de l'environnement, qui a privé le public d'une garantie ;
- les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse individuels sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 14 septembre 2023 ;
- les décisions contestées sont contraires aux dispositions de la directive " oiseaux " n°2009/147/CE du 30 novembre 2009 et à celles de l'article L. 420-1 du code de l'environnement ; les dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'environnement sont également méconnues.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association One Voice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, d'une part, faute d'avoir préalablement exercé des recours contre les actes autorisant le principe de la chasse des espèces en litige, antérieurs à l'arrêté et aux décisions contestées, d'autre part, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont irrecevables en ce qu'ils n'ont pas été précédés de recours administratifs préalables obligatoires en application de l'article R. 425-9 du code de l'environnement ;
- enfin, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont également irrecevables en ce que l'association requérante ne démontre pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation dans les modalités de cette attribution ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2308961, par une requête enregistrée le 22 septembre 2023, l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et la société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 en tant que le préfet des Hautes-Alpes a approuvé le plan de gestion cynégétique " galliformes de montagne " de l'espèce tétras-lyre (lyrurus tetrix) pour la saison de chasse 2023/2024 ;
2°) d'annuler les décisions du 22 septembre 2023 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes a fixé l'attribution de plans de chasse individuels de l'espèce tétras-lyre pour la saison cynégétique 2023/2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- il ne ressort pas des visas de l'arrêté en litige qu'une procédure de participation du public ait été organisée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;
- le plan de chasse approuvé par arrêté du 20 avril 2023 et modifié le 1er août 2023 est illégal ;
- les décisions d'attribution des plans de chasse individuels sont irrégulières en ce qu'elles méconnaissent l'article R. 425-4 IV du code de l'environnement et les articles L. 425-8 et R. 425-6 du code de l'environnement ;
- les décisions contestées méconnaissent les dispositions combinées de la directive " oiseaux " du 30 novembre 2009 et les articles L. 420-1, L. 425-6, L. 425-14, L. 425-15 du code de l'environnement pris pour leur transposition en autorisant la chasse du tétras-lyre.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association One Voice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, d'une part, faute d'avoir préalablement exercé des recours contre les actes autorisant le principe de la chasse des espèces en litige, antérieurs à l'arrêté et aux décisions contestées, d'autre part, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont irrecevables en ce qu'ils n'ont pas été précédés de recours administratifs préalables obligatoires en application de l'article R. 425-9 du code de l'environnement ;
- enfin, les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont également irrecevables en ce que l'association requérante ne démontre pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation dans les modalités de cette attribution ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet des Hautes-Alpes, qui n'a pas produit d'observations.
L'instruction a été close le 5 avril 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Une note en délibéré présentée pour l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et la société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, enregistrée le 13 septembre 2024, n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ollivaux,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Victoria pour l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et la société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, ainsi que celles de M. A pour la préfecture des Hautes-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet des Hautes-Alpes a fixé à 73 le nombre maximum d'individus de l'espèce " tétras-lyre " et à 162 le nombre maximum d'individus de l'espèce " perdrix bartavelle " susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2023/2024, répartis sur trois régions bioclimatiques des Alpes internes du nord, Alpes internes du sud et Préalpes du nord. Sur la base de cet arrêté préfectoral, le président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes a, par plusieurs décisions du 22 septembre 2023, fixé l'attribution des plans de chasse individuels annuels pour ces deux espèces. L'association One Voice demande d'une part au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 15 septembre 2023 précité en ses dispositions relatives aux espèces tétras-lyre et perdrix bartavelle, ainsi que les décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes. Lesassociations Ligue de protection des oiseaux - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur (LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur) et société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes (SAPN -FNE 05) demandent d'autre part d'annuler le même arrêté préfectoral, en ses dispositions relatives à l'espèce tétras-lyre, ainsi que les décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes relatives aux autorisations de prélèvement individuelles de cette espèce.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2308903 et n° 2308961, formées pour les associations One Voice d'une part, et LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur et SAPN FNE 05 d'autre part, présentent à juger des questions semblables et contestent le même arrêté préfectoral du 15 septembre 2023. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la recevabilité :
3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes, la circonstance que les associations requérantes n'auraient pas toutes contesté l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 8 novembre 2022 fixant le schéma départemental de gestion cynégétique 2022/2028, l'arrêté-cadre du 20 avril 2023 fixant le schéma départemental de gestion cynégétique 2023/2024 et l'arrêté du 9 juin 2023 relatif à la campagne d'ouverture de la chasse dans le département pour la saison 2023/2024, ne fait pas obstacle à ce qu'elles contestent les décisions en litige fixant le quota départemental de tétras-lyre et de perdrix bartavelle à prélever au cours de cette campagne. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit donc être écartée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-9 du code de l'environnement : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet ".
5. La fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes oppose les dispositions de l'article R. 425-9 du code de l'environnement, qui instituent un recours préalable obligatoire à exercer auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Toutefois, ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à toute contestation des décisions individuelles d'attribution de plans de chasse qu'il a accordées, ne sauraient avoir pour effet d'obliger les tiers aux décisions individuelles d'attribution de plans de chasse, notifiées aux pétitionnaires, tels qu'une association de défense de l'environnement, à saisir le président de la fédération de chasse d'un recours contre de telles décisions. Une telle fin de non-recevoir ne peut donc être accueillie.
6. En dernier lieu, la fédération de chasse fait valoir que les recours dirigés contre les décisions individuelles d'attribution de plans de chasse sont également irrecevables en ce que les associations requérantes ne démontrent pas que le président de la fédération départementale des chasseurs a commis une erreur manifeste d'appréciation dans les modalités de cette attribution. Ce faisant, la fédération invoque un moyen de fond qui n'entache pas d'irrecevabilité les recours. Une telle fin de non-recevoir ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté préfectoral du 15 septembre 2023 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement, " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent au maintien, à la restauration et à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la biodiversité. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural ". Aux termes de l'article L. 425-14 du code de l'environnement, dans sa version alors applicable, " Dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, le ministre peut, sur proposition de la Fédération nationale des chasseurs et après avis de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, fixer le nombre maximal d'animaux qu'un chasseur est autorisé à prélever dans une période déterminée sur un territoire donné. Dans les mêmes conditions, le préfet peut, sur proposition de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, fixer le nombre maximal d'animaux qu'un chasseur ou un groupe de chasseurs est autorisé à prélever dans une période déterminée sur un territoire donné. Ces dispositions prennent en compte les orientations du schéma départemental de gestion cynégétique ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code, " Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en prenant en compte les documents de gestion des forêts mentionnés à l'article L. 122-3 du code forestier et en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques ". Et aux termes de l'article L. 425-15 du même code, " Sur proposition de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, le préfet inscrit, dans l'arrêté annuel d'ouverture ou de fermeture de la chasse, les modalités de gestion d'une ou plusieurs espèces de gibier lorsque celles-ci ne relèvent pas de la mise en œuvre du plan de chasse ".
8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions, que le tétras-lyre d'une part, qui est au nombre des espèces énumérées aux annexes I B et II B de la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages, et la perdrix bartavelle d'autre part, qui est au nombre des espèces énumérées à l'annexe II A du même texte, font partie des espèces qui, pour la première, " peuvent être chassées seulement dans les États membres pour lesquels elles sont mentionnées " et, pour la seconde, " peuvent être chassées dans la zone géographique maritime et terrestre d'application de la présente directive ". Cependant, la chasse de ces espèces doit être réglementée de manière à ce que le nombre maximal d'oiseaux prélevés ne compromette pas les efforts de conservation de cette espèce dans son aire de distribution, en tenant compte de son niveau de population, de sa distribution géographique et de son taux de reproductivité.
S'agissant du tétras-lyre :
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que cette espèce, bien que non menacée au niveau mondial, est néanmoins considérée comme vulnérable en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, c'est-à-dire présentant un risque relativement élevé de disparition, par le classement réalisé par l'union internationale pour la conservation de la nature (UICN) Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2020, après avoir figuré dans la catégorie des espèces quasi menacées dans le précédent classement 2016. Une étude sur l'espèce de 2018 de l'Observatoire des galliformes de montagne (OGM) fait par ailleurs état d'une tendance au déclin de l'espèce pour la période 2000-2018 dans le massif alpin, de -17% à 0%, et il ressort également d'une note technique de l'office national de la chasse et de la faune sauvage de juillet 2019 que le déclin de l'espèce est estimé de - 6 à - 25 % sur dix ans. Les auteurs d'une compilation d'études scientifiques sur l'espèce relèvent que le déclin du tétras-lyre est très marqué dans les Préalpes du sud, qui ne subsiste que dans les Alpes, où sa population est globalement en déclin, les prélèvements cynégétiques venant affecter la structure d'une population déjà fragilisée par des facteurs externes tels que les collisions sur des câbles de remontées mécaniques. De plus, le bilan démographique de l'OGM 2019 de l'espèce fait apparaître " une grande incertitude sur l'estimation du taux d'accroissement de l'espèce ", liée d'une part aux variations de l'abondance de l'espèce au cours du temps, et d'autre part aux aléas des résultats des comptages, le risque de double comptage et donc de surestimation de la population réelle étant également pointé. Ce bilan 2019 estime ainsi le déclin de l'espèce de -18% à + 0% pour l'ensemble des Alpes, avec -90 à -50% dans les Préalpes du sud. La fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes fait valoir d'une part qu'elle s'est engagée, en application du principe de précaution, à abaisser le maximum d'attributions potentielles de moitié par rapport à la précédente campagne cynégétique, que les pourcentages de coqs attribués au plan de chasse sont largement inférieurs aux préconisations de la note technique précitée de l'office national de la chasse et de la faune sauvage, et que dans les Préalpes du nord, elle n'a autorisé aucun prélèvement de l'espèce, faute d'échantillon de poules suffisamment représentatif, et que le préfet indique d'autre part que des prélèvements à zéro sur l'ensemble du département conduiraient à l'absence de données de comptage et amoindriraient la connaissance de l'espèce, les fédérations de chasseurs menant des actions en faveur de la biodiversité. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour remettre en cause l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce. Dans ces conditions, les associations requérantes sont fondées à soutenir, au regard de l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce, que l'arrêté attaqué méconnaît les objectifs de préservation.
10. En second lieu, s'agissant de l'indice de reproduction de l'espèce, le rapport 2023 de l'OGM sur le succès reproducteur des galliformes fait apparaître un taux moyen de reproduction dans les Alpes en diminution entre 2022 et 2023, après une légère inflexion en 2022 (1,20 en 2021, 1,87 en 2022 et 1,67 en 2023). En outre, il ressort des pièces des dossiers, et notamment des bilans successifs de l'OGM versés, que l'indice de reproduction dans le département des Hautes-Alpes était de 1,65 jeunes par poule en 2021, de 1,81 jeunes par poule en 2022 et de 1,69 jeunes par poule en 2023. Il ressort également des pièces des dossiers qu'au terme du bilan OGM 2023, le taux de reproduction des tétras-lyres dans les Alpes internes du nord était de de 2,83 jeunes par poule en 2022 et de 1,85 jeunes par poule en 2023, soit un taux en diminution, pour seulement 33 poules échantillonnées, alors que l'arrêté en litige autorise 21 prélèvements de tétras lyres pour cette région bioclimatique. De plus, dans les Alpes internes du sud, si le taux de reproduction des tétras-lyres est, au terme du bilan précité, en très légère augmentation en 2023, de 1,41 contre 1,34 jeunes par poule en 2022, l'augmentation est faible pour un nombre de poules échantillonnées de 39 seulement, alors que l'arrêté préfectoral du 15 septembre 2023 fixe à 52 le nombre de spécimens de l'espèce susceptibles d'être prélevés dans cette région bioclimatique. Dès lors, en s'appuyant ainsi sur les taux de reproduction pourtant globalement faibles d'une espèce dont il n'est pas sérieusement contesté qu'elle est en déclin, l'autorisation donnée par le préfet des Hautes-Alpes de prélèvement d'un nombre de 73 tétras-lyre au titre de la campagne de chasse 2023/2024 est de nature à compromettre la conservation de cette espèce dans son aire de distribution.
11. Il résulte de ce qui précède que les requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté attaqué est incompatible avec les objectifs de la directive déclinés par les dispositions législatives et réglementaires précitées.
S'agissant de la perdrix bartavelle :
12. En premier lieu, il est constant que cette espèce est classée par l'UICN, tant dans le classement mondial que dans le classement régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2020, dans la catégorie des espèces quasi-menacées. Il ressort par ailleurs d'une compilation d'études scientifiques sur cette espèce que les données démographiques sont incertaines, faute de données récentes, qui rendent impossible toute estimation de l'abondance de l'espèce, et que l'espèce, vulnérable aux changements écologiques et climatiques, présente une régression particulièrement marquée dans les zones pré-alpines ainsi que dans les Alpes du sud. En outre, il ressort des dernières données disponibles 2018 de l'OGM que les estimations de la population pour l'espèce " perdrix bartavelle " " doivent () être considérées avec beaucoup de prudence ", ce rapport estimant la tendance des effectifs de perdrix bartavelle dans une fourchette de -83% à - 11%. La fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes fait valoir que pour tenir compte du faible nombre de poules échantillonnées, de seulement 17 adultes, dans la région bioclimatique des Alpes internes du nord, elle n'a pas attribué de plan de chasse dans cette région, malgré les 47 prélèvements autorisés par l'arrêté en litige. Toutefois, de tels éléments sont insuffisants pour remettre en cause l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce. Dans ces conditions, les associations requérantes sont fondées à soutenir au regard de l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce que l'arrêté attaqué méconnaît les objectifs de préservation.
13. En deuxième lieu, il ressort du bilan OGM 2023 sur le succès reproducteur des galliformes de montagne que l'indice de reproduction de l'espèce perdrix bartavelle n'est pas déterminable avec précision. Il ressort d'une part de ce bilan le plus récent de l'OGM que dans les Alpes internes du sud, alors que l'indice de reproduction a diminué, passant de 1,76 jeunes par poule en 2022 à 1,71 jeunes par poule en 2023, pour seulement 34 poules échantillonnées, 86 prélèvements de cette espèce ont été autorisés. D'autre part, dans les Préalpes du nord, malgré un net déclin de l'indice de reproduction, qui est passé de 3,56 jeunes par poule en 2022 à 2,41 jeunes par poule en 2023, pour 37 poules échantillonnées, 29 autorisations de prélèvements de perdrix bartavelle ont été décidées par l'arrêté contesté. En outre, dans la région bioclimatique des Alpes internes du nord, alors que seulement 17 adultes y ont été échantillonnés, 47 prélèvements ont autorisés. Dès lors, même si la fédération de chasse fait valoir que l'attribution de plans de chasse pour l'espèce est moindre par rapport aux maxima fixés par l'arrêté et que dans les Alpes internes du nord, aucun plan de chasse n'a été accordé compte tenu du faible nombre d'adultes échantillonnés, en s'appuyant ainsi sur les taux de reproduction très incertains d'une espèce pour laquelle les données ne permettent pas d'établir un taux de reproduction quantifiable, l'autorisation donnée par le préfet des Hautes-Alpes de prélèvement d'un nombre de 162 perdrix bartavelle au titre de la campagne de chasse 2023-2024 est de nature à compromettre la conservation de cette espèce dans son aire de distribution.
14. Il résulte de ce qui précède que l'association One Voice est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est incompatible avec les objectifs de la directive mis en œuvre par les dispositions législatives et réglementaires précitées.
15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les associations requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a fixé à 73 le nombre maximum d'individus de l'espèce " tétras-lyre " et à 162 le nombre maximum d'individus de l' espèce " perdrix bartavelle" susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2023/2024, répartis selon trois régions bioclimatiques des Alpes internes du sud, Alpes internes du nord, Préalpes du nord.
En ce qui concerne les autres décisions attaquées :
16. L'annulation de l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 15 septembre 2023 entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de l'ensemble des décisions, prises sur son fondement, approuvant les plans de chasse individuels de ces espèces pour la saison cynégétique 2023-2024, qui se trouvent privées de base légale.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17 Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association One Voice, de l'association LPO- délégation Provence Alpes-Côte d'Azur et de l'association société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que la fédération départementale des chasseurs demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des associations One Voice, LPO - Délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et SAPN FNE 05 présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 15 septembre 2023 fixant à 73 le nombre maximum d'individus de l'espèce " tétras-lyre " et à 162 le nombre maximum d'individus de l'espèces " perdrix bartavelle " susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2023/2024, ainsi que l'ensemble des décisions du président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes approuvant les plans de chasse individuels de ces espèces, sont annulés.
Article 2 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice, à l'association Ligue de protection des oiseaux - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l'association société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes.
Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. Ollivaux
La présidente,
Signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
N°s 2308903, 2308961
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026