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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309116

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309116

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 25 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Philippon et à défaut, de lui verser directement cette somme en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte n'était pas compétent ;

En ce qui concerne le rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour :

- la décision est entachée de vices de procédure en méconnaissance des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation dans l'application du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

- le préfet a également commis une erreur de fait et a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation de situation personnelle notamment médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a bénéficié de deux autorisations provisoires de séjour valables du 1er février 2021 au 25 janvier 2022 et d'un certificat de résidence algérien valable du 7 juin 2022 au 6 mars 2023 pour raisons de santé. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 6 janvier 2023. Par un arrêté du 8 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'une paraostéoarthropathie neurogène de hanche bilatérale résultant d'une paraplégie définitive causée par un accident intervenu en Algérie en 2011, d'une hyperactivité détrusorienne et d'une cicatrisation incomplète suite à plusieurs opérations chirurgicales qu'il a subi depuis son arrivée en France dès 2020. Son suivi médical, assuré depuis son arrivée en France en 2020 dans une clinique à Marseille puis au centre hospitalier universitaire de Nantes, a consisté en une prise en charge pluridisciplinaire au sein des services de neurologie et de rééducation, en la prise d'un traitement médicamenteux et d'autosondages urinaires. L'état de santé du requérant a justifié, ainsi qu'il a été dit au point 1, la délivrance de plusieurs autorisations provisoires de séjour et d'un certificat de résidence algérien pour une durée totale de plus de deux ans. Pour rejeter la demande de renouvellement présentée par M. A, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est notamment fondé sur l'avis émis le 5 juin 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié et voyager sans risque vers l'Algérie.

4. Pour contester l'appréciation portée par le préfet au vu de cet avis, le requérant verse au dossier plusieurs pièces médicales établissant son parcours de santé en France depuis 2020, constituées notamment de certificats médicaux et de comptes rendus médicaux faisant état de plusieurs longues périodes d'hospitalisations sur le territoire. Les pièces médicales qu'il verse au dossier attestent également que le défaut de prise en charge de sa pathologie et notamment des soins de rééducation en Algérie a conduit à une aggravation de sa situation consistant notamment dans le développement d'escarres qui se sont infectés et qui ont fait l'objet d'opérations chirurgicales en France. Il justifie également qu'il ne pourrait bénéficier du matériel d'auto-sondage qu'il utilise fréquemment et qu'à la suite d'une opération de sphincterectomie prévue, le suivi urologique ne pourrait se faire qu'en France. Dans ces conditions, au regard des particularités de sa situation médicale, M. A est fondé à soutenir que son suivi thérapeutique, engagé en France, nécessitait son maintien sur le territoire français. Par suite, il est également fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a fait une inexacte application du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien en rejetant la demande de renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 8 septembre 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle et résultant de l'instruction, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. A bénéficie de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Philippon, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 8 septembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à une somme de 1 200 euros Me Thibaut Philippon au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Thibaut Philippon et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Lourtet, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. LourtetLe président-rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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