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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309139

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309139

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail et de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de son dossier ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant délai de départ volontaire :

- est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du délai accordé alors que sa fille est scolarisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 8 septembre 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Colin, substituant Me Colas, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante albanaise née le 15 avril 1994, déclare être entrée en France le 10 mars 2017 et s'y être maintenue continuellement depuis. Le 25 avril 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 27 juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision contestée vise les textes dont elle a fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale de Mme A et précise notamment que celle-ci est mère d'un enfant. A cet égard, la seule circonstance que le préfet n'ait pas mentionné qu'elle a été victime de violences conjugales, alors qu'il n'était pas tenu de décrire en détail l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, ne saurait par elle-même entacher l'arrêté du 27 juin 2023 d'un défaut de motivation. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de la décision attaquée que le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé à un examen personnalisé de la situation de Mme A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Mme A fait valoir qu'elle réside en France de façon continue depuis le mois de mars 2017 et qu'elle y a fixé le centre stable de sa vie privée et familiale avec sa fille âgée de sept ans à la date de l'arrêté contesté. Toutefois, l'intéressée, séparée de son époux de nationalité albanaise depuis 2021 et en instance de divorce, ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale en France, et n'établit pas être dépourvue de telles attaches en Albanie, où résident sa mère et sa fratrie. Les circonstances qu'elle indique avoir été victime de violences conjugales et qu'elle bénéficie, ainsi que sa fille, d'un suivi psychologique demeurent sans influence sur ce point. Le fait que la requérante justifie avoir participé, entre 2019 et 2020, à des cours de français et que sa fille soit scolarisée en France ne saurait par ailleurs caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière de Mme A sur le territoire français. Enfin, si elle soutient occuper depuis le 13 juillet 2023, un emploi de " gouvernante " dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, cette circonstance est en tout état de cause postérieure à l'arrêté en litige du 27 juin 2023 et ne saurait être utilement invoquée pour en contester la légalité. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour contestée n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, l'intéressée n'établit pas que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Si Mme A fait valoir qu'elle a été victime, ainsi que sa fille, de violences infligées par son époux, qui a fait l'objet après ces faits d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, et qu'elle a entamé des démarches de divorce en Albanie, de telles circonstances ne suffisent pas à établir l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires ouvrant droit à son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme A n'établit pas l'existence d'obstacles à ce que sa vie familiale avec sa fille mineure se poursuive en Albanie. Les circonstances tirées de ce que sa fille soit scolarisée en France depuis l'âge de trois ans et qu'elle ait appris à lire et à écrire en français, ne sauraient suffire à caractériser un tel obstacle. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision en litige, qui n'a ni pour effet, ni pour objet, de séparer la requérante de sa fille, aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à ce titre, doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 qu'aucun des moyens soulevés par Mme A à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, du seul fait que l'ancien époux de Mme A auteur de violences a été éloigné à destination de l'Albanie en exécution d'une obligation de quitter le territoire français édictée le 17 septembre 2021, un retour de la requérante et de sa fille dans le pays dont elles ont toutes deux la nationalité porterait une atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineure en violation des stipulation de l'article 3-1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni que la mesure d'éloignement contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de la requérante.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

15. Il résulte de ces dispositions que le délai de trente jours, accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun. En l'espèce, l'arrêté contesté, après avoir cité l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que Mme A ne fait pas état de circonstances justifiant qu'un délai de départ supérieur lui soit accordé, et est ainsi suffisamment motivé sur ce point. Il ne résulte ni de la motivation de l'arrêté, ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône se serait estimé, à tort, tenu d'accorder à la requérante un délai limité à trente jours. Il ne ressort enfin pas pièces du dossier que l'intéressée aurait demandé à bénéficier d'un délai de départ supérieur à trente jours, et les seules circonstances qu'elle ait des obligations découlant de son contrat de travail à durée indéterminée conclu ainsi qu'il a été dit postérieurement à l'arrêté contesté, et que la scolarité de sa fille âgée de sept ans serait interrompue, ne constituent pas, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, des éléments démontrant l'illégalité de la fixation par le préfet d'un délai de départ volontaire de trente jours. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché la décision de lui accorder le délai de départ volontaire de droit commun de trente jours pour quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Fabre, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FabreLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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