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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309156

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309156

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2023 transmise par ordonnance du président du tribunal administratif de Dijon du 26 septembre 2023, M. C A, de nationalité albanaise, représenté par Me Bazin Clauzade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour pour motif vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hétier-Noël pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Lors de l'audience publique du 31 octobre 2023, à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée, Mme Hétier-Noël, magistrate désignée, a lu son rapport et a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 9 décembre 1999 demande l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de Saône-et-Loire, par M. B D, sous-préfet de Châlon-sur-Saône, qui a reçu délégation par arrêté n° 71-023-04-21-00005 du préfet de Saône-et-Loire publié le 21 avril 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne peuvent s'interpréter comme comportant pour un État l'obligation générale de respecter le choix, par les couples, de leur pays de résidence, a fortiori dans le cas d'une entrée et d'un séjour irréguliers d'un ou des deux membres du couple, cette situation conférant d'emblée un caractère précaire à la poursuite de leur vie familiale sur le territoire français.

4. M. A fait valoir qu'il est marié, qu'il est venu en couple en France en 2020, qu'ils ont un enfant et qu'il n'a plus de famille en Albanie. Toutefois le requérant, entré irrégulièrement sur le territoire en 2020 et dépourvu de ressources légales, ne produit aucun élément concret sur ses conditions de vie avec son épouse, également albanaise et qui fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français et sur son enfant dont il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation. Ainsi M. A n'établissant pas disposer sur le territoire français de liens anciens, stables et intenses, la cellule familiale pourra se reconstituer en Albanie où le requérant a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où réside sa famille, ce qui n'est pas sérieusement contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pu justifier être entré régulièrement sur le territoire français, a explicitement déclaré lors de son audition son intention de se maintenir sur le territoire et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement rendue par le préfet des Bouches-du-Rhône le 4 décembre 2020 qui n'a pas été contestée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

8. M. A fait valoir qu'il est d'origine Rom, qu'il est victime en Albanie de discriminations raciales, que l'accès aux soins et à l'éduction notamment ne leur est pas autorisé, et qu'il est également victime de propos haineux. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations qui établirait qu'il serait personnellement exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet s'est fondé sur le fait que le requérant déclare être entré en France le 23 août 2020, qu'il ne se prévaut pas de liens anciens, stables et intenses en France, qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Albanie où il n'établit pas être démuni d'attaches, qu'il n'apporte pas la preuve de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre et qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français. M. A, qui ne produit aucun élément de nature à contester la véracité de ces constats, n'est donc pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle est disproportionnée. La circonstance qu'il disposerait de sérieuses garantie de représentation, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2023 doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par voie de conséquence, également être rejetées

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Saône-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

La magistrate désignée

Signé

C. Hétier-Noël

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

N°2309156

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