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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309226

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309226

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour.

Il doit être regardé comme soutenant que la décision de transfert est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est objecteur de conscience, craint d'être condamné en Turquie et que des membres de sa famille sont établis en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Arniaud ;

- les observations de Me Vincensini qui a repris les observations présentées par écrit, et a soulevé un nouveau moyen tiré de ce que la décision de transfert méconnaît l'article 17 règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que l'intéressé est entouré en France d'un cercle familial et que son frère dispose déjà d'un titre de séjour en qualité de réfugié, et celles de M. A assisté de Mme C, interprète en langue turque, qui a également fait valoir la présence de sa famille en France, en particulier son frère.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Les pièces enregistrées le 9 octobre 2023 pour M. A n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né en 2002, est entré en France, selon ses déclarations, le 19 juillet 2023. Il a présenté une demande d'asile le 31 juillet 2023. La consultation des fichiers Eurodac a fait apparaître une demande de protection internationale déposée par l'intéressé en Croatie le 14 avril 2023. Par deux arrêtés du 2 octobre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités croates et l'a assigné à résidence.

2. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

3. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. M. A fait valoir qu'il a quitté la Turquie afin d'échapper au service militaire obligatoire, dès lors qu'il est objecteur de conscience et d'origine kurde. Il est constant qu'il a déposé une demande d'asile auprès des autorités croates, lesquelles ont accepté la requête du préfet de prendre en charge l'intéressé le 15 août 2023. Si le requérant fait valoir que certains membres de sa famille, également ciblés par les autorités turques, sont établis en France, il n'est pas justifié qu'il entretiendrait avec ces personnes un lien particulier. M. A soutient que son frère dispose du statut de réfugié et réside à Marseille. Toutefois, il n'établit pas de lien de parenté avec le titulaire du titre de séjour " réfugié " qu'il transmet, ni être hébergé par ce dernier. Dès lors, en prenant la décision de transfert attaquée, le préfet n'a pas méconnu l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013/UE du 26 juin 2013, ni n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. ARNIAUDLe greffier,

Signé

T. MARCON

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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