vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2309705 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHERIGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 18 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Cherigui, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la communication de son dossier détenu par l'administration ;
3°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2023, en tant que par cet arrêté, le préfet du Var fixe le Pakistan comme pays de destination vers lequel il pourra être reconduit en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire national ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros au bénéfice de son avocat, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé d'une autorité incompétente, sauf si l'administration justifie d'une délégation ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure, en raison du bref délai qui lui a été imparti pour présenter ses observations ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Busidan pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :
- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;
- les observations de Me Cherigui, représentant M. C présent à l'audience et assisté de Mme D, interprète en langue ourdou ; Me Cherigui, qui confirme que l'annulation est demandée seulement en tant que le Pakistan figure parmi les pays de destination vers lesquels M. C pourra être reconduit, reprend les moyens et arguments articulés dans les écritures ; elle fait valoir que le refus de réadmission en Italie versé au dossier par le préfet du Var ne peut être pris en considération par le tribunal, dès lors que la pièce n'est pas traduite en français.
Le préfet du Var n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par jugement daté du 19 septembre 2023, le tribunal correctionnel de Nice a condamné M. A C, ressortissant pakistanais né le 26 août 1988, à une peine d'emprisonnement d'une durée de dix-huit mois, assortie d'une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans. Placé en rétention au centre du Canet, M. C demande au présent tribunal l'annulation de l'arrêté daté du 15 octobre 2023 par lequel le préfet du Var a fixé les pays de renvoi pour l'exécution de cette mesure judiciaire d'interdiction du territoire, en tant que, dans cet arrêté, le Pakistan figure parmi les pays de renvoi.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la communication du dossier préfectoral :
4. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.
Sur les conclusions en annulation :
5. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n° 156 du 21 août 2023, M. B E, signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture du Var, d'une délégation à l'effet de signer notamment la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne en particulier que l'interdiction du territoire national d'une durée de 5 ans, prononcée à l'encontre du requérant par jugement du tribunal correctionnel de Nice en date du 19 septembre 2023, le fait entrer dans le champ des dispositions des articles L. 721-4 et L. 641-1 du même code. Elle mentionne ses conditions d'entrée sur le territoire français, sa situation privée et familiale, et précise que l'intéressé n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du même code dispose : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'une fiche en date du 13 octobre 2023 signée par l'intéressé, un interprète et un agent notifiant, qu'à 11 heures, M. C a été informé des mesures sur le point d'être prises à son encontre à la suite de l'interdiction du territoire national prononcée par le tribunal correctionnel de Nice, et de la possibilité qui lui était ouverte de présenter ses observations concernant ces mesures. La même fiche consigne à 14h que M. C a déclaré vouloir retourner en Italie, y habiter depuis 25 ans et ne connaître que ce pays dont il saurait lire, écrire et parler la langue. Alors que M. C n'indique pas en quoi le temps imparti aurait été insuffisant pour présenter d'autres observations dont il ne précise au demeurant pas l'éventuelle teneur, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure au regard de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées manque en fait et doit être écarté.
9. En dernier lieu, si, dans l'arrêté en litige, le préfet du Var mentionne qu'au vu des éléments en sa possession, M. C est " entré régulièrement en France à une date indéterminée, en possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du CESEDA, à savoir un passeport pakistanais valide n°AD1026635 et un titre de séjour italien valide n° CA42538DZ ", le permis de séjour italien qu'il verse au dossier portant la référence indiquée était valide jusqu'au 10 février 2022 seulement, ce qui est corroboré par les propres écritures du requérant qui soutient avoir demandé le renouvellement de son titre de séjour italien le 20 janvier 2022. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'à la date de l'arrêté en litige, il serait admissible en Italie, alors, en outre, qu'il ressort d'une pièce versée au dossier par le préfet émanant du centre de coopération policière et douanière de Vintimille, rédigée à la fois en italien et en français, que la réadmission en Italie a été refusée le 14 octobre 2023. Dans ces conditions, même si l'intéressé, célibataire et sans enfant, déclare sans l'établir avoir vécu depuis l'âge de 9 ans en Italie avec son père et n'avoir aucune attache privée ou familiale au Pakistan, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en indiquant que M. C pourra être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, le préfet du Var aurait porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Var.
Délibéré le 20 octobre 2023 et rendu en audience publique le même jour.
La magistrate désignée,
Signé
H. Busidan
La greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026