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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309715

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309715

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEN SOUSSAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance du 12 octobre 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal la requête enregistrée sous le n° 2309715 présentée par M. C A.

Par une requête, enregistrée sous le n° 2309715 le 13 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Ben Soussan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Savoie, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été pris alors que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, notamment au regard de son état de santé ;

- entré sur le territoire français en 2021 pour y travailler, il a été victime d'un accident de travail ; son état de santé nécessite sa présence sur le territoire français ; pour ces motifs, la décision d'éloignement méconnait l'article 6 de l'accord-franco algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sa présence en France est requise pour assister au procès à l'encontre de son employeur ;

- il justifie de garanties de représentation, notamment d'un domicile stable ;

- il n'est pas démontré qu'il remplit les conditions requises pour lui infliger une interdiction de quitter le territoire français ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

Le préfet des de la Savoie n'a pas produit de mémoire en défense.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2309567 le 12 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Ben Soussan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- compte tenu de son état de santé, l'arrêté l'assignant à résidence assorti d'une obligation de se présenter au centre de rétention administrative excède ce qui est nécessaire et adapté à sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gaspard-Truc pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc, magistrate désignée,

- les observations de Me Ben Soussan, représentant M. A,

- les préfets des Bouches-du-Rhône et de la Savoie n'étaient ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Savoie, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 22 mai 2023, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des actes en cause doit être écarté.

5. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de cette décision. La circonstance que les décisions d'éloignement et d'interdiction de retour, qui font l'objet d'une motivation distincte, reposent sur les mêmes motifs ayant trait à la situation personnelle du requérant sont, en tout état de cause, sans influence sur la motivation de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette même décision manque en fait. Contrairement à ce qui est soutenu, eu égard à la motivation circonstanciée, l'arrêté attaqué repose sur un examen particulier de la situation de l'intéressé.

6. D'une part aux termes des dispositions l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié". D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

7. M. A, qui n'établit pas avoir présenté une demande de titre de séjour, ne peut utilement invoquer les stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien à l'encontre de l'arrêté contesté portant obligation de quitter sans délai le territoire français. A supposer qu'il ait entendu se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou faire valoir qu'il pouvait prétendre à la délivrance, de plein droit, d'un certificat de résidence algérien sur ce fondement et qu'il ne pouvait donc, en conséquence, faire l'objet d'une mesure d'éloignement, les pièces médicales versées au dossier ne font nullement état de ce qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi et d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ni, à supposer le moyen soulevé, qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

8. La circonstance, à la supposer établie, qu'il serait susceptible d'être convoqué devant le juge judiciaire en conséquence de la plainte qu'il a déposée à l'encontre de son employeur est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée alors qu'au demeurant, M. A s'il le souhaite se faire représenter par son conseil lors de cette audition devant le juge.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, l'intéressé a fait l'objet d'une précédent mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de Haute-Corse le 25 janvier 2021. Par suite, il entrait bien dans les cas visés aux 1°) et 5°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut, pour ces seuls motifs, refuser d'accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée n'est pas fondée sur l'existence d'une menace pour l'ordre public.

14. En l'espèce, d'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, qu'il n'a pas exécuté. D'autre part, il ne prévaut que d'une ancienneté de séjour d'environ deux ans, alors que sa femme et ses enfants résident encore en Algérie. Dans ses conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, le préfet n'a pas, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction de retour.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

15. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

16. M. A soutient que son assignation à résidence, mesure coercitive que le préfet n'est pas tenu de prendre, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu notamment de son état de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des pièces médicales produites, alors que le requérant ne justifie pas d'un hébergement stable que la décision l'assignant à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône et l'obligeant à se présenter, les mardis et jeudis, entre 9 heures et 12 heures, au centre de rétention du Canet à Marseille en vue de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire constituerait une mesure injustifiée et disproportionnée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes enregistrées sous les n° 2309567 et 2309715 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Bouches-du-Rhône et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. Gaspard-TrucLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône et au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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