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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309872

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309872

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309872
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERTHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2023, Mme B A, représentée par

Me Berthet, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2023-293-009 du 20 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a interdit le rassemblement organisé par le collectif " Urgence de la paix et du droit entre Palestiniens et Israéliens 04 " le 23 octobre 2023 à Manosque ;

2°) d'enjoindre au département des Alpes-de-Haute-Provence de garantir à la requérante et aux manifestants le libre exercice du droit de manifestation dans le cadre du rassemblement statique déclaré ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'interdiction contestée a été prise pour la date du lundi 23 octobre 2023 ; au jour du dépôt de la présente requête, la liberté de manifestation est mise en péril ; dans ces conditions, il y a urgence à ce qu'une décision intervienne au plus vite impliquant un audiencement de la présente requête dans un délai de l'ordre de 48 heures ;

- l'arrêté attaqué interdit le rassemblement statique ; il s'agit là d'une atteinte grave à la liberté de manifestation ;

- en l'espèce, le rassemblement statique est interdit pour des motifs trop généraux pour être légaux ; il n'est pas fait mention dans l'arrêté attaqué de circonstances locales particulières qui justifieraient une interdiction du rassemblement en litige ;

- l'arrêté contesté ne fait mention d'aucune circonstance précise susceptible de justifier l'interdiction du rassemblement au titre de la préservation de l'ordre public ;

- à le supposer établi, le risque de trouble à l'ordre public que créerait le rassemblement en litige doit conduire l'Etat, non pas à l'interdire, mais à permettre le libre exercice de la liberté de manifestation en sécurisant les 100 personnes qui se réunissent pacifiquement ;

- le préfet n'apporte pas la preuve de l'impossibilité de sécuriser le rassemblement litigieux ;

- la portée symbolique du rassemblement doit être prise en considération par le juge comme une donnée de la liberté d'expression et de manifestation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lopa Dufrénot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023 à 13 heures 30 en présence de M. Machado, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Lopa Dufrénot ;

- les observations de Me Berthet, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; il ajoute que l'association requérante que représente Mme A, a pour objet de promouvoir la paix et des valeurs humanistes et dénonce les crimes actuellement commis ; les éléments à l'appui du motif de l'arrêté ne sont pas établis, ni même fondés.

Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. L'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure soumet à l'obligation de déclaration préalable " tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique ". Il résulte des articles L. 211-4 et R. 211-1 de ce code qu'il appartient au représentant de l'Etat dans le département d'interdire par arrêté toute " manifestation projetée de nature à troubler l'ordre public ".

3. Le respect de la liberté de manifestation et de la liberté d'expression, qui ont le caractère de libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être concilié avec l'exigence constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police, lorsqu'elle est saisie de la déclaration préalable prévue à l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure ou en présence d'informations relatives à un ou des appels à manifester, d'apprécier le risque de troubles à l'ordre public et, sous le contrôle du juge administratif, de prendre les mesures de nature à prévenir de tels troubles, au nombre desquelles figure, le cas échéant, l'interdiction de la manifestation, si une telle mesure présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné aux circonstances, en tenant compte des moyens humains, matériels et juridiques dont elle dispose. Une mesure d'interdiction, qui ne peut être prise qu'en dernier recours, peut être motivée par le risque de troubles matériels à l'ordre public, en particulier de violences contre les personnes et de dégradations des biens, et par la nécessité de prévenir la commission suffisamment certaine et imminente d'infractions pénales susceptibles de mettre en cause la sauvegarde de l'ordre public même en l'absence de troubles matériels.

4. Par un arrêté du 20 octobre 2023, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a interdit un rassemblement de soutien au peuple palestinien, organisé par le collectif " Urgence de la paix et du droit entre Palestiniens et Israéliens 04 ", prévu le lundi 23 octobre 2023 à 18h00 devant la porte de la Saunerie sur le territoire de la commune de Manosque. Par sa requête, Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté préfectoral et d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de lui garantir, ainsi qu'aux autres manifestants, le libre exercice du droit de manifestation dans le cadre du rassemblement statique déclaré.

5. Après avoir décrit le contexte actuel existant de tensions vives au Moyen-Orient en raison des attaques perpétrées par le Hamas, le 7 octobre 2023, à l'origine notamment d'assassinats, ayant suscité un vif émoi à l'échelle nationale et internationale, le préfet s'est fondé sur le motif que la manifestation envisagée est susceptible de générer de graves heurts et affrontements entre tenants et opposant sdu Hamas et d'Israël, seule son interdiction étant de nature à prévenir les troubles à l'ordre public et la commission d'infractions pénales. Il précise que le collectif " Urgence de la paix et du droit entre Palestiniens et Israéliens 04 " a apporté son soutien sans ambiguïté aux actions du Hamas, sur les réseaux sociaux, le lendemain de l'attaque, par un message publié accompagné de la photographie de combattants armés célébrant l'explosion d'un char d'assaut de l'armée israélienne durant l'attaque meurtrière du Hamas en Israël, soutien allant de pair avec la légitimation des méthodes terroristes que le collectif s'efforce de justifier ou de minimiser dans son message au motif qu'elles relève ntdu droit à l'oppression.

6. Il résulte de l'instruction que le formulaire de déclaration de la manifestation en litige a été renseigné le 19 octobre 2023 par Mme B A, représentante de l'association France-Palestine Solidarité - Groupe local des Alpes de Haute-Provence (AFPS 04) dont le siège social est fixé à son domicile. Or, d'une part, celle-ci n'a pas précisé intervenir au nom de cette association, ni le collectif cité au point 4. Si le conseil de Mme A a indiqué à l'audience que l'objet social de l'association en cause repose essentiellement sur la promotion de la paix et de l'amitié entre les peuples, il résulte de la consultation du site internet de l'AFPS 04, accessible au public, qu'aux termes de ses statuts, l'association se propose de faire connaître le peuple palestinien, son histoire, sa culture, ses épreuves et ses luttes par notamment des activités en faveur de l'établissement d'une paix réelle et durable fondée sur la reconnaissance des droits nationaux palestiniens, sur la base de la légalité internationale et d'agir pour une paix réelle et durable qui implique la fin de l'occupation de tous les territoires occupés depuis 1967, le démantèlement de toutes les colonies et la création d'un Etat palestinien indépendant souverain. En outre, nonobstant la condamnation " des crimes de guerre commis par les commandos du Hamas contre les civils israéliens ", figure sur le même site, la photographie d'une banderole " Israël-Palestine. Reconnaître l'apartheid. Le combattre. L'éliminer ". Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu à l'audience, l'association entend défendre la cause palestinienne, en tenant des positions publiques très critiques à l'égard de la politique d'Israël envers la Palestine. En outre, il résulte de l'instruction que l'appel à la manifestation du 23 octobre 2023, versé au dossier, a été signé par de nombreuses autres associations " 4ACG ; AFPS 04 - ANPNPA - Asso BADR ; Asso Mosquée Nasr ; CRE 04 ; LDH 04 ; LFI 04 ; libre pensée 04 ; parti de Gauche 04 ; plume D'espoir ; POI 04 ; Solidaire 04 ". En dépit de la demande présentée en ce sens à l'audience, l'avocat de Mme A n'a pas été en mesure de préciser la dénomination des associations membres du collectif dont il ne peut être exclu que les positions soient tout autant susceptibles d'être hostiles à la politique d'Israël. D'autre part, alors même qu'il n'est pas établi que l'AFPS 04 serait à l'origine de la publication de messages et de tweets légitimant les actions terroristes du Hamas, tant son objet social que ses positions publiques X très critiques à l'égard de la politique d'Israël, malgré le caractère statique du rassemblement prévu et le faible nombre de participants envisagé, lequel pourrait être supérieur compte tenu des associations membres du collectif, l'interdiction de la manifestation est de nature à prévenir les risques de troubles à l'ordre public. Dès lors, l'arrêté litigieux n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés invoquées par la requérante. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, les conclusions de Mme A à fin de suspension de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Fait à Marseille, le 23 octobre 2023.

La vice-présidente désignée,

Juge des référés

Signé

M. LOPA DUFRÉNOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

4

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