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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2310041

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2310041

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2310041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARTOLOMEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Bartolomei, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 9 mai 2023 et la décision explicite du 19 juin 2023 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion du territoire du 9 mars 2015 et refusé de réexaminer sa situation ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'abroger l'arrêté d'expulsion du 9 mars 2015 ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'abrogation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 800 euros à Me Bartolomei, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté du 19 juin 2023 n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 632-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas saisi pour avis la commission d'expulsion ;

- il méconnaît les articles L. 631-1 et L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence ne constitue plus une menace grave à l'ordre public ; il est entaché d'une erreur d'appréciation sur ce point ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 2 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en application de l'article L. 632-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un courrier du 25 avril 2024 a été adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du même code.

Par une ordonnance du 5 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée à cette date, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 27 juin 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles,

- les conclusions de Mme Gioncanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bartolomei, représentant M. B.

Une note en délibéré, présenté par M. B, a été enregistrée le 3 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 23 juin 2002 au 22 juin 2003 puis une carte de résident valable du 24 juin 2014 au 23 juin 2024. Par un arrêté du 9 mars 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône a expulsé M. B du territoire français au motif que sa présence constituait une menace grave pour l'ordre public. Par un courrier du 6 mars 2023, l'intéressé a demandé au préfet des Bouches-du-Rhône d'abroger cet arrêté. Par une décision du 19 juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande. M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du 9 mai 2023 et la décision du 19 juin 2023 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion du 9 mars 2015 ainsi que la décision implicite de refus de réexamen de l'arrêté d'expulsion.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de réexamen de l'arrêté d'expulsion :

2. Aux termes l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, les changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. L'étranger peut présenter des observations écrites. / A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission mentionnée à l'article L. 632-1 ".

3. Il résulte de ces dispositions que, à défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation, ce réexamen est réputé avoir conduit périodiquement à une décision implicite de ne pas abroger. Par suite, les conclusions de M. B dirigées contre le refus de réexamen de la décision d'expulsion sont dirigées contre une décision inexistante et sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'abrogation de l'arrêté d'expulsion :

4. Si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à l'encontre de la décision implicite du 9 mai 2023 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'abrogation de l'arrêté du 9 mars 2015 prononçant son expulsion du territoire français doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a explicitement rejeté sa demande d'abrogation.

6. Aux termes de l'article L. 632-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il ne peut être fait droit à une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion présentée plus de deux mois après la notification de cette décision que si le ressortissant étranger réside hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pour la mise en œuvre de l'article L. 632-6 ;/ 2° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; /3° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituait toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public, sont de nature à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée. Toutefois, si le ressortissant étranger réside en France et ne peut invoquer le bénéfice des exceptions définies par l'article L. 632-5 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale a compétence liée pour rejeter la demande d'abrogation présentée. L'intéressé peut néanmoins utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. En l'espèce, il est constant que M. B résidait en France à la date de sa demande d'abrogation, et qu'il n'était ni en détention, ni assigné à résidence à la date de la décision attaquée du 19 juin 2023, laquelle a été prise en réponse à sa demande présentée le 6 mars 2023, et non spontanément en application de l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé rentre ainsi dans les cas où le préfet est, en vertu des dispositions précitées, en situation de compétence liée pour rejeter la demande tendant à l'abrogation de l'arrêté d'expulsion. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée, ni qu'elle est entachée d'un vice de procédure au regard les dispositions de l'article L. 632-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 631-1 et L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que constituait sa présence sur le territoire sont inopérants et doivent également être écartés.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. M. B se prévaut de son entrée en France en 1992 à l'âge de vingt-deux ans et de ce qu'il y a résidé régulièrement depuis cette date. Si le requérant a été titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 23 juin 2002 au 22 juin 2003 puis d'une carte de résident valable du 24 juin 2014 au 23 juin 2024, il n'établit pas sa présence en France entre 1992 et 1999 alors qu'il se maintient sur le territoire français depuis l'arrêté d'expulsion pris à son encontre le 9 mars 2015. S'il soutient que sa vie privée et familiale est ancrée sur le territoire français en se prévalant tout d'abord d'être le père de deux enfants de nationalité française nés en 1999 et 2005, le requérant, qui a divorcé de la mère de ses enfants en janvier 2003, avec laquelle il ne vivait plus depuis le 11 octobre 2002, n'établit pas son implication dans l'éducation de ses enfants, au demeurant majeurs à la date de la décision attaquée, alors que les sommaires attestations de ses enfants, de son ex-épouse et d'une proche qu'il verse au dossier ainsi que l'ordre de virement mensuel d'un montant de 150 euros à la mère de ses enfants à compter de décembre 2018 ne permettent pas d'établir la réalité de la vie familiale alléguée. Enfin, si M. B établit avoir travaillé entre mai 2020 et mai 2021 comme agent de service pour une entreprise de nettoyage puis de février à octobre 2022 comme agent de restauration à l'Armée du salut, cette activité professionnelle, exercée à temps partielle, ne démontre pas son insertion sociale et professionnelle en France. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus d'abrogation contesté a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage de ces éléments et des pièces du dossier que cette décision aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et qu'elle aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion du 9 mars 2015. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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