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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2310179

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2310179

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2310179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP PLANTARD ROCHAS VIRY & ROUSTAN BERIDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, M. B E, représenté par

Me Plantard, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les préjudices qu'il subit des suites d'un accident de travail survenu le 6 décembre 2022.

Il soutient que sa guérison n'est pas acquise au 10 mars 2023 et qu'il fait l'objet d'un arrêt de travail du 10 avril 2023 au 22 juin 2023 en lien avec l'accident litigieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2023, la métropole Aix-Marseille-Provence (MAMP), représentée par Me Sindres, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;

2°) à titre principal, de mettre à la charge de M. E la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

3°) à titre subsidiaire, de prendre acte qu'elle formule ses plus expresses protestations et réserves d'usage ;

4°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge de M. E les frais d'expertises.

Elle soutient que :

- M. E ne démontre pas que sa demande d'expertise est utile ;

- la décision contestant l'expertise du docteur G du 10 octobre 2023 est forclose.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente pour statuer sur les demandes en référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir opposée par la métropole Aix-Marseille-Provence :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ". L'utilité d'une telle mesure doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt qu'elle présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

2. En vertu de l'article R. 421-1 du même code, " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Conformément aux dispositions de l'article R. 421-5 du même code, ce délai n'est toutefois opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. Eu égard à l'objectif poursuivi par le législateur en instituant une procédure de règlement amiable des litiges prévue au dernier alinéa de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, la notification de la décision rejetant la demande d'indemnité doit indiquer non seulement que le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de deux mois mais aussi que ce délai est suspendu en cas de saisine de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux. A ce titre, la notification ne fait pas courir le délai si elle ne comporte pas cette double indication. Enfin la saisine du juge des référés devant le tribunal administratif d'une demande d'expertise médicale aux fins de rechercher les causes de dommages imputés au service public hospitalier interrompt le délai de recours contentieux contre la décision de l'établissement hospitalier rejetant expressément la demande d'indemnité. Ce délai commence à courir à nouveau à compter de la notification au requérant du rapport de l'expert ou de l'ordonnance du juge des référés rejetant la demande d'expertise.

3. Il résulte de l'instruction que, par décision du 5 octobre 2023, la métropole Aix-Marseille-Provence, a fixé la date de guérison de M. D au 10 mars 2023, date à partir de laquelle il a été placé en congé de maladie ordinaire. Cette décision de rejet, notifiée le 10 octobre 2023, indiquait expressément le délai de deux mois dans lequel pouvait être saisi le tribunal administratif. Le requérant qui a saisi le tribunal par une requête aux fins d'expertise, a ainsi valablement interrompu le délai de recours contentieux courant à l'encontre de cette décision. Dans ces conditions, dès lors qu'à cette date une demande au fond n'aurait pas été tardive, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier d'Arles doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

4.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

5.Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par M. E, porte sur les préjudices qu'il subit des suites d'un accident de travail le 6 décembre 2022. Si la métropole-Aix-Marseille Provence conclut au rejet de la demande d'expertise en soutenant que M. E n'établit pas l'utilité d'une telle demande, il résulte de l'instruction que l'intéressé produit un rapport du service de santé du travail selon lequel son état de santé ne lui permet pas la reprise de son travail et plusieurs arrêts maladie. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. E ne justifierait pas manifestement, au stade des référés et sans préjudice du recours au fond, de la matérialité des faits et du lien de causalité entre l'accident de service et son état de santé actuel. Cette demande, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la charge des dépens :

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions de la MAMP relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de procès :

7. En l'état actuel du litige, M. E ne peut être regardé comme ayant qualité de partie perdante pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à cette fin par la MAMP doivent dès lors être rejetées

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur F A, exerçant Immeuble PGB 2.01, 93 chemin bas du Mas de Boudan à Nîmes (30000), est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance à une expertise avec la mission suivante :

1°) examiner M. E et se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) décrire l'état de santé de M. E, les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ; dire si chacune des lésions constatées est la conséquence de l'accident survenu le 6 décembre 2022, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie antérieure, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

3°) évaluer les préjudices corporels de M. E qui sont directement imputables à l'accident de service en cause en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total ;

4°) fixer la date de consolidation de son état physique ;

5°) indiquer le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de M. E, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;

6°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par M. E, en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d'assistance à tierce personne ;

7°) indiquer à quelle date l'état de santé de M. E peut être considéré comme consolidé et dans cette hypothèse, fixer le taux du déficit fonctionnel permanent ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressé est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; préciser si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent imputable au service est prévisible et, en évaluer l'importance ;

8°) dire si l'état de M. E est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

9°) déterminer si l'état de santé de M. E est compatible avec une reprise du travail, à quelle date et selon quels aménagements ou si M. E est inapte définitivement à toute fonction au sein de la métropole Aix-marseille-Provence; plus généralement, donner toute précision utile permettant au Tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ;

10°) d'une façon générale, fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du Tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la MAMP est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E, à métropole-Aix-Marseille et au docteur A.

Fait à Marseille, le 11 mars 2024.

La juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière

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