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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2310482

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2310482

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2310482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPHINITH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er novembre et le 8 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Phinith, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, interdiction de retour en France d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article 6, 5°, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué doit être annulé faute de notification et de production à l'instance ;

- il a été pris sans examen sérieux de sa situation et s'avère de ce fait insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation, d'erreur de fait et d'erreur de droit au regard des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien qui lui ouvrent droit au séjour en France ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale et a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour en France a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boidé pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 décembre 2023, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Boidé ;

- les observations de Me Phinith, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. B, entendu en langue française.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 9 juin 1995 à Blida, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, interdiction de retour en France d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. La requête n'est ni manifestement irrecevable, ni manifestement dénuée de fondement. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué expose, de façon suffisamment circonstanciée, les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, permettant à son destinataire d'en comprendre le sens et la portée à sa seule lecture et, par suite, de le contester utilement. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui n'a pas sollicité son admission au séjour, aurait porté à la connaissance de l'autorité préfectorale des informations déterminantes pour l'examen de sa situation administrative qui n'auraient pas été prises en considération, l'intéressé n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que cette motivation serait insuffisante au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen invoqué à cet égard doit donc être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré d'un défaut d'examen complet de la situation du requérant, qui manque en fait, doit être également écarté.

4. En deuxième lieu, si les pièces du dossier justifient de l'exercice par M. B d'une activité professionnelle en intérim depuis le mois d'avril 2022, il est constant que l'intéressé n'a pas été autorisé à travailler en France, où il n'a jamais sollicité son admission au séjour. En outre, si l'attestation de Mme A, et les déclarations de cette dernière lors de l'audience à laquelle elle était présente, corroborent celles de M. B et permettent de tenir la relation conjugale invoquée par ce dernier comme étant établie, cette relation demeure en tout état de cause particulièrement récente puisque les intéressés n'évoquent une vie commune que depuis cinq à sept mois, sans apporter d'élément tangible susceptible d'en attester à l'exception de quelques photographies qui sont manifestement insuffisantes à cet égard. Compte tenu du caractère récent des attaches ainsi évoquées, et eu égard à ses conditions de séjour en France où il dit être arrivé au mois de février 2022 seulement, M. B, qui n'a au surplus pas fait état de cette relation lors de son audition par les services de police préalable à l'édiction de la mesure d'éloignement attaquée, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté qu'il conteste serait entaché d'erreur de fait, d'erreur d'appréciation ou encore d'erreur de droit au regard d'un prétendu droit au séjour, ni qu'il porterait une atteinte excessive à son droit au respect de vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur des enfants de Mme A. En outre, à la considérer même établie en dépit de son interpellation en possession d'un permis de conduire belge falsifié et au volant d'un véhicule non assuré, la bonne intégration dont il se prévaut en France n'est en tout état de cause pas de nature à lui ouvrir droit au séjour sur ce territoire. Il en va de même de la procédure pénale dans le cadre de laquelle il s'est constitué partie civile en qualité de victime, au titre de laquelle il peut se faire représenter. Par suite, les moyens invoqués doivent être écartés, ainsi que, pour les mêmes raisons, celui tiré d'une prétendue erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ou des conséquences sur celle-ci de l'arrêté en litige.

5. En dernier lieu, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

6. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier qu'après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision d'interdiction du territoire attaquée relève, au visa de l'article L. 612-10 de ce code, qu'en l'absence de circonstance humanitaire, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en compte l'antériorité de séjour allégué en France par M. B, ainsi que les circonstances qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec ce territoire et qu'il est célibataire, sans enfant, alors que sa mère réside en Algérie. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que le préfet n'ait pas retenu qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public est sans influence sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'une telle menace ne constitue pas l'un des motifs de cette décision, qui est suffisamment motivée et dont il n'est pas démontré qu'elle serait pour un autre motif entachée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée. Par suite, les moyens invoqués à l'encontre de cette dernière décision doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Boidé

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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