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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2310530

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2310530

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2310530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOULET-ROCCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 octobre et 5 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Coulet-Rocchia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les litiges concernant les décisions relatives à l'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les observations de Me Coulet-Rocchia, qui a repris et précisé les moyens présentés par écrit, a insisté sur la situation de M. B en Irak et a soulevé le moyen tiré de l'erreur de faits de la décision portant refus de délai de départ volontaire dès lors qu'il dispose de document de voyage et d'une résidence, et celles de M. B.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A B, ressortissant irakien, demande l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 29 octobre 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

4. Il ressort de la décision attaquée, qui mentionne le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'obligation de quitter le territoire français a été prise compte tenu du rejet par la Cour nationale du droit d'asile le 11 octobre 2021 du recours du requérant formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rendue le 20 février 2020 et portant refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui ".

6. Si le requérant fait valoir résider en France depuis le 23 novembre 2015, cette seule circonstance est insuffisante à caractériser une méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le requérant ne transmet pas d'éléments permettant d'apprécier son insertion professionnelle, sociale ou l'ancienneté et la stabilité de ses liens en France, alors que la décision attaquée indique que l'intéressé est célibataire et sans enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Enfin, si le requérant fait valoir, notamment au cours de l'audience, qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Irak, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer soulevé, est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. En premier lieu, la décision en litige mentionne les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'en application de l'article L. 612-3 de ce code, il existe un risque que M. B se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garantie de représentation suffisante en l'absence, d'une part, de documents d'identité ou de voyage et, d'autre part, de résidence effective et permanente. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

11. En deuxième lieu, le requérant fait valoir que la décision est entachée d'erreur de faits dès lors qu'il dispose d'un document d'identité et d'une résidence. Toutefois, la seule attestation d'hébergement d'un ami ne suffit pas à établir l'effectivité et la permanence de sa résidence rue Sylvabelle, alors que par ailleurs des documents médicaux de 2023 et de 2022 mentionnent une autre adresse. Par suite, s'il dispose d'un document d'identité contrairement à ce qui est indiqué dans la décision attaquée, le requérant entrait tout de même dans les cas visés aux 5°) et 8°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'erreur de faits soulevée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

12. Il ressort de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. ArniaudLa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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