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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2310635

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2310635

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2310635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAURENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, M. D B, représenté par Me Laurens, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;

3°) d'annuler son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

-il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il aurait dû faire l'objet d'un arrêté de réadmission vers la Suisse ;

-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et l'inscription au fichier SIS :

-elles méconnaissent les dispositions des articles L.612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elles présentent un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Forest pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Forest qui, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, a informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription du requérant dans le système d'information Schengen dès lors que cette information ne lui fait pas grief.

M. B et le préfet des Bouches-du-Rhône n'étaient ni présents ni représentés à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a été interpellé le 11 novembre 2023. Par un arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2023 ainsi que son signalement dans le système d'information Schengen (SIS).

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

3. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il suit de là que les conclusions de M. B à fin d'annulation de cette mesure sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. B n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il ne peut justifier être entré sur le territoire français de façon régulière, qu'il déclare avoir sollicité l'asile en Suisse sans attendre la réponse, qu'il ne justifie pas être exposé à des traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il est défavorablement connu des services de police sous plusieurs identités. La décision d'interdiction de retour précise qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il déclare y être rentré deux jours auparavant, qu'il est célibataire et sans enfant, que sa mère et ses deux frères résident en Algérie et qu'il n'a pas exécuté spontanément une mesure d'éloignement. L'arrêté fait ainsi apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et ne révèle pas un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

5. En deuxième lieu, si M. B soutient qu'il avait procédé à une demande d'asile en Suisse et qu'il aurait dû faire l'objet d'un arrêté de réadmission vers la Suisse, il ne produit aucun document au soutien de ses affirmations et prétend d'ailleurs avoir effectué la démarche sous une autre identité que la sienne. Il ressort des pièces du dossier qu'une consultation du système Eurodac a permis de confirmer l'absence de demande d'asile effectuée auprès des autorités suisses.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'une mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne, soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités du pays de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

7. Si M. B soutient qu'un retour en Algérie l'exposerait à des traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme, il n'assortit ces allégations d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose en outre que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

9. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet, sauf circonstances humanitaires, assortit l'obligation de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour d'une durée maximale de trois ans, et que, pour fixer cette durée, il tient compte de la durée du séjour en France de l'étranger, de la nature et de l'ancienneté de ses liens, d'une précédente mesure d'éloignement et d'une menace pour l'ordre public éventuelles.

10. Par ailleurs, il résulte des dispositions ci-dessus énoncées que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Elle doit ainsi faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace ; qu'en revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. Le requérant, célibataire et sans enfant, a déclaré être entré en France deux jours avant son interpellation et ne justifie donc pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France alors que sa mère et ses deux frères résident en Algérie et qu'il n'a pas exécuté une mesure d'éloignement prise à son encontre le 18 décembre 2020. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, à sa situation familiale et à ses attaches en Algérie, et à défaut de justifier de l'existence de circonstances humanitaires, la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans n'apparaît pas disproportionnée.

12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation, dirigés spécifiquement contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

La magistrate désignée, Le greffier,

SignéSigné

H. Forest M. A C

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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