lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2310936 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEMAISTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2023, M. A B, placé au centre de rétention administrative du Canet à Marseille, représenté par Me Lemaistre, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a maintenu en rétention administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté n'est pas fondé sur des critères objectifs notamment car il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Ukraine ;
- le maintien de l'arrêté attaqué aurait pour conséquence, en cas de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), de le priver de la possibilité de demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur sa demande ; cet arrêté viole ainsi les stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Balussou pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Balussou,
- les observations de Me Lemaistre, avocate, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que le requérant a quitté l'Ukraine pour ne pas être enrôlé dans l'armée à destination du Donbass et qu'il dispose d'un passeport, d'une carte d'identité et d'une attestation d'hébergement ;
- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue ukrainienne, qui, après avoir confirmé les moyens exposés par son avocate, répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet des Bouches-du-Rhône a pris le 25 septembre 2023 une obligation de quitter le territoire français à l'encontre M. B, ressortissant ukrainien né le 6 juillet 1987, et a décidé du placement de celui-ci en rétention administrative à compter du 10 novembre 2023, mesure prolongée par un arrêté du 19 novembre 2023. Le requérant demande au tribunal de lui accorder le bénéficie de l'aide juridictionnelle et d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement () ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ () ".
5. L'arrêté attaqué vise les articles L. 754-1 à L. 754-8 et R. 754-1 à R. 754-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 septembre 2023, qu'il n'a pas fait état de risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine au cours de la procédure au terme de laquelle est intervenue cette décision, qu'il n'a sollicité le bénéfice de l'asile qu'après son placement en rétention administrative intervenu pour l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'il ne présente pas de garanties de représentation en l'absence d'un passeport en cours de validité et d'un lieu de résidence effectif. Ainsi, et alors que le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments de la situation de M. B, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors le moyen tiré de son défaut de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention, que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France au plus tard en 2020, n'a présenté de demande d'asile ni lors de son entrée sur le territoire français, ni lorsqu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 septembre 2023, ni entre cette mesure et son placement en rétention administrative le 10 novembre 2023. Par ailleurs, la circonstance qu'il aurait été incarcéré en France au moment du déclenchement du conflit russo-ukrainien le 24 février 2022 n'est pas de nature à justifier, comme il le prétend, qu'il n'aurait pas eu la possibilité de demander l'asile avant le 10 novembre 2023, date de son placement en rétention administrative. De plus, s'il fait valoir qu'il serait exposé à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en se bornant à faire état de la situation de conflit armé en Ukraine, il ne démontre pas le caractère actuel et personnel des risques allégués. En outre, s'il se prévaut du 1 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire, ces dispositions ne s'appliquent, s'agissant des ressortissants ukrainiens, qu'à ceux résidant encore en Ukraine au 24 février 2022. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement estimer que la demande d'asile de M. B avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement du 25 septembre 2023.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / () / 3° Le demandeur est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3 ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".
9. Lorsqu'un étranger placé en rétention sollicite le bénéfice de l'asile, d'une part, l'OFPRA, saisi par l'administration, statue en procédure accélérée sur cette demande lorsqu'elle est considérée comme ayant été présentée aux fins de faire échec à l'exécution de la mesure tendant à l'éloignement de l'intéressé du territoire français et, d'autre part, une décision de rejet de cette demande de la part de l'office met fin au droit de l'étranger de se maintenir sur ce même territoire.
10. L'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée, comme en l'espèce, dispose du droit de contester devant la CNDA la décision de rejet qui lui est opposée par l'OFPRA. Il dispose également de la possibilité de saisir le tribunal administratif d'une demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la cour, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le droit au recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français après la décision de l'OFPRA. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, combinées à celles de l'article 3, ne peut donc qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a maintenu M. B en rétention administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. B.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré le 11 décembre 2023, et lu en audience publique le même jour.
La magistrate désignée,
Signé
E-M. BalussouLa greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026