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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2311112

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2311112

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2311112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2023, M. D B et

Mme A C, représentés par Me Caviglioli, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des effets de l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le maire de la commune de Rognac a retiré leur permis de construire obtenu tacitement le 12 juin 2023 ;

2°) d'ordonner à la commune de Rognac de leur délivrer un certificat provisoire de permis de construire tacite obtenu le 12 juin 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rognac la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la présente requête est recevable ratione temporis ;

- elle présente un caractère accessoire à leur recours en annulation ;

- ils ont intérêt à agir ;

Sur l'urgence :

- ils ont vendu leur précédente propriété en janvier 2023 et logent à fonds perdus dans un logement de type 4 trop étroit pour eux-mêmes et leurs trois jeunes enfants ;

- ils ont obtenu un crédit immobilier le 10 mai 2023 à un taux intéressant et risquent de perdre non seulement leur offre mais aussi le taux contractuellement garanti ;

- ils s'exposent à l'avenir à un surenchérissement de leur crédit, voire à un refus de prêt ;

- il s'exposent également à un retard conséquent dans la réalisation du chantier et au paiement d'indemnités de retard auprès des entreprises.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- le retrait du permis de construire obtenu tacitement le 12 juin 2023 est tardif au regard des dispositions de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, car il leur a été notifié le 13 septembre 2023 ;

- la commune ne pouvait leur opposer la nécessité d'un permis d'aménager, d'une part car par un arrêté du 26 mars 2021 devenu définitif, le maire ne s'est pas opposé à la déclaration préalable en vue de la division du tènement foncier et d'autre part car la nécessité d'un permis d'aménager procèderait d'une prescription nécessairement illégale, l'aménagement requis étant imprécis, nécessitant une refonte du projet et n'étant pas requis par des dispositions légales ou règlementaires ;

- l'absence de réalisation d'une place de parking non couverte (PPNC) est inopposable et infondée, outre que ce motif ne figurait pas dans le courrier d'information du 10 juillet 2023 ;

- l'accès n'est aucunement accidentogène, d'autant plus qu'il a été validé lors de la décision de créer le lotissement, définitive, et que les services techniques ont donné un avis favorable ;

- le risque lié au plan de prévention des risques naturels " retrait-gonflement des argiles " est également infondé ;

- le motif tiré de l'empiètement, par le projet, sur la piste DFCI est inopérant puisque les faits ne concernent pas le terrain d'assiette du projet et alors que c'est la piste DFCI qui empiète à l'inverse sur ce terrain sans qu'une servitude n'ait été constituée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, la commune de Rognac, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 600 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable en ce que la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués à l'appui de la requête n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision contestée ;

- elle entend soulever, par substitution de motif, la violation de l'alinéa f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2310291 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et télécommunications ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 7 février 2007, pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique du 14 décembre 2023, à 14 heures, qui s'est tenue en présence de Mme Olivier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez ;

- les observations de Me Cavigliolo, représentant les requérants ;

- et celles de Me Gouard-Robert, pour la commune de Rognac.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. Il résulte de l'instruction que M. B et Mme C ont acquis un des quatre lots constituant un tènement foncier situé avenue des Pins et avenue des Mûriers, sur le territoire de la commune de Rognac, à la division duquel le maire ne s'est pas opposé par arrêté du 26 mars 2021 devenu définitif. Ils ont déposé une demande de permis de construire une maison individuelle de 130,37 m² sur le lot D issu de cette division et, leur dossier de demande n'ayant pas été considéré comme incomplet, ont obtenu un permis tacite le

12 juin 2023. Par un courrier avec accusé de réception du 10 juillet 2023, la maire de la commune les a informés de ce qu'elle entendait retirer ce permis tacite, pour divers motifs auxquels les requérants ont répondu par courrier du 28 juillet 2023. Toutefois, par un arrêté du 5 septembre 2023, notifié le 13 septembre 2023, la maire a procédé au retrait du permis de construire tacite, dont M. B et Mme C, par la présente requête en référé, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution des effets.

3. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ".

4. En vertu de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 susvisé, en cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, le prestataire de services postaux informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. Il résulte de l'article 7 du même arrêté que le prestataire peut établir un avis de réception à la demande de l'expéditeur, retourné à ce dernier, attestant la distribution de l'envoi. Cet avis comporte diverses informations circonstanciées, telles que la date de présentation, si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance conformément à l'article 5, la date de distribution et le numéro d'identification de l'envoi.

5. Il incombe à l'administration, lorsque sa décision est parvenue au pétitionnaire après l'expiration de ce délai et qu'elle entend contester devant le juge administratif l'existence d'une telle décision implicite, d'établir la date à laquelle le pli accompagnant sa décision a régulièrement fait l'objet d'une première présentation à l'adresse de l'intéressé. Cette preuve peut résulter des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la réglementation postale, notamment de celles de l'avis de réception prévu à l'article 7 de l'arrêté du 7 février 2007.

6. En l'espèce, il résulte des mentions figurant sur le document électronique remis à l'expéditeur, la commune de Rognac, que le pli contenant la décision retirant le permis de construire tacitement obtenu le 12 juin 2023, retiré le 13 septembre 2023, a fait l'objet d'une première présentation le 11 septembre 2023, soit dans le délai prévu par l'article L. 424-5 précité du code de l'urbanisme, de sorte que le moyen tiré du caractère tardif du retrait contesté n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Pour fonder le retrait du permis de construire tacite, le maire de Rognac l'a justifié aux motifs que le projet ne respectait pas la prescription de " place de parking non couverte " (PPNC) imposée par l'arrêté du 23 mars 2021, que la création de trois accès sur l'avenue des Pins apparaissait accidentogène, que le terrain d'assiette du projet présentait un risque pour les populations au regard de la situation du bien en zone d'exposition moyenne du risque " retrait-gonflement des argiles " et que les lots B et C issus de la division empiètent sur une voie DFCI, imposant un redécoupage de la division foncière autorisée. Les moyens de la requête de M. B et Mme C, qui contestent chacun de ces motifs sont, en l'état de l'instruction de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du

5 septembre 2023 quant aux trois premiers motifs exposés, à l'exception, en l'état de l'instruction, du risque lié à l'exposition au risque " retrait-gonflement des argiles " ainsi qu'il sera exposé au point 11.

8. Toutefois, dans le cadre de son mémoire en défense, la commune de Rognac sollicite une substitution de motif, expliquant que la décision de retrait était susceptible d'être justifiée par la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, aux termes duquel : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : " f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception () ".

9. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de la méconnaissance de cette disposition de s'assurer de la production, par le pétitionnaire, d'un document établi par l'architecte du projet ou par un expert attestant qu'une étude a été menée conformément aux exigences de la règlementation et que ses résultats ont été pris en compte au stade de la conception du projet.

10. Il résulte de l'instruction que la parcelle, assiette du projet, est située en zone B2 du plan de prévention des risques (PPR) de Rognac qui, dans son article II-2-1 relatif aux logements individuels hors permis groupés, soumet les constructions à la réalisation d'une étude géotechnique ou, à défaut, au respect de prescriptions forfaitaires couvrant en particulier la conception, le pré-dimensionnement et l'exécution des fondations. Si les requérants ont fait réaliser une étude géotechnique, qu'ils ont versée au dossier de demande de permis de construire, ils n'ont pas produit l'attestation mentionnée à l'article R. 431-16 précité, qui aurait permis de s'assurer que les préconisations qu'elle comporte ont été prises en considération lors de la conception de leur projet. Or, l'étude en question, qui n'examine pas le respect par le projet en cause des préconisations du document lui-même et du PPR, comporte des recommandations qui diffèreront selon le projet retenu et des mesures qualifiées de " drastiques " pour limiter les variations d'hygrométrie, tenir compte des écoulements en profondeur ou du système racinaire d'arbres majeurs. Eu égard à ces considérations et en l'absence de tout document, telle l'attestation, qui aurait permis de s'assurer que ces recommandations ont bien été prises en compte par le projet, la substitution de motif demandée par la commune de Rognac doit, en l'état de l'instruction, être accueillie.

11. Pour le même motif tiré de l'absence de tout document permettant de s'assurer que le projet de construction prend en compte les risques exposés dans le PPR, le juge des référés ne peut s'assurer de ce que le risque ayant trait au " retrait-gonflement des argiles " serait infondé, de sorte que le moyen ne fait pas non plus naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause.

12. Il s'ensuit que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B et Mme C, et par suite leurs conclusions d'injonction, doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence.

Sur les frais liés à l'instance :

13. La commune de Rognac n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions présentées par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

14. Par ailleurs, compte tenu notamment de ce qui a été indiqué au point 7, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par la commune de Rognac sur le fondement de ces mêmes dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Rognac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et

Mme A C, et à la commune de Rognac.

Fait à Marseille, le 19 décembre 2023.

La présidente de la 2ème chambre,

juge des référés,

Signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier

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