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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2311464

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2311464

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2311464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBATAILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 21 décembre 2023, M. D A, représenté par Me Bataillé, demande au Tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un à trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 600 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;

- il est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions des articles 16 de la directive du 29/04/2004 et L234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'une erreur de faits ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de circulation :

- elle ne précise pas la durée de l'interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Charpy pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Charpy, magistrate désignée ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 2 décembre 2023, le préfet Bouches-du-Rhône, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a prononcé à l'encontre de M. D A, ressortissant roumain né le 3 novembre 1980, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un à trois ans. M. A demande au Tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B C, sous-préfet, en qualité de directeur de cabinet du préfet des Bouches-Rhône, qui a reçu, par arrêté n° 13- 2023-10-10-00005 du 10 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation de signature à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français () ". En vertu de l'article L. 251-4 dudit code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

6. D'une part, l'arrêté en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à chacune des décisions contestées. D'autre part, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A, comporte l'énoncé des circonstances de fait qui en constituent le fondement. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que la situation de l'intéressé n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de l'arrêté et notamment de ses déclarations. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

9. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

10. Si M. A soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il n'établit ni même n'allègue qu'il disposerait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été privé de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a disposé de la possibilité de présenter ses observations lors de son audition du 2 décembre 2023 par les services de police, qui l'ont interrogé sur son identité, sa situation au regard de son droit au séjour, en particulier s'agissant des conditions de son entrée sur le territoire français, des documents dont il est en possession, de ses ressources, de son logement, de son assurance maladie, de sa vie privée et familiale, d'éventuels éléments de vulnérabilité et de son intention de s'opposer à une éventuelle mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. A soutient que la décision est entachée d'erreur de faits dès lors qu'il réside en France aux côtés de son épouse et de sa fille de 9 ans et que l'infraction qui lui est reprochée n'est pas caractérisée. D'une part, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne produit aucun justificatif à l'appui de son affirmation selon laquelle il disposerait en France d'attaches familiales, a lui-même déclaré aux services de police, lors de son audition du 2 décembre 2023, que son épouse et sa fille résidaient en Roumanie. D'autre part, il ressort de la lecture de la décision attaquée que celle-ci indique que M. A a été interpellé le 1er décembre 2023 pour des faits de vol en réunion, et non sur une condamnation de l'intéressé pour de tels faits. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'erreur de faits.

12. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 200-1 de ce code : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / 1° Des citoyens de l'Union européenne () ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".

13. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'unique motif tiré de ce que son comportement personnel constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française en raison de son interpellation, le 1er décembre 2023, pour des faits de vol en réunion. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait commis d'autres agissements répréhensibles, ni qu'il aurait fait l'objet d'une condamnation non plus même que d'aucun signalement sur le territoire français, ce fait n'était pas, à lui seul, de nature à établir que le comportement de l'intéressé aurait constitué une menace suffisamment grave pour l'ordre public pour justifier l'édiction de la mesure de reconduite à la frontière contestée. Dans le mémoire en défense présenté devant le tribunal, le préfet fait cependant valoir un nouveau motif tiré du 1° de l'article L. 251-1 précité.

14. A cet égard, aux termes de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :/1° Ils exercent une activité professionnelle en France ;/ 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ;/3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ;/ 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ;/ 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. "

15. D'une part, il résulte tout d'abord des pièces du dossier que M. A indique lui-même être arrivé sur le territoire français depuis plus de trois mois, si bien qu'il ne bénéficie plus du droit au séjour prévu par les dispositions de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ensuite, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A remplirait l'une des conditions exigées par les dispositions de l'article L. 233-1 du même code lui permettant de bénéficier d'un droit au séjour en France pour une durée supérieure à trois mois. Il résulte de ceci que le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait légalement prendre à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 251-1 précité.

16. D'autre part, M. A, qui se déclare sans domicile fixe et n'a pas demandé son admission au séjour en France, ne justifie d'aucune ancienneté de séjour sur le territoire national où il est arrivé selon ses propres dires, quelques mois seulement avant la décision attaquée, et n'établit pas davantage disposer en France d'attaches familiales. Enfin, M. A n'établit ni même n'allègue qu'il bénéficierait au droit au séjour permanent prévu l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône, en prenant à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire, n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 précité.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

18. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents du présent jugement que M. A ne justifie d'aucune vie privée et familiale en France. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

19. En quatrième lieu, M. A, qui n'a pas présenté de demande de titre de séjour, ne peut utilement faire valoir que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

20. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2023 par laquelle le préfet des Bouches-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

21. En premier lieu la décision obligeant M. A à quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

22. En second lieu, M. A, dont la situation est régie par le titre V du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait utilement soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation :

23. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

24. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a indiqué ni dans ses motifs ni dans le dispositif la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A. Ainsi, en prononçant une telle mesure sans en fixer la durée, le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français.

25. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation que de la décision du 2 décembre 2023 prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français.

Sur les frais liés au litige :

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bataillé, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bataillé de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 2 décembre 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de circulation sur le territoire français est annulée.

Article 3 : L'État versera à Me Bataillé, avocat de M. A, sous-réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Bataillé et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charpy

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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