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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2311603

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2311603

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2311603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAIAHELOUDJOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 et 11 décembre 2023, M. B C A, ressortissant guinéen, représentée par Me Chaiaheloudjou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son transfert aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un réexamen de sa demande et de lui délivrer une attestation sur le fondement de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de délivrer une attestation sur le fondement de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de permettre de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatride d'une demande d'asile dans le délai de quinze jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son droit à l'information préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué en ce que toutes les étapes de la procédure Dublin ne lui ont pas été expliquée, il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel ni n'a eu le compte-rendu de cet entretien ;

- sa situation personnelle n'a pas été prise en compte, notamment sa situation matrimoniale.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Hétier-Noël pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique du 12 décembre 2023, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Chaiaheloudjou, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins à l'exception de la demande concernant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides qu'elle retire et sollicite en outre l'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence du 7 décembre 2023 ; elle indique ne conserver que le moyen tiré de l'absence d'information de toutes les étapes concernant la procédure Dublin et de l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- et les observations de M. A qui explique qu'il a dû fuir la Guinée en 2023 en raison d'un conflit successoral, à la suite du décès de son père en 2013, avec ses oncles paternels devenus menaçants du fait de son refus de vendre son terrain agricole à une société chinoise. Il précise qu'il n'a ni famille ni ami en France tout en indiquant qu'il vit avec une ressortissante guinéenne et qu'il cherche une terre d'accueil. Il ajoute qu'il a une concubine qui n'est pas officielle en Guinée.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né 8 octobre 1990, demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 7 décembre 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information. / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu de présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien visé à l'article 5. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile.

4. Il ressort des pièces du dossier, que M. A s'est vu remettre contre signature, le 4 août 2023, la brochure intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (brochure A) et la brochure intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B) en langue française, langue officielle du pays dont il est ressortissant. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué que le requérant aurait fait état, au cours de la procédure de détermination de l'Etat responsable de leur demande d'asile, de carences dans l'information reçue ou de difficultés de compréhension quant à la procédure mise en œuvre à son égard ni qu'il aurait été privé, du fait d'une telle carence, de la faculté de fournir à l'administration des informations supplémentaires qui auraient été de nature à faire obstacle à la mesure en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information de toutes les étapes de la procédure doit être écarté.

5. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet et personnel de la situation de M. A et notamment de sa situation matrimoniale alors qu'à l'audience celui-ci a précisé avoir une concubine qui n'est pas officielle en Guinée et vivre avec une compatriote en France sans pouvoir en justifier.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2023 prononçant son transfert aux autorités italiennes et de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme à M. A à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. Hétier-NoëlLa greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

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