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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2311794

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2311794

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2311794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSTARK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Stark, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au ministre des armées et des anciens combattants de lui allouer une pension militaire d'invalidité au titre de ses infirmités " syndrome anxio-dépressif réactionnel avec troubles du caractère () " au taux de 30 %, " séquelles de contusion de l'épaule gauche " au taux de 20 % et " séquelles de contusion du genou gauche " au taux de 10 % et d'ouvrir ses droits à pension à compter de sa demande ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant-dire droit ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 900 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il bénéficie d'une présomption d'imputabilité pour l'infirmité " syndrome anxio-dépressif réactionnel avec troubles du caractère () " ;

- le taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles de contusion de l'épaule gauche " doit être fixé à 20 % ;

- le taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles de contusion du genou gauche " doit être fixé à 10 %.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Devictor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est engagé l'armée française le 20 janvier 2017 et a été radié des contrôles le 16 mai 2024. Le 20 octobre 2020, il a présenté une demande de pension militaire d'invalidité pour plusieurs infirmités touchant son genou gauche, son épaule gauche, son rachis lombaire et un " stress post-traumatique " liées, selon lui, à un évènement en service du 4 juillet 2020 alors qu'il se trouvait en opération extérieur au Mali. Par une décision du 26 décembre 2022, le ministre des armées lui a accordé une pension militaire d'invalidité à titre temporaire au taux de 15 % pour son infirmité " lombosciatalgies droites sur discopathies lombaires étagées. Raideur du rachis lombaire " et a rejeté sa demande de pension au titre des autres infirmité dès lors que son infirmité " syndrome anxio-dépressif avec troubles du caractère " n'est pas imputable au service, et que le taux d'invalidité de ses infirmités " séquelles de contusion du genou gauche () ", " séquelles de contusion de l'épaule gauche () " et " état de stress post-traumatique " est inférieur au minimum indemnisable de 10 %. M. B a formé un recours administratif devant la commission de recours de l'invalidité contre cette décision concernant ces trois dernières infirmités. Par une décision du 14 septembre 2023, la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours. M. B demande au tribunal qu'une pension militaire d'invalidité lui soit allouée au titre des infirmités " syndrome anxio-dépressif avec troubles du caractère ", " séquelles de contusion du genou gauche () " et " séquelles de contusion de l'épaule gauche () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : () 4° Toute maladie constatée au cours () d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense (), avant le soixantième jour suivant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi du militaire dans ses foyers ".

3. Il résulte de ces dispositions que, si les conditions sont réunies pour que l'intéressé puisse bénéficier du régime de présomption légale d'imputabilité, cette présomption ne peut être écartée que lorsque l'administration apporte une preuve contraire établissant qu'une cause étrangère au service est à l'origine de façon directe et certaine de l'infirmité invoquée ou de son aggravation. Une telle preuve contraire ne saurait résulter d'une simple hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle.

" Syndrome anxio-dépressif réactionnel avec troubles du caractère " :

4. Il résulte du rapport d'expertise du 7 septembre 2022 que M. B présente un " trouble de l'adaptation au milieu militaire avec réaction secondaire mixte anxieuse, dépressive et autres émotions (colères), apparue dans un contexte de stress ressentis ", qu'il a en outre développé " un vécu d'injustice, de préjudice, un sentiment de rejet et de manque de soutien de la part de la hiérarchie ", l'expert note qu'en revanche aucun fait générateur n'est susceptible de révéler un état de stress post-traumatique. L'expert évalue ainsi le taux d'invalidité des troubles psychiques légers du requérant à 20 %. Le médecin conseil chargé des pensions militaires d'invalidité, dans son avis du 21 novembre 2022, retient deux infirmités : d'une part, un syndrome anxio-depressif avec troubles du caractère au taux de 30 % non imputable au service et un état de stress post-traumatique inexistant, avis confirmé par celui de la commission consultative médicale du 1er décembre 2022. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que la maladie de M. B a été constatée après une opération extérieure au Mali, le 4 juillet 2020, soit avant le 60e jours de son retour en France, et qu'il peut, pour ce motif, prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité au service. D'autre part, en se bornant à soutenir que la maladie de M. B est en lien avec un trouble de l'adaptation sans lien avec le service, alors que le rapport d'expertise fait état d'une pathologie liée aux conditions de travail de M. B et qu'il mentionne que ce dernier ne présente aucun antécédant psychopathologique, le ministre des armées n'établit pas que sa pathologie pourrait être liée à une cause étrangère au service. Dans ces conditions, le ministre des armées ne rapporte pas la preuve contraire permettant que la présomption d'imputabilité au service soit écartée. Par suite, alors que le ministre a fixé la taux d'invalidité de son syndrome anxio-depressif avec troubles du caractère au taux de 30 %, il y a lieu de retenir ce taux au titre de cette infirmité.

" Séquelles de contusion de l'épaule gauche " :

5. Il résulte de l'instruction que, le 4 juillet 2020, alors qu'il se trouvait en opération extérieure au Mali, M. B s'est blessé à l'épaule gauche en voulant monter par l'avant d'un véhicule blindé au départ d'une mission. Le même jour, alors qu'il conduisait le véhicule blindé, il a heurté un trou et a été projeté en avant et en arrière au niveau du siège du pilote lui occasionnant un traumatisme de la région lombaire et des membres inférieurs, en particulier du genou gauche.

6. Il résulte de l'instruction que, pour confirmer le taux d'invalidité inférieur à 10 % retenu par le ministre des armées et des anciens combattants, la commission de recours de l'invalidité a relevé que l'expert médical avait conclu, dans son rapport du 26 avril 2022, que M. B présentait des séquelles de traumatisme de l'épaule gauche ayant entraîné une lésion type " SLAP " (Superior Labrum from Aiterior to Posterior ) et une arthropathie acromio-claviculaire, avec des douleurs chroniques qui étaient les conséquences directes du traumatisme initial survenu en service le 4 juillet 2020, et que, sur le fondement de ces constatations, l'expert avait évalué le taux d'invalidité de l'infirmité à l'épaule gauche du requérant à 20 %. La commission de recours de l'invalidité note que le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, dans son avis du 21 novembre 2022, en désaccord avec l'expert, a estimé que le taux d'invalidité de cette infirmité devait être évalué à un taux inférieur au minimum indemnisable de 10 % conformément au guide-barème des invalidités dès lors que M. B présentait un déficit fonctionnel minime au niveau de l'épaule gauche chez un droitier avec une antépulsion de 160° contre 180° à droite et une abduction de 140° contre 160° à droite. La commission de recours de l'invalidité note que cette appréciation a été confirmée par l'avis de la commission consultative médicale du 1er décembre 2022 et qu'il n'apparaît pas que le médecin conseil ou la commission consultative médicale auraient inexactement apprécié le taux d'invalidité de l'infirmité de M. B. Toutefois, il résulte de l'instruction que, concernant les raideurs articulaires à l'épaule gauche chez un droitier portant principalement sur la propulsion et l'abduction, le guide-barème des invalidités préconise un taux compris entre 8 et 25 %. Dans ces conditions, le déficit d'amplitude de 20° en antépulsion et en abduction de M. B constaté par l'expert à l'épaule gauche justifie qu'un taux d'invalidité soit fixé à 10 %. Il y a lieu par suite, de fixer le taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles de contusion de l'épaule gauche " de M. B à 10 %.

" Séquelles de contusion du genou gauche " :

7. Le guide-barème des invalidités préconise un taux compris s'agissant du genou : " L'amplitude en degrés des mouvements de flexion et d'extension du genou s'effectue : a. Pour la flexion : depuis 180 ° (extension complète) jusqu'à 30 ° environ (flexion complète) " ; " raideurs articulaires, a. avec angle favorable de la verticale à 25 ou 45 °, taux de 10 à 20 % / b. avec angle défavorable : taux entre 20 et 30 % ". L'angle de mobilité est dit favorable si les mouvements conservés se produisent de chaque côté de la verticale.

8. Il résulte de l'instruction que pour confirmer le taux d'invalidité inférieur à 10 % retenu par le ministre des armées et des anciens combattants, la commission de recours de l'invalidité a relevé que l'expert médical avait conclu, dans son rapport du 26 avril 2022, que M. B présentait un syndrome fémoro-patellaire du genou gauche, séquellaire du traumatisme initial survenu en service et que, sur le fondement de ces constatations, l'expert avait évalué le taux d'invalidité de cette infirmité à 10 %. La commission de recours de l'invalidité note que le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, dans son avis du 21 novembre 2022, en désaccord avec l'expert, a estimé que le taux d'invalidité de cette infirmité devait être évalué à un taux inférieur au minimum indemnisable de 10 % conformément au guide-barème des invalidités dès lors que M. B présentait un déficit fonctionnel minime avec un léger déficit de flexion de 130° à gauche contre 145° à droite et une extension normale en l'absence d'amyotrophie quadricipitale significative sans trouble de la marche. La commission de recours de l'invalidité indique que cette appréciation a été confirmée par la commission consultative médicale dans son avis du 1er décembre 2022 et que le taux d'invalidité de l'infirmité de M. B n'apparaît pas avoir été inexactement apprécié. Il résulte de l'instruction que M. B présente une limitation de la flexion du genou gauche à 130° contre 145° à droite, soit un angle de 40° depuis la verticale. Or, ainsi qu'il a été dit précédemment, le guide-barème des invalidités ne prévoit d'indemnisation que pour les raideurs articulaires avec angle favorable limitées à 25° depuis la verticale. Dans ces conditions, M. B n'établit pas qu'un taux supérieur à 10 % devrait être fixé au titre de son infirmité " séquelles de contusion du genou gauche ".

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'expertise, que M. B est seulement fondé à demander à ce qu'une pension militaire d'invalidité lui soit allouée au taux de de 30 % au titre de l'infirmité " syndrome anxio-dépressif réactionnel avec troubles du caractère " et au taux de 10 % pour l'infirmité " séquelles de contusion de l'épaule gauche " à compter 20 octobre 2020.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme de 900 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Une pension militaire d'invalidité est allouée à M. B au taux de de 30 % au titre de l'infirmité " syndrome anxio-dépressif réactionnel avec troubles du caractère " et au taux de 10 % au titre de l'infirmité " séquelles de contusion de l'épaule gauche ", à compter 20 octobre 2020.

Article 2 : L'État versera la somme de 900 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure,

Signé

É. DevictorLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

J. David

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2311794

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