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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2311936

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2311936

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2311936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CHARREL ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A, qui contestait la délibération du 29 juin 2023 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays d'Aubagne et de l'Étoile. Le requérant invoquait une irrégularité de la procédure d'enquête publique et une erreur manifeste d'appréciation dans le classement de sa parcelle en zone naturelle (Nh) soumise à un risque incendie. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique, faute pour le requérant d'apporter des précisions suffisantes sur le défaut de réponse à ses observations. La solution retenue s'appuie sur les articles R. 123-19 du code de l'environnement et L. 151-9 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 18 décembre 2023 et 24 février 2025, M. B A, représenté par la SCP Bérenger Blanc Burtez-Doucède, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil d'Aix-Marseille-Provence-Métropole du 29 juin 2023 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal du pays d'Aubagne et de l'Etoile ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération est entachée d'une illégalité externe tirée de l'irrégularité de la procédure d'enquête publique ;

- le classement de sa parcelle en zone naturelle et en zone soumise à un risque incendie est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2025, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Charrel, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car le requérant ne démontre pas sa qualité de propriétaire lui donnant intérêt à agir ;

- les moyens présentés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 avril 2025, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coppin, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Claveau, représentant M. A, et de Me Costantini, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B A est propriétaire de la parcelle n° 16 AE 12 située Quartier des Gorguettes, sur le territoire de la commune de La Bouilladisse. Il demande l'annulation de la délibération du 29 juin 2023 par laquelle le conseil métropolitain d'Aix-Marseille-Provence a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Pays d'Aubagne et de l'Etoile, qui a classé le Sud de sa parcelle en zone Nh ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 21 août 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement, auquel renvoie l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu et qu'il doit, d'autre part, indiquer ses conclusions motivées sur l'opération, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.

4. Il ressort des pièces du dossier que 1 525 requêtes ont été déposées auprès de la commission d'enquête, entre le 21 septembre 2022 et le 3 novembre 2022. Le procès-verbal de synthèse, remis le 14 novembre 2022 à la métropole, a classé ces nombreuses observations par commune et thématique. Ce classement répondait à la volonté de les rendre plus lisibles et a permis à la métropole d'y répondre dans son mémoire en réponse du 29 novembre 2022. La commission d'enquête a ensuite rendu, le 24 janvier 2023, son rapport accompagné de ses conclusions motivées et a émis un avis favorable au projet de PLUi, assorti de 85 réserves et de 79 recommandations. En se bornant à soutenir que l'enquête publique serait irrégulière dès lors que ses observations n'auraient reçu aucune réponse précise et que le commissaire enquêteur se serait contenté de répondre de manière générale, sans même préciser la nature des observations qu'il aurait formulées auprès du commissaire enquêteur, M. A ne permet pas au tribunal d'apprécier le bien-fondé de son moyen. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'enquête publique doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. () ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Aux termes de l'article R. 151-31 du même code : Dans les zones U, AU, A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : / 1° Les espaces boisés classés définis à l'article L. 113-1 ;/ 2° Les secteurs où les nécessités du fonctionnement des services publics, de l'hygiène, de la protection contre les nuisances et de la préservation des ressources naturelles ou l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient interdites les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols ; () ".

6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

7. Le règlement du PLUi définit la zone Nh comme " couvrant des secteurs naturels qui sont occupés par un habitat diffus existant dans lesquels est notamment admise l'extension des constructions existantes, à la date d'approbation du PLUi, dans des proportions limitées ". Le rapport de présentation précise que le zonage Nh concerne les secteurs situés au-delà de la zone tampon des 200 mètres autour de l'assainissement collectif et que ces secteurs se trouvent dans des secteurs à dominante naturelle où les risques, les problèmes d'accès et la distance importante par rapport aux différents réseaux empêchent d'offrir des droits à bâtir importants, autre que de la simple extension limitée des constructions existantes. De plus, il ressort du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) et notamment de son axe 2 " préserver et valoriser les richesses patrimoniales du territoire " que les franges urbaines, situées entre la ville et la nature, qui sont des espaces d'interfaces plus ou moins urbanisés ou des secteurs agricoles en limite des massifs, doivent être maîtrisées en limitant les nouvelles constructions. Le risque incendie est également pris en compte par le PADD, en raison du caractère vulnérable du territoire au feu de forêt et justifie les contraintes imposées, au regard de l'urbanisation, afin de limiter l'apport de population dans les zones les plus exposées.

8. En l'espèce, la parcelle en litige se situe à proximité d'un secteur d'urbanisation diffuse et, en première ligne, au contact avec le massif du Regagnas, reconnu comme un site emblématique naturel à protéger et identifié comme un " réservoir ouvert " au sein de la trame verte du PLUi. Le terrain est particulièrement boisé, en déclivité et accessible uniquement par le chemin du Tonneau, ce qui le rend particulièrement exposé aux risques d'incendie de forêt alors même qu'un emplacement réservé visant à améliorer la défendabilité du secteur en termes de risque incendie a été identifié. La métropole fait également valoir, sans être contestée, que le porter à connaissance du préfet du 4 janvier 2017, annexé au PLUi, recense le massif sur lequel se situe la parcelle en litige comme un massif " exposé aux risques d'incendie de forêt ". Enfin, si M. A se prévaut de ce que la parcelle en litige aurait été précédemment classée en zone UD 2, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de son classement en zone naturelle dès lors que nul n'a de droit acquis au maintien d'un texte règlementaire. Par suite, eu égard au parti d'aménagement retenu qui consiste à limiter la périurbanisation et le grignotage des espaces agricoles, naturels et forestiers, à préserver les massifs forestiers de l'urbanisation et à lutter contre les risques naturels, en particulier le risque d'incendie, la métropole n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant la partie nord de la parcelle en litige en zone Ns et la partie sud en zone Nh ainsi qu'en zone inconstructible au regard du risque incendie.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 000 euros à verser à la métropole Aix-Marseille-Provence au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme. Hogedez, présidente,

- Mme Coppin, première conseillère,

- Mme Arniaud, première conseillère,

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

La rapporteure,

signé

C. Coppin

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

No 2311936

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