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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2312075

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2312075

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2312075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHARUTYUNYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Harutyunyan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 novembre 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du 21 novembre 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 500 euros à Me Harutyunyan, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Devictor ;

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne, est entrée en France afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure accélérée le 8 juillet 2022 et elle a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile. Par une décision du 22 novembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII à Marseille a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait refusé une proposition d'hébergement le 20 octobre 2023.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ". L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".

4. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code, dans sa rédaction applicable, dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, dans sa rédaction applicable, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 22 novembre 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Marseille a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil de Mme B au motif que celle-ci avait refusé une proposition d'hébergement le 20 octobre 2023 constitue une décision de refus des conditions matérielles d'accueil.

7. Aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes souffrant de troubles mentaux () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, âgée de soixante ans, réfugiée d'Ukraine, présente un syndrome post-traumatique sévère après avoir perdu son époux et toute la famille de sa sœur, dont un bébé de six mois, au cours d'une tuerie perpétrée par un soldat russe en Ukraine, et avoir réchappé d'un tremblement de terre en 1988 ayant dévasté sa ville et tué quinze personnes de sa famille. Les pièces versées au dossier attestent que son état psychologique nécessite une surveillance médicale rapprochée, une hospitalisation en milieu spécialisé sans rupture de prise en charge et qu'elle bénéficie d'un suivi par la cellule d'urgence psychologique de l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille depuis plusieurs mois. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a refusé la proposition d'hébergement à Avignon pour ne pas interrompre le suivi médical initié à Marseille. Dans ces conditions, alors que l'état de santé de la requérante caractérise une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées, l'OFII a commis une erreur d'appréciation de la vulnérabilité de Mme B en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2023 par laquelle l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'OFII de verser l'allocation pour demandeur d'asile due à Mme B, à compter du 22 novembre 2023. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Harutyunyan, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 800 euros à Me Harutyunyan.

D É C I D E :

Article 1er: Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 22 novembre 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de verser le montant de l'allocation de demandeur d'asile due à Mme B à compter du 22 novembre 2023.

Article 4: Sous réserve que Me Harutyunyan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'OFII versera une somme de 800 euros à Me Ashkhen Harutyunyan, avocate de Mme B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Ashkhen Harutyunyan et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

É. Devictor

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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