mardi 16 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2312155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL HENRY TIERNY AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2023, et un mémoire enregistré le 12 janvier 2024 M. B D, représenté par Me Henry, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision prise par le GCSMS SIAO13, le 8 novembre 2023 portant refus de l'héberger lui et avec sa famille ;
3°) d'enjoindre au GCSMS SIAO13 d'accepter sa demande d'hébergement et de l'orienter vers un hébergement adapté à sa situation familiale ;
4°) à titre très subsidiaire, d'enjoindre au GCSMS SIAO13 d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une décision dans la semaine de la notification de la décision à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie :
- en l'espèce, la famille A/D a été contrainte de vivre dans la rue entre le 12 juillet 2023 et le 3 août 2023 avec deux très jeunes enfants, âgés respectivement à l'époque de 2 ans et de 9 mois ;
- le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a enjoint à la Préfecture d'héberger Mme A et ses deux enfants par une décision du 31 juillet 2023 ;
- si son épouse et ses enfants sont actuellement hébergés, tel n'est pas son cas ;
- il est parfois accueilli à Martigues, chez des connaissances, pour passer la nuit ;
- le service du 115 a refusé non seulement la demande de M. D d'être hébergé mais également un hébergement dans un logement adapté à sa situation familiale afin de permettre la réunification familiale ;
- il ne peut entrer dans l'hôtel où est hébergé sa famille pour s'occuper de ses enfants ;
- son droit de mener une vie familiale normale a été bafoué ;
- il existe une atteinte grave et immédiate à l'intérêt supérieur des enfants ;
- la décision litigieuse, a été prise par la cheffe de service Pôle Accueil et service P.L.U.S. et non par le responsable du service 115, alors même qu'elle devait l'être par le préfet ;
- le refus d'hébergement opposé au requérant ne fait suite à aucun examen particulier de sa situation individuelle ;
- la décision en litige n'est pas non plus motivée ;
- la décision attaquée a été prise en violation des dispositions des articles L. 345-2 à L. 345-2-3 et L. 311-9 du Code de l'action sociale et des familles.
- il n'a pas eu connaissance de la proposition d'hébergement du 23 décembre 2023 ;
- plusieurs droits fondamentaux ont été violés, dont notamment le droit à la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, le droit d'être protégé contre tous traitements inhumains et dégradants, le droit de vivre une vie familiale normale et l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- si neuf propositions d'hébergement ont été faites au requérant entre 2019 et 2020, dans deux centres d'hébergement d'urgence marseillais, celui-ci ne s'est pas présenté quatre fois ;
- aucune carence de l'Etat n'est établie ;
- la demande d'hébergement du requérant a bien été pourvue par le 115, le 22 décembre 2023, dans le centre d'hébergement et de réinsertion sociale Forbin, géré par la Fondation saint Jean de Dieu et situé dans le 2ème arrondissement de Marseille ;
- le requérant, à nouveau, ne s'est pas présenté dans l'établissement ;
- le requérant ne démontre pas mettre en place l'aide au retour volontaire proposée par les services de l'État alors même que cette famille a été définitivement déboutés du droit d'asile et fait l'objet d'obligations de quitter le territoire ;
- il fait également l'objet d'hébergement par des tiers ;
- la signataire de l'acte était compétente pour le prendre ;
- il a été porté une pleine attention à la demande dès lors que la mise à l'abri est satisfaite.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2312152, déposée le 21 décembre 2023, par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale des droits de l'enfant,
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 janvier 2024 à 14 heures 00 :
- le rapport de M. Pecchioli, juge des référés ;
- les observations de Me Henry, avocat de M. D, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens.
- les observations de M. C pour la préfecture des Bouches-du-Rhône qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens.
La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D est entré en France en 2019 à une date indéterminée. Il a été rejoint en 2020 par son épouse, entrée également à une date indéterminée. Le couple a eu deux enfants, une fille, née le 6 décembre 2020 et un garçon, né le 26 octobre 2022. Ayant été déboutés définitivement de leurs demandes d'asile le 31 mai 2023 par la CNDA, ainsi que leur fils le 22 août 2023, ils ont dû quitter le CADA. Saisi par Mme A et ses deux enfants mineurs, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, par une décision du 31 juillet 2023, de les héberger. La mère et les deux enfants sont depuis lors hébergés en structure hôtelière. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que le couple fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français. M. D demande, à titre principal, au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision du 8 novembre 2023 du GCSMS SIAO13 portant refus de l'héberger lui, tout seul, mais aussi avec sa famille, et d'enjoindre au GCSMS SIAO13 d'accepter sa demande d'hébergement et de l'orienter vers un hébergement adapté à sa situation familiale. Il demande, à titre subsidiaire, d'enjoindre au GCSMS SIAO13 d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une décision dans la semaine de la notification de la décision à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ladite astreinte courant pendant un délai de trois mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la procédure introduite par M. D devant le juge des référés statuant en urgence, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des dispositions susmentionnées.
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La situation d'urgence devant être appréciée au terme d'une pesée des atteintes portées aux différents intérêts en présence, le juge des référés doit procéder, de manière objective et globale, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence le requérant souligne les difficultés de réunir sa famille, si ce n'est dans la rue, précise qu'il est hébergé ponctuellement par des connaissances et fait valoir que certains de ses droits ont été bafoués. Si son épouse et ses enfants ont pu faire l'objet depuis le mois d'août 2023 d'un hébergement d'urgence, la demande de M. D, enregistré pour lui seul, ainsi que cela ressort du courriel de Réseau hospitalité en date du 7 novembre 2023, a été rejeté partiellement par une décision du 8 novembre 2023. Il convient, tout d'abord, de souligner que l'administration, consciente du caractère préjudiciable de la séparation de la famille, a tenu à répondre à la demande latente de l'intéressé visant à réunir sa famille. Elle explique, en effet, dans la décision en litige, que le souhait de M. D de voir sa famille réunie a été prise en compte mais qu'actuellement, faute de place disponible, il n'est pas possible de les loger ensemble dans un même lieu. Ensuite, la décision litigieuse précise qu'il est possible de proposer des solutions en structure pour M. D seul. Il convient également de souligner que malgré le fait que M. D ait été défaillant en ne se présentant pas à des propositions d'hébergement entre l'année 2019 et l'année 2020, l'administration a continué à lui proposer des hébergements d'urgence à la suite de ses demandes. Il convient encore de souligner que M. D a attendu plusieurs semaines après la décision attaquée du 8 novembre 2023 pour faire une demande d'hébergement d'urgence, ayant déposé une nouvelle demande seulement le 14 décembre 2023. Par ailleurs, si M. D n'est plus hébergé par une structure depuis le 31 mai 2023, il ressort des pièces du dossier qu'une proposition d'hébergement a été émise en sa faveur, par le 115, le 22 décembre 2023, dans le centre d'hébergement et de réinsertion sociale Forbin, géré par la Fondation saint Jean de Dieu et situé dans le 2ème arrondissement de Marseille. M. D soutient qu'il n'a jamais reçu cette proposition du 23 décembre 2023 alors même qu'il établit avoir transmis son nouveau numéro de téléphone à l'administration postérieurement à la décision en litige mais antérieurement à la proposition d'hébergement d'urgence en date du 22 décembre, soit le 21 décembre 2023. Il semblerait que la prise en compte de son nouveau numéro n'ait pas été effective dès lors que le relevé des demandes auprès du SIAO mentionne à la date du 22 décembre toujours l'ancien numéro de M. D. Toutefois, nonobstant ce problème de transmission, au regard du délai de plusieurs semaines pour saisir le SIAO d'un hébergement d'urgence et au fait que la nécessité pour lui de bénéficier d'une mesure provisoire a été satisfaite dans son principe dans la décision litigieuse et devrait l'être à nouveau, suite à une nouvelle sollicitation de sa part eu égard à l'attitude affichée de l'administration prête à lui proposer à nouveau un hébergement, M. D ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Ainsi, au regard de la nature de l'hébergement sollicité qui relève de l'hébergement d'urgence et de l'accueil effectif de la mère et des enfants ainsi que de la proposition d'hébergement d'urgence faite à M. D conformément à la demande, aucune carence de l'Etat ne saurait être retenue.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a lieu également de rejeter par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Henry.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 16 janvier 2024.
Le juge des référés,
Signé
J.-L. PECCHIOLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026