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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2312279

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2312279

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2312279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantGATHELIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023 sous le numéro n° 2312279, et un mémoire complémentaire, enregistré le 26 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Gathelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2024.

II/ Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023 sous le numéro n° 2312280, et un mémoire complémentaire, enregistré le 26 janvier 2024, Mme C B épouse D, représentée par Me Gathelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention des Nations-Unies relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D ont sollicité le 20 mars 2023 leur admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par deux arrêtés du 28 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par les requêtes n°s 2311279 et 2311280 susvisées, M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler, chacun pour soi, ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2311279 et n° 2311280 concernent deux arrêtés préfectoraux pris le même jour à l'encontre des deux membres d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la légalité des arrêtés attaqués :

3. Les arrêtés attaqués, qui visent notamment les articles L. 612-1, L. 612-12, L. 611-1 (3°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, exposent avec suffisamment de précision, compte tenu du fondement expressément mentionné des demandes d'admission au séjour présentées par les intéressés, les éléments de la situation familiale et personnelle de ceux-ci. Ces arrêtés comportent ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté, comme doit l'être également celui tiré du défaut d'examen complet de la situation des requérants.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Les requérants, ressortissants algériens respectivement nés en 1975 et 1985, déclarent être entrés en France pour la dernière fois en mai 2016 sous couvert de visas valables 30 jours et s'y maintenir continûment depuis lors. Toutefois, les pièces qu'ils produisent, constituées pour l'essentiel de quittances de loyers, de quelques certificats médicaux et de scolarité concernant certains de leurs enfants ainsi que d'avis de non-imposition, ne permettent pas d'établir le caractère habituel de leur présence tout au long de cette période, étant précisé qu'ils ont bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade du 25 août 2018 au 5 avril 2019. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'alors qu'ils se maintiennent depuis lors irrégulièrement en France, en ayant fait l'objet de deux arrêtés respectifs portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Marseille du 21 novembre 2019 confirmé par la cour administrative d'appel de Marseille le 1er juin 2021, ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache familiale en Algérie, où ils ont vécu respectivement, au moins, jusqu'à l'âge de 41 et 30 ans. En outre, si les requérants indiquent que trois de leurs quatre enfants, nés en 2005, 2012, 2016 et 2020, sont actuellement scolarisés en France, ils ne font toutefois valoir aucun élément qui ferait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Algérie, où leurs enfants pourront poursuivre leur scolarité, et où leur fils ainé, majeur et en situation de handicap, pourra bénéficier d'un traitement et d'un suivi médicaux appropriés, ainsi que cela ressort de l'avis émis par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 25 avril 2019. De plus, si M. D se prévaut d'une formation relative à l'apprentissage du français effectuée en 2019 et que son épouse effectue des missions bénévoles au sein d'une association culturelle de Marseille depuis 2018, ces éléments sont insuffisants pour démontrer une insertion socioprofessionnelle. Dans ces conditions, les arrêtés litigieux n'ont pas porté au droit de M. et de Mme D au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris et ne méconnaissent donc les stipulations ni de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale des requérants doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Les arrêtés attaqués n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer M. et Mme D de leurs quatre enfants, et ainsi que cela a été exposé au point 6, il n'est fait état d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés préfectoraux du 28 novembre 2023. Les conclusions subséquentes à fin d'injonction doivent, par suite, être également rejetées, étant précisé que les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de faire droit à leurs conclusions tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C B épouse D, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Gathelier.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. Gaspard-TrucLa présidente-rapporteure,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

N°s 2312279,

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