jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2312316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 décembre 2023 et les 1er et 2 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a décidé de ne pas renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que les documents d'identité présentés à l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour ne sont pas des faux ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet était tenu de procéder à la régularisation de sa situation en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des termes de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire et les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, d'interdiction de retour sur le territoire français et d'assignation à résidence dont elle est assortie sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de renouvellement de son titre de séjour ;
- son état de santé fait obstacle à ce que soit prise à son encontre une obligation de quitter le territoire en application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- le jugement n° 2312316 du 15 janvier 2024 de la magistrate désignée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur,
- et les observations de Me Gilbert, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 6 mars 2023 ainsi que la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en application des articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 13 décembre 2023. Par un arrêté du 19 décembre 2023, le préfet des Hautes-Alpes a rejeté ses demandes, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Le préfet l'a également assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par une décision du même jour. M. A demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un jugement du 15 janvier 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille, statuant en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir admis M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, a annulé la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi et celle d'interdiction de retour sur le territoire français opposées à M. A ainsi que la décision assignant l'intéressé à résidence et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
4. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande est présentée par l'intéressé dans les deux mois de son entrée en France. S'il y séjournait déjà, il présente sa demande : () Soit dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire (). A l'échéance de ce délai et en l'absence de présentation de demande de renouvellement de sa carte de séjour, il justifie à nouveau des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de la carte de séjour. ()". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un étranger présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande.
5. Il ressort des pièces du dossier que la carte de séjour temporaire de M. A expirait le 11 février 2022 et qu'il en a sollicité le renouvellement le 6 mars 2023. Au regard de sa tardiveté, cette demande de renouvellement de titre de séjour devait être regardée comme une première demande de titre de séjour.
6. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La vérification des actes d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article R. 431-10 du même code prévoit que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil () ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être contestée par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
7. Pour justifier de son état civil lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, M. A a présenté un jugement supplétif guinéen du 22 mars 2019, ainsi qu'un extrait du registre de transcription de naissance. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour sollicité par l'intéressé, le préfet des Hautes-Alpes s'est fondé sur le motif tiré de ce que les services de la police aux frontières ont estimé que ces documents d'identité étaient falsifiés car certains éléments substantiels dont la mention est exigée par le code civil guinéen n'apparaissent pas dans les mentions légales des actes qu'il a présentés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 8 juin 2020, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Gap a, sur le fondement de ces mêmes documents d'identité, constaté la minorité de M. A et confié celui-ci au service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Toujours sur le fondement des documents d'identité litigieux, dont le juge des enfants indiquait dans la décision précitée qu'ils avaient fait l'objet d'un avis favorable rendu par la police aux frontières, M. A s'est vu octroyer une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 11 février 2022. En outre, le requérant produit à l'instance une carte d'identité valable jusqu'au 27 mars 2025 ainsi que la copie de son passeport biométrique valable jusqu'au 10 septembre 2032. Dans ces conditions, le préfet des Hautes-Alpes ne saurait être regardé comme rapportant la preuve qui lui incombe du caractère irrégulier, falsifié ou inexact des actes présentés par M. A à l'appui de sa demande de titre de séjour. Par suite, c'est au prix d'une inexacte application des dispositions précitées et d'une erreur d'appréciation que le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande de titre de séjour de M. A au motif peu sérieux que cette demande serait frauduleuse et que la présence de M. A en France constituerait une menace pour l'ordre public.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande de titre de séjour de M. A doit être annulé.
9. En application de l'article L. 911-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la présente décision implique que le préfet des Hautes-Alpes instruise à nouveau la demande de M. A et prenne une nouvelle décision. Il y a donc lieu de l'y enjoindre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 décembre 2023 est annulé en tant qu'il rejette la demande d'admission au séjour de M. A.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes d'instruire à nouveau la demande de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hautes-Alpes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Delzangles, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
B. DelzanglesLe président-rapporteur,
signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef ;
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026