jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2312355 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CLERC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Clerc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à tout le moins, de lui délivrer une autorisation de séjour portant autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Clerc en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le rejet de sa demande de titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision est entachée de vices de procédure en méconnaissance des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions des articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- la décision est également entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration et de celles de l'article 9 de l'ordonnance n°2005-1516 du 8 décembre 2005 ;
- le préfet a commis une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à tout le moins, une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle ;
- le préfet a également méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 1er décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur,
- et les observations de Me Clerc pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien le 7 avril 2023. Par un arrêté du 6 octobre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui réside en France depuis le mois de mai 2022, souffre d'un diabète de type 1, d'hypertension artérielle, ainsi que de " trouble grave de la personnalité avec des traits psychotiques nets ", d'angoisses " d'anéantissement " et d'un manque " d'enveloppe psychique " selon les termes de son psychiatre. Il bénéficie à ce titre d'un traitement à base d'insuline, d'un suivi bifocal composé d'un suivi psychiatrique mensuel et d'un suivi psychologique hebdomadaire accompagné d'un traitement médicamenteux. Il est hébergé en appartement thérapeutique depuis le mois d'octobre 2022 et bénéficie de soins infirmiers à domicile le matin, le midi et le soir. Pour rejeter la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par M. B, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est notamment fondé sur l'avis émis le 30 août 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié et voyager sans risque vers l'Algérie.
4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le psychiatre du requérant, par deux certificats médicaux du 7 décembre 2022 et du 10 janvier 2024, lequel, postérieur à l'arrêté, révèle des éléments antérieurs sur l'état de santé de M. B, indique qu'en raison des troubles psychiatriques dont il souffre et notamment des carences affectives dans son enfance, le requérant a besoin de soins permettant de créer " une enveloppe psychique sécurisante " ce qui a été permis à Marseille. Il alerte sur un risque de passage à l'acte suicidaire dans l'hypothèse d'un retour en Algérie et informe du caractère non substituable du médicament Venlafaxine qu'il a prescrit au requérant. Ces certificats médicaux sont complétés par un courrier électronique du laboratoire qui commercialise ce médicament qui indique qu'il n'est pas commercialisé en Algérie. Son psychiatre fait également état dans un certificat du 7 décembre 2022 de conduites à risque qui ont causé sa chute de trois étages le 27 mai 2022, accident pour lequel il a été hospitalisé du 28 mai 2022 au 30 juin 2022, et qui font obstacle à l'observance de son traitement antidiabétique. Dans ces conditions, alors que le requérant a été placé sous tutelle pour cent vingt mois par le juge des tutelles du tribunal de judiciaire de Marseille le 6 mars 2023, et au regard de l'interdépendance entre les soins physiques et psychologiques assurés en France, M. B est fondé à soutenir que son suivi thérapeutique, engagé en France, nécessitait son maintien sur le territoire français. Par suite, il est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a fait une inexacte application du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien en rejetant la demande de renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2023 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Clerc, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à une somme de 1 200 euros Me Cassandre Clerc, avocate de M. B, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cassandre Clerc et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Delzangles, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. DelzanglesLe président-rapporteur,
signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef ;
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026